Notre histoire commence en 1836 dans une bourgade de Pologne.
Elle va nous faire partager la vie juive de l'époque: amour de la Torah et de ses Commandements, fréquentation des Sages de l'époque, amour de la Terre d'Israël. Ce sont ces valeurs éternelles du judaïsme que Moché Noa'h va nous faire partager, sous la plume de M. Guets, auteur de "Yérouchalaïm chel Maalah".

 

 
 


L'accueil

Ce Roch 'Hodech 1 Sivan de l'année 5596 (1836) était un jour de fête à Lomzhe, en Lithuanie. La ville entière semblait sereine et digne. L'ambiance des grands jours régnait derrière les fenêtres largement ouvertes des maisons de la ville. On apercevait à l'intérieur des nappes blanches, comme on en utilise d'habitude à Pessa'h,(pâques) étendues sur les tables, des parures de Chabbat recouvrant les fauteuils. Plus étonnant encore, les maisons étaient vides! Qu'était il donc arrivé aux habitants si calmes de Lomzhe?
 
 

De fait, hommes femmes et enfants étaient tous sortis accueillir un invité de marque, Gaon (grand érudit) dans sa génération, Rabbi Akiba Eigger, venu pour une courte visite dans la ville.
Un des témoins de cette journée a noté dans son journal:
"C'est par centaines que les habitants de Lomzhe et des environs sont venus à la rencontre de Rabbi Akiba Eigger, qui arriva dans un splendide carrosse attelé à quatre chevaux. Un frêle personnage, revêtu d'un manteau de soie, un bonnet de fourrure sur la tête apparaissait modestement dans le carrosse. J'ai encore aujourd'hui le souvenir de ce visage noble et doux, ce je ne sais quoi que l'on ne trouve que chez les Grands et qui exprime la grandeur et la finesse de leur âme. Telle fut l'impression de tous ceux qui se pressaient autour de lui, en retenant leur souffle.
Nous étions là des centaines à le voir descendre du carrosse et gravir les quelques marches du perron, s'arrêter pour adresser à la foule un léger sourire, empreint d'amour. Tous étaient tournés vers lui avec un grand respect.
L'un des hommes s'écria "Baroukh haba" (bienvenue) et tous répétèrent après lui. Saisies d'émotion, les femmes se mirent à sangloter."
Il n'y a certainement pas d'exagération dans cette description d'époque: qui, de tous les habitants de Lomzhe n'était pas venu sur cette grande place à l'entrée de la ville? Les Bné Torah (Sages, étudiants de la Torah) avaient fermé leurs livres, les commerçants avaient abandonné leurs échoppes, et les femmes avaient déserté leurs cuisines pour venir ici leur bébé dans les bras, tous ensemble pour manifester leur respect au Grand de la Torah, le Maître de la génération. L'émotion, joie et larmes, fut à son comble lorsque le Rav tendit la main pour saluer grands et petits. Les mères se pressaient sur le bord de l'allée pour que le Rav pose ses mains sur la tête de leur enfant et le bénisse. A tous, le Rav murmurait "que D. vous rajoute des bénédictions, à vous et à vos enfants" (Psaumes 115, 14).

Rabbi Yéro'ham Fichel Perlov, auteur d'un commentaire sur le Livre des Commandements de Rabbi Saadia Gaon, qui fut l'un des grands Maîtres à Jérusalem aimait raconter qu'il était l'un de ces enfants qui eurent le mérite d'être bénis par Rabbi Akiba Eigger qui avait posé les mains sur sa tête.


Tu ne te déroberas point de ton proche...


Les riches de la ville rivalisaient entre eux pour avoir l'honneur d'accueillir et d'héberger le Rav durant son séjour dans la ville. On avait même convenu que l'on tirerait au sort pour savoir à qui reviendrait ce mérite. Toutefois, on apprit que Rabbi Akiba Eigger avait décidé qu'il irait chez un membre de sa famille qui habitait en ville.

Qui donc était ce proche? Les chefs de la communauté se renseignèrent auprès de leur illustre invité, sans succès. Après beaucoup d'insistance, le Rav le nomma: c'était un des mendiants, toujours assis au fond du Beth Hamidrach. Les notables esquissèrent une grimace: un Gaon de cette dimension allait visiter une grande ville juive comme Lomzhe pour y être accueilli dans la maison d'un juif pauvre tout simple! Qu'allaient dire les gens! Serons nous quittes de la Mitsvah de respecter la Torah et ses Sages ?

