Les fêtes juives

Un dossier Alliance

Réalisé par Aharon

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Une Ménorah attendue

Dans la grande synagogue de Vilna, on voyait autrefois une grande et belle Ménorah, en bronze, posée sur un large socle de pierre. Elle était disposée à la droite de l'Arche des Rouleaux de la Loi, et sa forme et ses dimensions évoquaient la Ménorah du Temple, avec ses calices, ses vasques et ses pommeaux.
Lorsque la Première Guerre Mondiale éclata en 1914, la Ménorah fut emportée par l'Armée Russe à Moscou parmi d'autres objets saints, et sa trace s'est perdue dans les trésors royaux et les oubliettes de l'histoire soviétiques.
Si la Ménorah s'est perdue, son histoire n'a pas été oubliée.
C'était il y a quelques 300 ans en arrière. A l'époque, le Rav de la ville de Vilna, -la petite Jérusalem comme on l'appelait, était Rabbi Yechoua Heschel. En quelques dizaines d'années, Vilna avait été prise et reprise par les Russes -Le Grand Pierre-, La Suède, la Pologne -L'Empereur Frédéric Auguste. Le seul point commun entre tous ces maîtres était leur avidité. Chacun avait imposé aux Juifs de la ville un impôt particulièrement élevé, et la communauté juive en sortit exsangue.
La situation était telle, que le gouvernement avait pris en gage la Grande Synagogue, fermée jusqu'au paiement de l'impôt réclamé.
On peut facilement imaginer la souffrance des juifs, qui n'avaient plus d'endroit où se rassembler pour déposer devant D.ieu les nombreuses prières qu'ils avaient à faire pour sortir d'une si mauvaise passe.
Puis la rumeur s'amplifia: la nuit, à minuit, on entendait dans la synagogue des pleurs et des gémissements. Elle passa de bouche en bouche, fut le sujet de toutes les conversations et imaginations débordantes dans al communauté, et même chez les Gentils de Vilna. Bien peu savaient qu'un souterrain secret menait de la cave d'une maison du quartier jusque dans les combles de la synagogue, et qu'un petit groupe de fidèles avait décidé de jeûner deux fois par semaine et de venir chaque nuit y réciter le "Tikoun 'Hatsot" prière sur la perte de notre saint Temple de Jérusalem … et sur la perte de la synagogue.
Le Gouverneur de la ville voulut en avoir le cœur net. Un soir, entouré de ses serviteurs et gardes, il vint mener son enquête. Après avoir vérifié que les portes de la synagogue étaient bien fermées comme il l'avait ordonné, il attendit minuit. Il fut surpris par les murmures vite devenus sanglots qu'il entendit à l'intérieur. Il fit poser une grande échelle le long du mur Est, pour accéder à un vitrail.
Quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir à l'intérieur de mystérieuses formes blanches au pied de l'Arche Sainte, éclairées par une bougie.
Pâle et choqué, le Gouverneur descendit de l'échelle, remonta rapidement sur son cheval et s'enfuit vers son palais. Il était poursuivi par ces fantômes qu'il avait vus dans la synagogue verrouillée, et passa la nuit à se débattre avec ses visions.
Au petit matin, il fit mander les chefs de la communauté, et leur fit savoir qu'il était prêt à leur rendre la synagogue, pourvu qu'ils acceptent de laisser en gage un objet de culte de forte valeur.
Après s'être entretenu avec le Rav de la ville, il fut décidé de laisser au Gouverneur la grande et ancienne Ménorah de bronze, en attendant des jours meilleurs. Le Gouverneur fut ravi de leur choix, et la fit placer dans une de ses galeries, à proximité des statues d'art qu'il aimait collectionner. Mal lui en prit. Les bougies qu'on y allumait dégageaient une épaisse fumée qui noircit rapidement ses œuvres d'art, et, non sans frayeur, il décida de la déplacer pour la mettre dans un endroit à part.
Vint 'Hannoucah. Privé de leur antique Ménorah, les juifs de Vilna utilisèrent une autre Ménorah. Dès le premier allumage, le feu vacilla sur les bougies, et les lumières ne brûlèrent même pas le temps qu'il aurait fallu. On changea les bougies, sans plus de réussite.
A croire que seule la vieille Ménorah convenait à cet allumage. C'est d'ailleurs ce que comprirent le Rav et les chefs de la communauté, et il fut décidé que tout serait mis en œuvre pour "délivrer" rapidement la Ménorah.
Il leur fallut six années pour amasser la rançon! Six années durant laquelle la communauté ruinée économisa sou après sou (Zloty? Kopeck? Couronne?) pour satisfaire la cupidité des nouveaux maîtres de la ville.
Le premier soir de 'Hannoucah 5493 (1732) fut un soir de fête particulière pour les juifs de Vilna. Au cours d'un grand défilé et avec la fanfare locale (klezmer!) la Ménorah fut rapportée de chez le Gouverneur jusqu'à sa place dans la Grande Synagogue. Ce soir là, tous les juifs se réunirent autour de leur Rabbin pour voir l'allumage de la vieille Ménorah.

Aharon