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Les fêtes juives
Un dossier Alliance
Réalisé par Aharon
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Les sirènes de Hannoucah

Niederharsll.
Dans ce camp de travail situé au cœur de l'Allemagne, nous étions un groupe de juifs tassés dans un même block.
A quelques jours de 'Hannoucah, j'eus l'idée folle qu'il fallait marquer le coup et "faire" 'Hannoucah au nez et à la barbe de nos oppresseurs.
J'en parlai à Bentsion -"Bentsi"- le boute en train de l'équipe.
"Excellent!" D'abord, nous aurons accompli une Mitsvah, et de deux, ça va remonter le moral des gars de la baraque, ils en ont bien besoin."
Il n'y avait plus qu'à trouver de l'huile, et un endroit discret pour l'allumer. A vrai dire, l'huile ne manquait pas à l'usine où nous travaillions, mais de là à en rapporter chez nous …
Le risque était grand. A vrai dire, dans notre situation, nous étions entièrement dispensés d'allumer les bougies de 'Hannoucah. Mais la plupart d'entre nous avait cette fibre juive qui nous poussait à risquer le tout pour le tout afin de maintenir vivante la flamme du judaïsme qui s'accrochait à nos cœurs dans ces circonstances extrêmes. Et puis, un tel acte de "résistance" ne pouvait que réchauffer nos corps et nos âmes, épuisés par ces années de guerre, de privation, de travaux forcés, d'horreurs quotidiennes, nous aider à passer sur toutes les épreuves qui nous attendaient encore.
Nous décidâmes de tirer au sort pour répartir les tâches, et les risques. Le premier aura à trouver de l'huile, le second la planquera jusqu'au dernier moment, et ainsi de suite. Moi, le cinquième, je devais m'occuper des mèches.
Grinwald, le premier fut remarquable. Il réussit à convaincre son chef d'équipe exécré que sa machine marcherait bien mieux s'il la graissait tous les jours. C'est ainsi qu'il reçut un flacon d'huile, et de la meilleure, qui avait sa place dans sa trousse à outils le plus officiellement du monde. Pour ma part, j'avais arraché quelques fils de ma blouse pour confectionner des mèches, et tous les autres remplirent leur rôle à merveille, et lorsque tout fut prêt le premier soir de 'Hannoucah, toute la chambrée se rassembla pour manger la soupe.
C'est là qu'il fallut bien se rendre à l'évidence, nous avions oublié le poste "allumette" dans notre planning. Bentsi décida que chacun devait lui donner une cuillère de sa ration de soupe. Il courut ensuite à la baraque voisine, où il échangea ses cinq rations de soupe contre une cigarette, puis à la cuisine où le responsable lui prêta une boite d'allumettes en échange d'une cigarette, sans trop poser de questions.
Vint le moment des bénédictions, puis de l'allumage. La bougie avait été placée sous mon "lit". Religieux comme non religieux avaient tenu à prendre part à l'événement. Tous s'unirent dans une sourde mélodie de 'Hannoucah, bien que chacun soit dans un lointain rêve: celui ci avec sa femme et ses enfants, celui ci dans sa Yéchivah, celui là chez ses parents, visionnant des images d'un passé à l'avenir incertain. Qui ne pleurait pas?
Patatras, en un instant nos rêves s'évanouirent.
"Garde à vous!"
Le commandant du camp venait de rentrer dans notre baraquement, pour une de ces visites surprises dont il avait l'habitude. Comme toujours à la recherche d'un prétexte, aussi futile soit il pour faire usage de la cravache dont il frappait parfois son chien, et plus souvent les Juifs.
Que se passe-t-il ici? Je sens une odeur d'huile brûlée?
Je sentis mon cœur cesser de battre. Je donnai un dernier coup d'œil à ma petite bougie qui brûlait sous mon lit, persuadé que c'était mon dernier coup d'œil. Le commandant avait commencé à parcourir la chambre, entre les rangées de lit, à la recherche de l'objet du délit. J'aurais pu me baisser pour l'éteindre, mais le chien aurait été plus rapide que moi et m'aurait sauté dessus.
Mes compagnons étaient pâles, et le commandant avançait en dévisageant leur regard terrorisé. Encore quelques instants, il arriverait devant mon lit, et plus rien ne pourrait me sauver.
Et soudain la sirène se mit à sonner. Alerte aérienne! Le regard du commandant se figea en un instant, les lumières du camp s'éteignirent, et il se rua dehors en hurlant "je vais continuer l'inspection, je vais continuer l'inspection".
J'avais déjà éteint la bougie, avant de quitter la baraque, selon les instructions en vigueur.
Ce fut pour nous un miracle de 'Hannoucah clair. La main de D.ieu s'était manifestée jusque dans ce camp de Niederharsll. Dans le froid glacial de cette nuit sous les bombardements alliés, je ne pus m'empêcher de répéter au fond de moi la formule de la bénédiction "Celui Qui a fait des miracles pour nos ancêtres, en ces temps là et à notre époque!"

Traduit de "Si'hat Hachavoua", n° (585)
Raconté par Ch. B. Unsdorfer, Londres, 5721.

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Aharon Altabé
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