Mais Rabbi Akiba Eigger ne voulut rien entendre: il exigea de ses hôtes qu'on l'emmène de suite chez son parent.
Les notables essayèrent à nouveau, mais en vain de l'en dissuader, lui décrirent la pauvreté de cette petite maison - était ce même une maison, cette baraque sur le point de s'écrouler ? Ils parlèrent de la honte qu'éprouveraient les habitants de Lomzhe après un tel accueil. Ils promirent que l'on installerait son parent à la table d'honneur, et qu'il serait comme le maître de maison là où le Gaon serait reçu.
Les érudits tentèrent également de fléchir le Maître: puisque déjà pour une Mitsvah DeOraïta (commandement écrit dans la thora)comme rapporter un objet trouvé, un Sage en est dispensé si la situation n'est pas en rapport avec sa dignité, alors pourquoi le Rav irait il honorer son parent qui ne peut le recevoir avec toute la dignité requise, et par là offense toute la ville?
Rabbi Akiba Eigger prit un air sévère, et son visage pâlit comme lorsqu'il était assis à rédiger ses 'Hidouchim (commentaires) mais il répondit immédiatement:
"Chers amis, c'est bien la preuve du contraire que vous m'apportez là! Lorsqu'à propos d'un objet trouvé la Torah dit "et tu te déroberais" (Deutéronome 22), nos Sages ont expliqué qu'il y a là possibilité effective de se dérober devant la Mitsvah dans le cas d'un Sage pour qui ramasser l'objet serait un affront. Mais le même mot est employé pour nous dire "et de ta chair tu ne te déroberas point!" (Isaïe 58), et il n'y a donc aucune possibilité de se dérober à la préférence que l'on doit donner à son proche."

Les notables, tout autant que les Sages, furent surpris d'entendre une réponse aussi vive de la part du Rav et ils durent se résigner à l'accompagner chez son hôte, chez qui il s'établit durant tout son séjour à Lomzhe.
Et de ce jour là jusqu'à son départ un flux incessant de visiteurs investit la ruelle des forgerons où le Gaon résidait.
Qui de la ville ou des alentours n'y était pas venu? Les érudits avec leurs questions ou leurs réponses sur des points de Talmud, d'autres seulement pour assister aux offices du Rabbi, l'entendre, le voir à table... "Chacun de ses gestes est un livre de Torah ouvert" se soufflaient les gens. Beaucoup venaient aussi pour déverser la tristesse de leur coeur, demander un conseil, une bénédiction, un mot de réconfort ou une phrase apaisante. Une montagne de petits billets s'élevait de jour en jour sur la table, avec les demandes les plus diverses d'entre ce qu'un coeur juif a besoin: parnassah (revenus), Chalom Baït (paix dans le foyer)satisfaction du devenir des enfants, santé, etc...
 


La demande d'Ethel

Parmi le flot de personnes qui se pressaient à la porte de la maisonnette, dès les premiers jours, se trouvait la Rabbanite ( femme de rabbin) Ethel ...

Après des heures d'attente, vint son tour, et elle se présenta devant le Gaon, les yeux baignés de larmes. Cette Ethel, qui resplendissait d'habitude de joie, qui était toujours la première à accourir pour toute Mitsvah qui se présentait, quel était donc son problème?

Elle avait neuf enfants, tous assidus à la Yéchivah, sauf l'un d'entre eux, Moché Noa'h, qui au grand désespoir de ses parents était complètement "bouché", et n'avait jamais réussi à apprendre ne serait ce qu'une ligne de Guemara. Ethel avait déjà consulté des Rabbins réputés, reçu toutes sortes de conseils mais sans effets.
A ce jour, Moché Noa'h allait sur ses quinze ans, et étudiait la Torah comme un enfant de trois ans ... Plus étonnant, en calcul, écriture ou connaissances pratiques, il était particulièrement doué et éveillé, et saisissait en un instant ce que beaucoup d'autres avaient du mal à apprendre. Mais quand arrivait le cours de Guemara, c'était une autre affaire.


Rabbi Akiba Eigger écouta l'amère histoire que lui racontait cette maman brisée, minée par le malheur de son fils. Il conclut doucment

"Nos Sages ont décrété qu'il faut faire très attention à ce que même un bébé ne consomme pas une nourriture interdite, car ceci atteint son âme, et une fois grand, il sera de mauvais caractère et inaccessible aux paroles de Torah".

"Quoi, quoi, s'écria Ethel, comme frappée d'hystérie, mon Moché Noa'h a mangé quelque chose interdite lorsqu'il était petit ? 'Hass veChalom ( que Dieu en préserve) ! Rabbi c'est im-pos-sible !"

"Et pourtant, reprit doucement Rabbi Akiba Eigger, à t'écouter, il semble bien que ce soit la vraie cause de son incapacité à comprendre la Guemara ..."

Ethel, remplie de confiance dans les paroles du Sage s'effondra, puis après un court instant tenta
- Rabbi, et que faire pour ça ?
- Etudier la Torah dans la pauvreté. Beaucoup s'investir dans l'étude, dans la misère la plus grande."
 

Rabbi Akiba Eigger répéta plusieurs fois sa sentence. Déjà, le visiteur suivant se présentait devant le Sage, et Ethel quitta la pièce.
Elle se précipita chez elle, et raconta précipitamment à son mari, Rabbi Hirsch Leïb, les paroles du Rav, sa suggestion quant à la cause de l'ignorance de leur fils, et son conseil pour l'avenir.
- "Et comment as tu fait, toi la femme vertueuse pour laisser notre fils consommer une nourriture interdite ?" s'exclama Rabbi Hirsch Leïb avec indignation.


