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Les fêtes juives
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Le tour du monde en 49 jours

Le tour du monde en 49 jours?
Un peu dépassé malgré les 80 jours de Jules Vernes, et surtout l'avènement de l'ère de l'aviation. Mais avez vous fait le tour … de la question?
Reprenons les données, à l'aide des données des horaires internationaux d'une compagnie d'aviation japonaise.
Partons
un beau matin d'été de Tokyo (GMT +9) pour Paris. Nous quittons un jeudi matin, à 11h25, pour arriver à Paris (GMT +2) à 16h40, jeudi après midi. Pour peu que vous attrapiez le vol Paris New York (GMT -4) de 17h55, vous voila arrivé à New York ce jeudi soir à 20h15. Après 18 ou 20 heures de vol et plusieurs comprimés d'aspirine. Il est alors vendredi 7 heures du mat' à Tokyo.
Il aurait été plus facile d'arriver directement, par un vol de quelques 12 heures, partant jeudi matin à 11 heures, et arrivant à New York jeudi matin à 10h35. Il est alors 23h30 à Tokyo.
Vous êtes un fidèle pratiquant, et n'avez pas omis vos prières quotidiennes, n'est ce pas?
Passant par Paris, vous aviez prié l'office du jeudi matin avant de monter en avion à Tokyo, Min'ha à Paris à l'escale, et Arvit, l'office de ce soir dès votre arrivée à New York. Reprenez un comprimé d'aspirine.
Si
vous avez choisi de survoler le Pacifique pour rejoindre les Etats Unis par la côte Ouest, vous avez prié l'office du jeudi matin avant de monter en avion à Tokyo, Min'ha quelque part au-dessus du Pacifique, puis Arvit quelques milliers de km plus loin après avoir vu le soleil se coucher, et arriverez à temps pour … prier l'office du jeudi matin avec quelques retardataires de Brooklyn. L'overdose de prières? Non, l'effet du passage de la ligne de démarcation, une ligne virtuelle à l'ouest de laquelle il peut être jeudi soir 23h59, et à l'est de laquelle il est jeudi matin 00h01.
L'exercice n'est pas rhétorique. Car demain soir c'est, ou ce n'est pas Vendredi soir et Chabbath. En pratique, le voyageur se conformera aux usages de la communauté juive dans laquelle il arrive, quitte à avoir "vécu" une semaine de huit jours. Songez à ce qui va vous arriver lorsque des supersoniques de type Concorde vous débarqueront à New York le matin avant même votre heure de départ. De quoi sauter dans un avion si vous avez raté la lecture de la Torah du Jeudi matin à Tokyo!
Mais on peut pousser le bouchon plus loin.
Comme tout bon fidèle, vous avez compté le Omer chaque soir après l'office du soir. Jeudi matin à Tokyo, vous en étiez au 47ème jour de l'Omer, jeudi soir vous avez compté 48ème soir en survolant quelques vagues du Pacifique, et vous voilà à New York … jeudi matin. Jeudi soir compterez vous 49ème soir, alors que tous vos voisins en seront au 48ème soir du comput?
Dans de telles conditions, vendredi soir, vous aurez accompli les 49 jours de l'Omer, et rentrez dans la fête de Chavouoth, alors que la communauté ne fêtera Chavouoth que Samedi soir à l'issue de Chabbath.
Cette surprenante situation est la solution préconisée par le Rabbi de Loubavitch, dès les années 5715-5720, lorsque de nombreux visiteurs venus de l'Australie et du Japon commencent à affluer pour les fêtes de Chavouoth. Elle se base sur la notion que le compte des sept semaines entières ordonné par la Torah est un décompte individuel, et que le Talmud envisage déjà que le premier jour Chavouoth pouvait tomber le 5 ou le 7 Sivan, au lieu du 6 Sivan retenu par notre calendrier, lorsque les mois étaient validés le Grand Tribunal de Jérusalem après audition des témoins qui avaient observé la nouvelle lune. Nihil novo sub luna…
Par contre, le jour anniversaire du Don de la Torah est fixé au 6 Sivan, et est donc déconnectable du jour de Chavouoth…
De très nombreuses autres questions peuvent surgir, dès lors. Qu'en est il d'un petit garçon né un lundi matin à Tokyo, et qui s'envolerait dimanche matin du Japon pour atterrir à son huitième jour dimanche matin à New York? Sera-t-il circoncis à sa sortie d'avion, à son huitième jour à lui, ou lundi matin 8ème jour calendaire?
Quelle sera la situation à Chavouoth d'un homme d'affaire qui aurait fait trois ou quatre fois le trajet Japon, USA, Europe, dans ce sens (ou dans l'autre) durant la période de l'Omer?
Et encore bien d'autres!
Imaginons que vous ayez fait le voyage inverse. Quittant New York jeudi à 13h00, vous voilà débarqué à Tokyo après 14 heures de vol à 16 heures, vendredi après midi, prêt à accueillir le Chabbath des Japonais, sans avoir rencontré de nuit. Bon gré mal gré, vous voilà "scotché" Chabbath à Tokyo.
Jeudi matin à New York, vous en étiez au 47ème jour de l'Omer, et aurez à compter ce vendredi soir 48ème soir de l'Omer, alors que la communauté comptera 49! Essayez vous au légendaire sourire japonais avant votre retour en Europe, car dimanche, qui est premier jour de Chavouoth au Japon, vous n'aurez pas le droit de voyager, et c'est seulement dimanche soir que commencera votre premier jour de Chavouoth, lundi soir le second jour, et retour mercredi matin!!.

