Les fêtes juives

Un dossier Alliance

Réalisé par Aharon

Hannoucah dans une prison russe

'Hannoucah est pour le Rav Sim'ha Langsam de Peta'h Tikvah l'occasion de rassembler toute sa famille. C'est aussi l'occasion pour tous ses petits enfants de réclamer une nouvelle fois l'histoire favorite de Reb Sim'ha: son 'Hannoucah dans les geôles soviétiques. Reb Sim'ha ne se fait pas prier pour leur conter l'éternité de l'aide divine au Peuple Juif dans les circonstances les plus dramatiques.
"C'est l'hiver 1940. La vie juive Pologne n'est plus qu'un souvenir, et la vie d'un juif n'y tient qu'à un mince fil.
Avec un groupe d'amis de mon âge, j'ai réussi à traverser le fleuve qui coupe en deux la ville de Lasko et est la frontière avec les territoires sous contrôle soviétique. A peine échappés aux mains des nazis, nous voici capturés par des soldats russes, et notre liberté s'arrête à la porte de la prison Brigidkis de Lvov. Nous sommes 80 prisonniers dans un cachot destiné à une trentaine d'hommes. Et ce n'est pas le pire de nos malheurs…
Les juifs religieux se sont regroupés, murmurant des prières, se soutenant mutuellement par des paroles de réconfort et de Torah, au point que nos autres coreligionnaires nous envient cette foi ardente qui nous permet d'espérer.
Le premier soir de 'Hannoucah est arrivé.Nous savons que dans le monde, des millions de foyers juifs brilleront de cette petite flamme éternelle qui signifie la victoire des forces spirituelles sur le monde de la matérialité et de la brutalité, de la Sainteté sur l'impureté. Et qu'en sera-t-il de notre 'Hannoucah?
Après la prière du soir, un des prisonniers nous déclare qu'il a préparé une surprise. Une allumette! Il l'allume devant nous pour quelques instants de 'Hannoucah que nous prolongeons longuement en murmurant des chansons de la fête, en se chuchotant quelques récits ou bons mots sur le miracle de 'Hannoucah d'alors.
La consigne dans la prison est qu'à 9 heures précises un coup de sifflet nous enjoint de cesser toute conversation ou tout mouvement, et de se coucher, qui sur des lattes de bois, qui sur le sol de béton. Les lampes dans la geôle ne s'éteignent jamais, afin que les gardiens puissent contrôler les prisonniers. Alors que l'heure du coucher arrive, tout s'éteint brusquement. C'est la première panne d'électricité dans cette prison, et je crois qu'il n'y en eut pas d'autre durant mon séjour.
Une agitation hystérique se fit entendre dans les couloirs. Notre porte fut ouverte brutalement, et un gardien entra le fusil pointé vers les prisonniers, suivi d'un autre porteur d'une grande bougie. Ils avaient reçu pour consigne de déposer dans chaque cellule une grande bougie, pour nous dissuader de profiter de l'obscurité pour nous agiter.
Mon bonheur fut à son comble lorsque je vis le gardien poser la bougie dans l'épaisseur de la fenêtre à côté de la porte, et sortir en grommelant qu'il revenait de suite. Une idée folle m'agitait, et je ne pouvais pas rater une telle occasion! Je me suis levé rapidement, ai saisi la bougie pour en couper un ou deux centimètres avec un objet tranchant, et voilà la bougie remise en place!
A peine recouché, les lumières se rallumèrent. Mon cśur battait de toutes ses forces, à l'idée que mon "crime" allait être découvert. C'est dans le meilleur des cas une sévère correction et le cachot d'isolement pour plusieurs jours! La porte s'ouvrit et deux gardiens entrèrent pour éteindre la bougie et l'emporter. Ce n'était pas les mêmes, et je me sentis rassuré: ils ne pouvaient pas s'apercevoir que la bougie avait raccourci. Ils sortirent effectivement sans se douter de rien.
Tous les regards se tournèrent vers moi. Tous les juifs, même les plus éloignés de la pratique des Mitsvot avaient compris qu'un vrai miracle de 'Hannoucah venait de se passer.
Rabbi Levi Itshak Du fond de la cellule, Reb Chmouel Na'houm Amar, l'érudit qui nous tenait lieu de Rabbin et de guide spirituel murmura "Mes chers frères! Nous ne pouvons pas connaître les chemins de D.ieu! Mais ce soir nous avons eu le grand mérite de voir de nos propres yeux la main de D.ieu au secours de son Peuple! Remercions Le comme il se doit sur les miracles qu'Il a faits à nos ancêtres autrefois".
Il se tourna vers moi d'un air entendu. Sortie de je ne sais où, une allumette me fut présentée, et avec une intense émotion je récitai à voix basse les trois bénédictions avant d'allumer la bougie. De tous les coins de la cellule jaillit -en silence- la mélodie de "Maoz Tsour". Je regardai fasciné ma petite bougie de 'Hannoucah.
Au bout de quelques minutes, j'éteignis la flamme. Il fallait garder un peu de lumière pour les soirs suivants!
Nous fîmes ainsi chacun des soirs de 'Hannoucah. Après Maariv, allumage de quelques minutes, avec le sourd refrain des chants de 'Hannoucah.
Ma bougie dura ainsi pendant huit jours!

Aharon -