- "Comment peux tu t'imaginer une telle chose! éclata Ethel.
Qui sait mieux que toi l'attention que j'accorde à ces choses là! Jamais il n'est rentré à la maison du lait à la traite duquel je n'ai pas assisté. Les enfants ne connaissent pas le goût du pain du boulanger, car ils ne consomment que celui que je cuis moi même, après avoir tamisé la farine. Même les fruits et les légumes qui peuvent contenir des vers ne rentrent pas à la maison. Quant à la viande, c'est toi même qui l'apporte de chez le Cho'het (abatteur rituel) après avoir assisté à l'abattage et la vérification. Comment notre fils peut il, après tout ça, avoir consommé quelque chose d'interdit, et comment peux tu me soupçonner de négligence ?"
Un lourd silence s'installa entre eux. Ethel, approfondie dans ses réflexions, murmura:
"Peut être notre Moché Noa'h aurait consommé quelque chose d'interdit chez un voisin ou un ami ? Ou bien à un mariage ou une autre occasion ?"
Rabbi Hirsch Leïb approuva sa femme et ils se résolurent à mener l'enquête dès le retour de Moché Noa'h de la Yéchivah. C'est dire avec quelle impatience ils l'attendirent ce soir là. Son père s'assit face à lui, comme tous les soirs, puis commença à le questionner sur ses études de la journée. Il trouva rapidement l'occasion de lui demander s'il avait un jour mangé quoi que ce soit en dehors de la maison. Moché Noa'h répondit catégoriquement qu'il avait toujours respecté la consigne maternelle de ne jamais rien consommer chez des étrangers, et autant qu'il s'en souvienne, il n'avait jamais, même étant petit, accepté quelque nourriture de qui que ce soit: il ne goûtait que les nourritures préparées par sa mère. Rabbi Hirsch Leïb ne se contenta pas de cette réponse, et le reprit point par point. Il était malheureux de soupçonner son fils et de pratiquer un interrogatoire de façon aussi déplaisante, mais il était sûr que Rabbi Akiba Eigger avait vu juste: il traqua le moindre des souvenirs d'enfance de son fils, ses amis, ses promenades. Après deux heures de discussions, Moché Noa'h s'endormit sur son banc, épuisé. Il se réveilla en sursaut peu de temps après:
'Papa, Papa, je me souviens maintenant de quelque chose! J'avais cinq ans, c'était à Hanoucah, je sortais du 'Héder ( de l'école) dans le froid et la nuit, et à l'hôtel qui est en ville, il y avait un mariage. Un des parents est sorti à notre rencontre et nous a pressés de venir prendre un bouillon chaud, avec une part de poulet ..!"
L'interrogatoire était terminé.

 Dans la maison du Cho'het

Maintenant Rabbi Hirsch Leïb savait que son fils avait effectivement mangé une nourriture en dehors de la maison. Mais quoi donc ?