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Ce long propos introductif pour une histoire, contée par le Rav Assaf 'Hanokh Frumer de 'Haïfa. (Hatamim, Nissan 5763)

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J'ai entendu le récit suivant du Rav I. Cohen de Brooklyn, le quartier du Rabbi de Loubavitch, en l'année 5754. Elle se déroule vraisemblablement en 5718 (1958), à une époque où le Rabbi avait soulevé le problème, sans en suggérer les solutions qu'il développa essentiellement à partir des années 5721.
Cette année là, Chavouoth tombait un Samedi soir. Le Rav Cohen avait pour invité ce Chabbath un Israélien, qui au cours de la table de Chabbath raconta qu'il était arrivé le matin même du Japon. Le Rav Cohen mit un certain temps à réagir. Son invité n'avait pas compté 49ème soir comme lui, et était dans la fête de Chavouoth, et non dans un simple Chabbath!
Il se mit en devoir de lui expliquer la question qui se posait, les quelques indications que le Rabbi avait développées l'année précédente, et lui suggéra de refaire … la prière du soir au titre de prière des jours de fête, de refaire le Kiddouch, en tant que Kiddouch d'un jour de fête qui tombe Chabbath, et convint avec lui que dès le lendemain matin, on irait voir le Rav du quartier pour éclaircir la situation.
Sauf que l'éclaircissement ne vint pas. Aucun Rav n'était prêt à trancher une question aussi délicate entre deux portes, et tous reprochèrent au Rav Cohen d'avoir obligé son invité à répéter "en vain" les prières du soir.
Il ne restait plus qu'une solution. Rav Cohen suggéra à son invité de se poster près de la porte, à la fin de l'office, au premier rang de la rangée qui se formait pour saluer le Rabbi lorsqu'il quittait la synagogue. Et surtout d'être très bref dans sa demande.
Le Rabbi quitte sa place, salue à droite et à gauche d'un joyeux "Gut Shabbès", "Chabbat Chalom". Arrivé devant notre invité, celui a à peine le temps de glisser "j'arrive du Japon" que le Rabbi le salue: "Gut Shabbès, Gut Yom Tov", ("Chabbat Chalom et 'Hag Saméa'h, Bonne fête".)
Puis quelques pas plus loin, se retourne et lui souhaite "Bonne fête du Don de la Torah".
Le Rav Cohen s'approche alors de son invité:
- Tu l'as eu ta réponse!
- Mais je n'ai pas eu le temps de poser ma question!
- Oui, mais la réponse est bien là, le Rabbi t'a souhaité une bonne fête, il est clair qu'il t'a indiqué qu'aujourd'hui c'est Chavouoth pour toi!
Samedi soir, à l'issue de Chabbath, 1er soir de Chavouoth pour les autochtones, le Rav Cohen fut convoqué par le secrétaire personnel du Rabbi, le Rav Hodakov, pour être admis dans le bureau du Rabbi. Le Rabbi lui donna diverses consignes à l'intention de son invité, et notamment ce qu'il aurait à faire durant ce dimanche. En effet, pour un Israélien la fête de Chavouoth ne dure qu'un seul jour, consommé en l'occurrence durant ce Chabbath, et dimanche serait pour lui un jour entièrement "banal", sans Kiddouch, ni prière des jours de fête, et durant lequel il aurait à mettre les Téfilin!
(Note du traducteur: bien que "jour de semaine" pour un Israélien, il ne pourrait pas faire ce jour là d'activités interdites le jour de fête, aux yeux des autres membres de la communauté.)

En conclusion de cette réflexion, le Rabbi a demandé que l'on évite de franchir ce méridien de l'Ouest vers l'Est durant la période du Omer!

On peut consulter à ce sujet en français LIKOUTEI SIHOT, Tome 3 des 1ere et 2ème séries, Paracha Emor.
Et une étude sur un sujet proche dans Kountrass N° 37 de Kislev 5753.

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Aharon Altabé
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