Les fêtes juives
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Ticha BeAv entre Varsovie et Dachau.

Juillet 1944

Rabbi Yekoutiel Yehoudah Halberstam, fondateur de la branche 'Hassidique de Tsanz-Klausenbourg fait partie de ces 6500 juifs déplacés d'Auschwitz pour nettoyer les ruines du ghetto de Varsovie. Tous savent qu'une fois leur travail terminé, ils seront eux aussi exterminés.
Le Rebbe met cependant en garde contre toute tentative de s'échapper ou se révolter – tant que les nazis ne montrent pas de signe de passage à l'acte.
Fin juillet 1944, devant l'avancée des troupes allemandes et la menace d'une révolte de la population polonaise de Varsovie, les nazis décident effectivement de liquider le groupe de travailleurs juifs du ghetto.
Sur le point d'être fusillés, ils sont au dernier moment prévenus qu'ils doivent marcher sur Dachau où d'autres corvées les attendent. 500 travailleurs qui ne font pas partie de ce convoi tenteront par la suite une révolte, dont pas un ne sortira vivant.
La veille de Chabbat 'Hazon, 8 Av veille de Ticha Beav repoussé à dimanche, commence la "marche de la mort" pour ces 6000 juifs épuises, faméliques.
Sans eau, quasiment sans nourriture, obligés de parcourir près de 35 km par jour, nombreux succomberont en route, de faim, de fatigue, ou sous les coups de leurs gardiens. Seuls 2000 arriveront à Dachau.
Rabbi Yekoutiel Yehoudah s'efforce de stimuler ceux qui l'entourent, à rassembler leurs dernières forces, à ne pas renoncer à la vie, à l'espoir de survivre.
Leur seule ration est une maigre part d'une alimentation très salée, sans la moindre goutte d'eau, malgré la chaleur torride. Certains tenteront de boire les eaux usées qui coulent sur le bord de la route.
De bonnes âmes qui tentent de leur offrir de l'eau sont repoussées par les soldats allemands, qui vont jusqu'à verser par terre l'eau aux yeux de ces juifs assoiffés.
[D'autres racontent que des paysans venaient leur offrir de l'eau salée ou du hareng salé …]
Le troisième jour de la marche, dimanche, jour du 9 Av repoussé, fut le plus dur. Les allemands frappaient, sans raison ni distinction, à coup de cravache, de barre de fer, pour faire avancer encore plus vite les malheureux, chancelants et maladroits, accablés par la chaleur et la soif.
Il en mourut un grand nombre ce jour là, et les rangs s'amenuisaient au fil de la journée.
Il fut bien donné l'ordre de marquer une pause, sur le bas côté de la route, qui longeait une rivière. Les plus osés s'approchèrent dans l'espoir de boire un peu, ne serait ce que se mouiller les lèvres. Une rafale de coups de fusils mit fin à cette tentative, et les eaux se teintèrent de sang.
Le commandant du groupe expliqua qu'il se sentait responsable et ne voulait pas que ses prisonniers risquent la noyade … et ordonna la reprise de la marche, de la course de fait. Les soldats allemands qui eux s'étaient rafraîchis se remirent à hurler, frapper "laufen, laufen…"
Ce jour là, ceux qui marchaient aux côtés du Rabbi l'entendirent murmurer les paroles de Eikha et des kinot. Alors que certains avaient ôté leurs chaussures à cause de la chaleur, lui avait ôté ses chaussures à cause de Ticha BeAv. Ce qui lui valut l'ordre d'un soldat allemand de marcher sur les bas côtés, semés de cailloux et de débris de verre.
La nuit tombée, ils reçurent l'ordre de quitter la route et s'allonger dans un champ. Enfin du repos!
En pleine nuit, une rumeur traversa le groupe: "Il a dit de creuser chacun un trou et que la Délivrance viendra en un instant"
Nul besoin de se demander qui est ce "il". Et si le Rebbe a demandé de creuser, il faut creuser.
Avec une cuiller, avec un bout de bois, avec les mains et les ongles, chacun se mit à creuser.
Et le miracle se produisit: les trous se remplirent d'eau fraîche!
Un survivant écrira par la suite "nous avions peur de laisser éclater notre joie, que les allemands ne se rendent compte de ce qui se passait."
Le miracle s'était produit. Les gens s'étreignaient, s'embrassaient, s'encourageaient mutuellement. La vie était revenue chez ces squelettes ambulants. Et surtout l'espoir.
Tous purent s'abreuver, et remercier D.ieu pour ce miracle.
Alertés par le tumulte, les soldats de garde s'approchèrent, puis retournèrent en silence sur leur pas.
Au matin, lorsque les officiers découvrirent la situation, ils échangèrent des regards étonnés, et repartirent eux aussi sans rien dire, vexés que du Ciel on ait contrecarré leurs plans maléfiques.
Rabbi Yekoutiel Yehoudah raconta par la suite qu'il avait prié pour faire venir le puits de Myriam cette nuit dans ce champ.
Il ne cessa pour la suite de la marche de réconforter ses frères et leur montrer que malgré tout D.ieu aime les juifs, même dans les pires moments.