Rabbi Eliézer, le patron de l'auberge était connu comme un homme craignant D.ieu et un érudit, et le Cho'het local qui aurait pu abattre les poulets était connu également pour être un homme pieux et exemplaire.
Comment était il possible qu'ils aient servi aux invités du mariage une nourriture tréfa (impure) ?
Rabbi Hirsch Leïb envoya Moché Noa'h se coucher, et décida d'aller dès le matin voir son ami Rabbi Eliézer pour parler avec lui. Peut être se souviendrait-il de quelque chose concernant les aliments servis ce soir là ?
Tôt le matin, dès la fin de Cha'harit (l'office du matin), Rabbi Hirsch Leïb se présenta à l'hôtel.
"Te souviens tu, Reb Eliézer, d'un mariage qui s'est tenu ici à 'Hannoucah, il y a dix ans ?" Rabbi Eliézer dévisagea Rabbi Hirsch Leïb avec étonnement:
"j'ai ici deux mariages par semaine ! Comment veux tu, Reb Hirsch, que je me souvienne d'un mariage d'il y a dix ans ?".
Mais Rabbi Hirsch Leïb n'était pas homme à se laisser
démonter aussi facilement. Il expliqua à son ami que la question le touchait au plus profond de lui, et qu'il avait un besoin extraordinaire de savoir qui s'était marié, et dans quelles circonstances le repas s'était effectué. Reb Eliézer se laissa convaincre sans difficultés; il appela son serviteur, prépara une lampe à pétrole et descendit avec
Rabbi Hirsch Leïb dans la cave, pour voir s'il restait quelque vieux livre comptable qui puisse renseigner son ami. Après avoir feuilleté une dizaine de registres et soulevé des montagnes de poussière, l'aubergiste exhuma un vieux cahier de cette année là. On remonta dans la salle à manger pour mieux feuilleter le registre. Et ils arrivèrent à la page fatidique:
"Ce second jour de 'Hannoucah, 26 Kislev 5586 (1825), a eu lieu le mariage en secondes noces de Yekoutiel Halpert. Tout a été payé d'avance".
L'entêtement de Rabbi Hirsch Leïb avait donc payé: il avait cette fois en mains tous les éléments qui permettraient de ... commencer l'enquête. Yekoutiel Halpert habitait à quelques rues de là. Il ne restait plus qu'à aller le voir et écouter de sa bouche les détails concernant l'abattage des poulets qu'il avait servis le soir de son mariage il y dix ans...
Yekoutiel Halpert était un juif typique de Lomzhe: robuste, grossier, il était maréchal ferrant. Dès qu'il vit Rabbi Hirsch Leïb, le Rav de la ville rentrer dans l'écurie, il l'apostropha le sourire aux lèvres, sans même le saluer.
"Qu'est ce qui amène ici le Rav?", demanda-t-il d'une voix claquante comme les sabots des chevaux.
Le Rav lui expliqua qu'il souhaitait avoir des détails sur son second mariage, il y a dix ans. Peu importe à Yekoutiel pourquoi le "petit Rabbin", comme il l'appelle, s'intéresse à son mariage. Il n'est pas curieux de nature, et se sent très honoré que son "petit Rabbin" soit venu en personne dans sa forge pour s'entretenir avec lui, et en plus de son propre mariage. Aurait il un jour imaginé tel honneur?
Il lui parla de son divorce, trente ans auparavant, après son premier mariage avec Ra'hel, de la ville de Rouwné. Puis de son remariage, après vingt ans de célibat, avec sa seconde femme 'Havah. De lui même, il abondait en détails sur la splendeur du mariage qu'il s'était alors offert, le Rav qui célébra le mariage, le cho'het, le banquet ... Rabbi Hirsch Leïb n'en demandait pas plus, et après lui avoir souhaité longue vie et bonheur, il s'éclipsa.
Quelques instants après, il poussa la porte de la maison de l'ancien cho'het qui avait cessé depuis de travailler.
" Vous souvenez vous de quelque chose concernant l'abattage des poulets pour le banquet de mariage de Yekoutiel Halpert, il y dix ans ?" lui demanda-t-il après quelques paroles d'usage. A peine avait il prononcé ces mots que le Cho'het pâlit.
- Oïe, oïe, soupira le vieil homme. Le mariage de Yekoutiel ... une chose terrible ! Combien de jeûnes ai je jeûnés depuis pour me faire pardonner, et l'on vient encore, dix ans après me rappeler ma faute ...!
- La che'hita n'était pas cachère ? demanda Rabbi Hirsch Leïb en tremblant.

- D.ieu garde, répondit vivement le cho'het, ce n'est pas celà! c'est tout autre chose!
- Et quoi donc ?

La curiosité de Rabbi Hirsch Leïb allait en grandissant. Le vieux cho'het essayait de s'esquiver.

- Tant d'années ! Tant d'années ! A quoi bon se poser des questions sur un passé aussi lointain ?

Rabbi Hirsch Leïb, ému, raconta à son vieil ami l'histoire de Moché Noa'h, si obtu dans les études saintes, les paroles de Rabbi Akiba Eigger qui avait relié ceci à la consommation de mets interdits. Il expliqua qu'il ne pourrait être tranquille avant de savoir comment ceci avait pu arriver à son fils, afin d'être plus vigilant à l'avenir.

"Les paroles qui sortent du coeur vont droit au coeur" et le cho'het ne put que s'émouvoir des paroles de Rabbi Hirsch Leïb, convaincu de sa peine, et de la grandeur de Rabbi Akiba Eigger qui avait vu d'aussi loin cet évènement inconnu de tous. Il prépara un verre de thé pour apaiser son hôte, puis commença sa terrible histoire, d'une voix brisée.
"C'était il y a trente ans, commença-t-il, quand Yekoutiel Halpert divorça de sa première femme Ra'hel à Rouwné. Je ne sais quel Beth Din a procédé au Guett (divorce religieux), mais quelques semaines après, des rumeurs circulaient sur la validité du Guett. D'éminents Rabbins invalidèrent successivement le divorce, et interdirent à Ra'hel de se remarier. Des années durant ce divorce fut l'objet de discussions dans les Beth Hamidrach, jusqu'à ce que l'affaire s'oublie.
Il y a dix ans et trois mois, sur le tard, Yekoutiel se remaria. Le Rav qui pratiqua le mariage ne fit pas cas du divorce contesté de Yekoutiel, et quant à moi, je n'en n'avais jamais entendu parler.""Le cho'het recommença à soupirer et à se tordre les mains.
Malheur à ces mains qui seront brûlées dans le feu du Gehinom pour avoir abattu la viande d'un tel mariage!
"Quelques semaines après le mariage, j'eus l'occasion de rencontrer un de mes amis, un vieux 'Hassid 'Habad, qui me fit des remontrances"
"Comment est ce possible ? Comment en es tu arrivé là ? Ne sais tu pas que notre Maître, Gaon d'Israël le Saint Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l'auteur du Tanya et du Choul'han Aroukh Harav, a fait partie de ceux qui ont invalidé le Guett donné par Yekoutiel à sa première femme ?
Comment as tu osé abattre des poulets pour le mariage d'un tel pêcheur, qui se marie avant d'avoir répudié convenablement sa première femme!"
Je m'évanouis de surprise, et mon ami s'efforça de me ranimer. Je lui expliquai que j'étais innocent, et que j'ignorais tout du passé de Yekoutiel. Il sortit de sa poche une copie de la lettre de Rabbi Chnéour Zalman, qui s'élevait avec amertume contre la procédure du divorce de Yekoutiel.
"Malheur à moi, qui ai pêché involontairement, et malheur à ces mains qui seront brûlées dans le feu du Gehinom pour avoir abattu la viande d'un mariage aussi controversé !"
 


