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Les fêtes juives

Un dossier Alliance

Réalisé par Aharon

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La bataille d'Angleterre

Notre école juive avait été évacuée à Prestwich, dans la banlieue de Manchester. Les salles de classe étaient situées dans le Beth Hamidrach à côté de la synagogue. Celle-ci était plus moderne, son toit était plat. L'abri antiaérien se trouvait dans le sous-sol du Beth Hamidrach, on y accédait par un escalier depuis les salles de classe.
C'était la cinquième nuit de Hanouccah. Les bougies étaient déjà préparées quand nous avons entendu le hurlement de la sirène. Quel que soit le surnom qu'on lui donnait, son effet était le même: nous devions nous réfugier dans l'abri au plus vite.
Nous entendions déjà "la musique", le "zoom-zoom" des avions allemands qui larguaient des bombes tandis que "nos" avions tentaient de les attaquer. Certains d'entre nous se prenaient pour des experts qui savaient reconnaître lesquels étaient les nôtres, les autres se persuadaient que c'était certainement les nôtres qui survolaient la ville pour la défendre.
Nous avions appris par cur les règles élémentaires de précautions antiaériennes, nous testions nos connaissances avec les questionnaires diffusés sur les ondes de la B.B.C. et nous aidions les adultes à préparer des bassines d'eau, des tuyaux, des pompes, de longues pelles, des sacs de sable, des échelles etc...
Une fois que nous fûmes arrivés dans l'abri, notre professeur fit l'appel pour être sûr que nous étions tous là. Les bruits extérieurs étaient maintenant assourdis, nous étions sauvés; nous avons chanté les airs traditionnels de Hanouccah. C'est à ce moment que le professeur s'est souvenu qu'il avait oublié les bougies à la synagogue.
Que faire? Je décidai que je n'accepterai pas cette situation et que, coûte que coûte, je procurerai des bougies pour notre groupe: il suffisait de ressortir, de se glisser vers la synagogue et de revenir. Bien sûr, le professeur ne me laisserait pas prendre ce risque insensé, il valait donc mieux ne pas lui demander la permission. Je me contentai donc d'informer discrètement mon ami Chaoul que je m'absenterai quelques minutes...
Je demandai au professeur de m'excuser un instant et, une fois dans le couloir, j'ouvris la porte pour voir ce qui se passait. Apparemment tout était calme, je n'avais que quelques pas à faire dans le jardin pour atteindre la synagogue. En un clin d'il, j'y étais. Effectivement, la Menorah d'argent était posée sur la table. Les bougies et les allumettes étaient légères mais la Menorah était assez lourde.
Tout cela ne m'avait pris que quelques secondes mais quand j'ouvris la porte, le spectacle était bien différent: des explosions assourdissantes tout autour, d'aveuglants éclairs...
Mon premier réflexe fut de refermer la porte tant mon cur battait à tout rompre. Mais je savais que ce n'était pas la bonne solution; qu'aurait fait Yéhouda Hamaccabi à ma place? Il ne se serait pas laissé impressionner par ces bombes, donc je pouvais sûrement en faire autant. Je réouvris la porte et me précipitai à l'extérieur.
C'est à ce moment-là que j'aperçus une bombe qui tomba du ciel et se posa exactement sur le toit plat de la synagogue. Je savais qu'il y avait un gardien quelque part, mais avec tout le bruit autour, il ne servait à rien de l'appeler. Pourquoi ne pas m'en occuper moi-même?
Des échelles étaient posées contre le mur pour arriver au toit et je savais où se trouvaient les bassines d'eau et les pompes, toujours prêtes au cas où... C'était l'occasion rêvée de montrer aux adultes que nous, les jeunes, nous savions comment réagir en cas de danger.
Je posai la Menorah et les bougies et montai les marches quatre à quatre. La bombe était là, non loin de la pompe. Je vidai avec précautions la bassine tout autour de la bombe. A la faveur d'un éclair, je vis le gardien à l'autre bout du toit, tentant lui aussi de neutraliser des bombes.
Craignant qu'il ne m'aperçoive et ne me gronde, je me dépêchai de redescendre, me cassant presque une jambe en manquant un échelon. Heureusement que mes bonnes notes en gym étaient méritées, ou peut-être que mon ange gardien m'avait été envoyé par le Tout Puissant qui s'occupe avec indulgence des inconscients comme moi...
Grâce à de nouveaux éclairs, je retrouvai la Menorah et les bougies et regagnai en courant l'abri. J'ouvris la porte si violemment que je faillis renverser le professeur qui, s'étant aperçu de mon absence, s'apprêtait à venir me chercher. Je ne lui laissai pas le temps de me gronder: je posai la Menorah et lui tendis les bougies et les allumettes.
Ce soir-là nous avons réalisé que la bénédiction de "Al Hanissim", "pour les miracles" était plus actuelle que jamais, nous avions vraiment échappé à un grand danger grâce à ces bougies de Hanouccah.
Mes compagnons du Héder firent cercle autour de moi et voulurent entendre chaque détail de mon exploit. Le professeur fit semblant de m'en vouloir d'avoir risqué ma vie en sortant de l'abri en plein "Blitz" mais, à en juger par ses clins d'il, j'étais sûr qu'au fond de lui, comme mes camarades, il me surnommait déjà Yéhouda Hamaccabi...

Nissan Mindel
T
raduit par Feiga Lubecki

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