La lettre du Baal Hatanya


Maintenant Rabbi Hirsch Leïb savait tout. Enfin presque tout. Il aurait bien voulu voir la lettre du Baal Hatanya, le Rabbi Chnéour Zalman. Le cho'het, lui ne souhaitait pas tellement la lui montrer; l'évocation de cette lettre lui était déjà pénible, et il redoutait de la revoir. Si près du but, Rabbi Hirsch Leïb ne se laissa pas décourager, et le cho'het finit par admettre qu'ils iraient voir la lettre chez le vieux 'Hassid. Mais il habite loin d'ici, dans un petit village à plus de vingt milles de Lomzhe. Comment irons nous ? gémit-il. En un clin d'oeil, Rabbi Hirsch Leïb avait entraîné son ami dans la rue, accosté une diligence, et les voilà en route. Le cocher se dirigea rapidement vers la sortie de la ville, et le long voyage commença sous une pluie battante qui ne les quitta pas jusqu'à leur arrivée, quelques cinq heures plus tard, dans la nuit du petit village.
Quelques légers coups sur la porte, et celle ci s'ouvrit sur un visage impressionnant. Le vieux 'Hassid, qui avait servi dans sa jeunesse chez Rabbi Mena'hem Mendel de Vitebsk (13) et chez Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (14 )les reçut joyeusement, leur tendit la main et les installa rapidement devant une collation et une boisson chaude. La glace dont leur barbe est éparse eut tôt fait de fondre, et leurs os de se réchauffer. Le cho'het s'inquiéta de la santé de son ami, de sa famille puis aborda le sujet qui justifie leur visite si tardive.
"Nous sommes intéressés au plus haut point à voir la lettre de Rabbi Chnéour Zalman concernant le guett passoul de Yekoutiel, conclut il et ceci touche au plus profond mon ami ci présent, Rabbi Hirsch Leïb." Et d'enchaîner sur l'histoire de Moché Noa'h, et les paroles de Rabbi Akiba Eigger. Le 'Hassid sursaute, tout comme à l'époque.
"Comment est il possible qu'un Rav ait marié cet homme sans se renseigner sur lui? Et comment se peut il qu'un cho'het abatte de la viande sans demander qui se marie et qui sont les participants ...?" Le cho'het s'abrite à nouveau derrière le Rabbin qui pratiqua le mariage, puis reprocha au 'Hassid de n'avoir pas donné plus de publicité à la lettre du Baal Hatanya: on n'en serait pas arrivé là!
Après un bref échange de paroles, le vieux 'Hassid s'enfonça dans ses pensées, puis sortit la lettre, qu'ils lurent ensemble, mot à mot:
"J'ai été stupéfait de voir, et désolé d'entendre cette histoire inouïe qui s'est passée dans votre contrée, concernant une femme répudiée par un Guett non conforme à la Sainte Torah, qui ne mentionne que son nom Ra'hel: bien que son nom de naissance soit effectivement Ra'hel, étant donné qu'elle est connue de tous sous le nom de Roucha, son Guett est totalement invalide. C'est pourquoi, il vous revient de tout faire pour empêcher cet homme de se remarier (...), et d'interdire fermement à tout cho'het de pratiquer un abattage de viande ou de volaille pour ce mariage, et s'il contrevenait, à D.ieu ne plaise, sa viande serait Névéla -interdite à la consommation"

Rabbi Hirsch Leïb et le vieux cho'het éclatèrent en sanglots, et les larmes coulèrent sur le vieux papier jauni de la lettre du Saint Rabbi Chnéour Zalman.
Rabbi Hirsch Leïb prenait ainsi mesure de la force du Maître Rabbi Akiba Eigger qui avait vu de si loin une telle chose. Il prit le soir même le chemin du retour vers Lomzhe, laissant le cho'het se reposer chez son ami, dans le village.
Il n'était plus préoccupé, maintenant, que de savoir comment accomplir le sauvetage de son fils, par l'étude dans la pauvreté, afin que D.ieu lui ouvre le coeur à la Torah. Il arriva à Lomzhe tout juste à l'aube, pour se joindre à son minyan habituel avec les Vatikim, ceux qui prient au lever du soleil.
 
Dans le Chemoné Esré, il se répandit en pleurs, pour implorer D.ieu de lui procurer l'intuition nécessaire: où envoyer Moché Noa'h étudier pour mettre en pratique le conseil de Rabbi Akiba Eigger. En arrivant au passage "veliyrouchalaïm irekha" Rabbi Hirsch Leïb buta sur les mots "et dans Jérusalem ... et dans Jérusalem Ta ville..." Serait une allusion d'en haut à ma prière ? Il se mit à frissonner. Qui n'a entendu parler de la pauvreté matérielle de la communauté de Jérusalem ? Qui n'a entendu parler de la richesse spirituelle des juifs, ainsi que nous content les rabbins et émissaires envoyés par les institutions pour collecter les oboles ? Là bas, tout près de la Porte du Ciel, ce sera certainement l'endroit convenable pour Moché Noa'h pour qu'il puisse nous donner toute satisfaction comme un bon enfant juif. Est ce possible que ma tefila ait déjà été exaucée ?"
L'exil

Ce jour même, Rabbi Hirsch Leïb aborda le sujet avec Moché Noa'h, seul à seul.
"C'est vrai , mon fils, que tu as beaucoup travaillé pour étudier la Torah, mais à ma grande tristesse, tes efforts n'ont pas été couronnés de succès. Ta mère, la Tsadkanit , la juste, qui se fait tant de souci pour toi, a pris conseil chez un des Sages d'Israël, qui lui a dit que seul l'exil dans un lieu de Torah et l'étude dans la pauvreté peuvent te sauver".
Rabbi Hirsch Leïb se tut quelques instants. Ses yeux se fixèrent dans le regard étonné de son fils, puis il reprit d'une voix étranglée:
"C'est vrai, mon cher fils, qu'il est dur, à ton âge, de quitter ses parents pour partir en Erets Israël, ce lieu qui t'a été désigné du ciel pour ton élévation spirituelle. Mais saches que c'est encore plus dur pour tes parents, qui t'aiment de tout leur coeur. Pourtant, c'est là bas seulement que tu pourras arriver au vrai but de la création de l'homme, là bas
seulement que tu trouveras une guérison à ton mal: avec l'aide de D.ieu tu y grandiras dans la Torah et tu deviendras un Grand de la communauté d'Israël."

Moché Noa'h éclata en sanglots. Il avait à peine quinze ans, et il était obligé de quitter la maison de ses parents, de se séparer de ses frères si exemplaires, de ses soeurs si affectionnées... mais il savait combien pire serait de rester toute sa vie un Am Haarets, un ignare, . Moché Noa'h accepta avec amour la décision de son père de partir en exil dans un lieu de Torah.
A cette époque, en Lithuanie, un groupe de Talmidei 'Hakhamim, sages érudits, se préparaient à monter en Eretz Israël.
Rabbi Hirsch Leïb eut tôt fait de se lier avec un des voyageurs, auquel il raconta toute son histoire. Il lui confia son fils, avec pour seule consigne de veiller sur lui jusqu'à ce qu'il lui trouve un compagnon d'études convenable.
Quelques jours plus tard, toute la famille était là, sur le quai pour accompagner Moché Noa'h. La séparation fut rude: Rabbi Hirsch Leïb se mordait les lèvres pour se contenir, Ethel adressait à son fils baisers et bénédictions, tandis que les frères et soeurs faisaient des grands signes d'adieu, jusqu'à ce que le bateau avec ses trente passagers juifs s'éloigne du port.
Il fallait à cette époque près de trois mois de bateau pour accoster à Jaffa. Après quelques jours de repos, ils eurent l'occasion de se joindre à une caravane qui partait pour Jérusalem, (les chemins étaient alors incertains, et les pélerins se regroupaient pour faire route avec un guide, sous bonne garde).
Chacun prépara ses coffres et ses paniers, et parmi eux, Moché Noa'h le plus jeune du groupe, qui outre un coffre plus haut que lui, tenait à la main une lettre que son père lui avait recommandé de ne jamais quitter, jusqu'à la remettre à son destinataire à Jérusalem.
Cette lettre de Rabbi Hirsch Leïb était envoyée à une de ses connaissances, le Gaon et 'Hassid Rabbi Yaacov Koppel Chapira, (le père du Tsaddik connu à Jérusalem, Rabbi Tsvi Mikhal), et contenait en quelques lignes bien tracées,(A la façon des textes manuscrits de certains contrats et des textes sacrés, qui doivent être écrits sur un texte ligné)d'une écriture droite, la recommandation suivante:

"A mon cher Ami, le respecté Gaon et Tsaddik Rabbi Yaacov Koppel, que D.ieu lui accorde une longue vie.
Avec tout le respect pour un homme de Torah, et mes meilleurs souhaits de paix pour lui et toute sa grande famille, je te confirme, selon les termes de ma lettre précédente, que j'ai pu mettre à exécution le projet dont je t'avais parlé, et mon fils
Moché Noa'h, porteur de la présente, monte à Jérusalem avec les plus pures intentions et le projet de s'adonner à la Torah dans les plus dures conditions. Je te redemande, cher ami, avec insistance, de le garder comme la prunelle de tes yeux, de veiller à ce qu'il ne cesse d'étudier la Torah, ne fut ce qu'un instant. Je te confie la vie de mon fils, et te prie de le préserver de tous les dangers: qu'il ne mange que de ton pain, ne boive que ce qui se boit chez toi, et soit à tes côtés. Enseigne lui l'étude, l'acharnement à l'étude, l'assiduité, et mets le à l'écart du luxe et du laisser aller.
Comme je te l'ai écrit, nous avons également dans nos pays d'exil ces qualités d'étude et de ferveur. Mais ce n'est qu'à Jérusalem que l'on peut côtoyer la Torah et la pauvreté, et c'est pourquoi je te le confie. Agis comme tu me l'as proposé dans ta dernière lettre, où tu te proposes de lui faire partager la vie de nos frères de Jérusalem installés là bas à la porte des cieux, et D.ieu dans Sa grande bonté lui viendra en aide et ouvrira son coeur à la Torah, et ce sera là la plus grande récompense de ma vie.
Ton ami respectueux,
ému au souvenir de ton père le Gaon et 'Hassid Rabbi Velvel de Tiktin,
Hirsch Leïb Farber, de Lomzhe."
 
 
De Lomzhe à Jérusalem
C'est dans un nouvel univers que Moché Noa'h plongea dès son arrivée à Jérusalem. Après quelques jours passés dans la maison de Rabbi Yaacov Koppel, il était déjà imprégné de sensations nouvelles qui bouleversaient son monde. La maisonnée de ses parents était pourtant loin de tout luxe, et chacune des dépenses quotidiennes y était mûrement débattue; elle pouvait cependant passer pour un palais à côté de ce qui se voyait chez Rabbi Yaacov Koppel. On était vraiment à des milliers de kilomètres de ce qui se passait à Lomzhe.
Chez ses parents, il y avait trois grandes chambres, et les murs crépis étaient décorés de couleurs. Les lourdes armoires de bois massif avaient des portes sculptées, et dans la salle à manger, une longue table, avec des chaises assorties, une vaisselle de porcelaine aux motifs bleus, des couverts en métal, des couteaux qui coupent. Les enfants, quoique habillés modestement portaient des vêtements agréables, sans reprises, des chaussures non rapiécées. La nourriture elle même, était toujours suffisante pour tous. Et pourtant, Rabbi Hirsch Leïb était bien loin d'avoir le train de vie des riches de la ville. Plus encore, sans sa position de Rav, il aurait certainement été considéré comme un des pauvres de la ville, quoique partageant le sort de la classe moyenne de Lomzhe, pour qui un sou était un sou !!
Ici à Jérusalem, la maison de Rabbi Yaacov Koppel comportait une pièce et demi, dont les soupiraux arrivaient à grand peine au niveau de la rue. Le crépi des murs avait certainement existé un jour, lors de la construction de la maison. Quant aux meubles de la maison, ils avaient une mine bien pitoyable: la seule table était un assemblage ingénieux de poutres et de planches. Les sièges consistaient dans les restes des chaises offertes lors du mariage, trente ans auparavant. Les vêtements des enfants étaient accrochés sur des clous de ci et de là, faute d'armoire. Sur une lourde étagère on posait tous les soirs une lampe à pétrole qui dispensait une bien pâle lueur qui donnait cependant à tous une envie d'étude extraordinaire.
Quant aux vêtements, rien de comparable avec Lomzhe ! Quelques mois avant une Bar Mitsvah, on soupesait déjà avec gravité la possibilité d'acheter au garçon une nouvelle paire de chaussures. Le reste du temps, on ne comptait plus les pièces recousues sur les vêtements et chaussures des uns et des autres.
Bien que l'alimentation et le menu occupaient peu de place ici, il n'était pas rare d'entendre Rabbi Yaacov Koppel et la maîtresse de maison en discuter dans les détails. C'est ainsi que Moché Noa'h entendit plus d'une fois la Rabbanite proclamer en début de semaine: "cette fois, les enfants, nous ne pourrons pas acheter de lait. Il faudra vous contenter d'eau avec un peu de vin fabriqué par Papa, et D.ieu vous donnera des forces pour étudier la Torah!" Ou encore:"hier tu as mangé la moitié d'un oeuf, aujourd'hui il faut que tu la laisses pour ton frère ! Quant à Rabbi Yaacov Koppel lui même, il pesait à chaque repas sa part, un kazaït de pain;(volume d'une olive, approximé à 30 grammes, qui justifie une bénédiction après le repas) , précisément, juste de quoi faire Bircat Hamazone après son seul repas de la journée.
Au début, Moché Noa'h fut effrayé de ce mode de vie. Il avait des vertiges à la seule vue de cette table vide, et se demandait combien de temps il tiendrait avant d'être obligé de retourner à Lomzhe. Puis il se rendit compte que les enfants de la maison tenaient le coup, et mieux que lui et ses frères qui consommaient de la viande et un plat chaud tous les jours. Il admit que la vie spirituelle, le repos de l'esprit et la volonté font partie des ingrédients d'une bonne santé.
"Les visages de ces enfants affamés ne brillent ils pas plus que ceux des enfants de Lomzhe rassasiés ?" se disait Moché Noa'h.
"D'où ces enfants de Jérusalem tiennent ils ce regard lumineux et ces forces pour étudier la Torah avec tant d'énergie, tout le jour et tard le soir ?
Serait ce dans ces monotones tranches de pain noir trempées dans de l'huile et tartinées de jus d'ail ou je ne sais quel autre légume ?
D'où leur vient ce visage noble et calme le Chabbat et les jours de Fêtes?
Seraient ce leurs vêtements on ne peut plus rapiécés ?
Et ce sourire de satisfaction lorsqu'ils répètent le soir devant leur père, de leur voix chantonnante, les questions du Maharcha ou les raisonnements du Pnéi Yechoua qu'ils ont entendu au 'Héder ?"

 
Petit à petit, Moché Noa'h s'éveilla à cette nouvelle atmosphère qui faisait des petits enfants de Jérusalem des êtres exceptionnels: son âme "s'alluma" lentement, et ses interrogations s'évanouirent d'elles mêmes.
Jérusalem, la ville des Prophètes, résidence des rois de Judah, foyer des Tanaïm,(rédacteurs de la Michnah, première compilation écrite de la Loi Orale, sous l'impulsion de Rabbi Yéhoudah Hanassi, contemporain d'Antonin) qu'il connaissait tant par le Tanakh,(initiales des trois livres de Torah, Neviim, Ketouvim, Pentateuque Prophètes et Hagiographes qui constituent la Bible) cette ville toute en esprit et en sainteté, avait maintenant conquis son coeur.
Il percevait Rabbi Yaacov Koppel, à qui son père l'avait adressé, comme son sauveur. Il étudiait maintenant quinze heures par jour, et sentait à quel point ces tartines de pain trempées dans de l'huile lui procuraient force et ardeur à la tâche. Le corps et l'esprit sain, heureux, il se sentait progresser dans l'étude, s'accrocher à tous les 'Hiddouchim, sans en perdre un brin, raisonner juste. Il rattrapa puis dépassa les enfants de son âge ...
Celà faisait maintenant trois ans que Moché Noa'h étudiait régulièrement avec son bienfaiteur Rabbi Yaacov Koppel, trois heures et demi d'affilée, dans le Beth Hamidrach "le Consolateur de Sion". La différence d'âge entre les deux semblait s'estomper au fil des pages, des discussions et 'Hiddouchim.
Moché Noa'h était devenu un autre être, et sa seule aspiration était de continuer son ascension. Jusqu'au jour où Rabbi Yaacov Koppel lui fit comprendre que le moment était arrivé ... Nos Sages n'ont ils pas enseigné "âgé de dix huit ans, c'est le mariage". Et à Jérusalem à l'époque, on ne discutait pas avec celà!

La pierre précieuse
Moché Noa'h comprit de suite l'allusion. Mais était ce bien à lui de s'en occuper ? En était il même capable? Comme lisant dans sa pensée, son maître et compagnon d'étude lui suggéra d'aller rendre visite au Rav de la ville, le Gaon Rabbi Chmouel Salent.
Une semaine plus tard, face au Rav, toutes les appréhensions de Moché Noa'h s'effacèrent: conquis par l'étendue des connaissances du jeune homme et sa vive intelligence, le Rav sera lui même le Chadkhan, (marieur, ancêtre de nos agences matrimoniales.). Et quelques jours plus tard, on célébra les fiançailles de Moché Noa'h avec la fille du Tsaddik Rabbi Yossef Kovner, de Jérusalem.
Dans la lettre qu'il adressa à ses parents à cette occasion, Moché Noa'h écrivit:
"A mon cher Père, mon Maître, et à ma chère Mère,
Ce n'est que maintenant que je prends la mesure de ce que vous avez fait pour moi, alors, en me forçant à me séparer de vous et de mes frères et soeurs, car de n'est que la Torah que j'ai apprise ici, dans la difficulté, qui m'a sauvé, et qui sera mon seul mérite durant toute ma vie, ici à Jérusalem où je souhaite habiter avec la future épouse que D.ieu m'a donnée. Soyez rassurés et reposés, et que D.ieu ne vous donne que du bonheur de moi et de tous vos enfants, en tous temps.
Votre fils, Moché Noa'h."
Lorsque cette année là, Rabbi Chmouel Salent dut sortir du pays pour visiter les communautés de l'exil au profit des institutions de Jérusalem, il passa également à Lomzhe, et visita les parents de Moché Noa'h, Rabbi Hirsch Leïb et sa femme Ethel. Il leur annonça la bonne nouvelle:
"c'est une pierre précieuse, un trésor inestimable, que vous avez dans la Ville Sainte".

Traduit de Yérouchalaïm chel Maala par Aharon - www.milah.fr