Les fêtes juives
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C'est comme ça qu'on allume les bougies de 'Hannoucah

Mordekhay Hanzin avait mérité de travailler pour la mère Russie aux fins fonds de la Sibérie. Son ticket pour un séjour de plus de vingt ans ne lui avait pas été offert seulement parce qu'il était de famille 'hassidique. Non, il s'était adonné à des activités contre révolutionnaires mettant en jeu la sûreté de l'Etat: il avait enseigné la Torah à des enfants.
Des centaines de jeunes et moins jeunes adultes juifs dont le seul crime était de maintenir en vie les dernières braises du judaïsme russe eurent droit au même traitement. Peu en sont revenus.
Durant ces vingt années, il s'efforça de respecter le Chabbath, de ne manger que cacher.
Ceci lui était rendu possible par les colis que sa mère lui faisait parvenir, contenant des objets très demandés qu'il pouvait revendre facilement ou échanger auprès de ses compagnons d'exil contre des aliments permis.
C'est ainsi qu'il traversa de rudes épreuves, des menaces constantes qui faillirent plus d'une fois lui coûter la vie.
'Hannoucah arrivait, et Mordekhay se faisait du souci pour l'allumage des bougies. Bien sûr, cela était interdit, et il courrait un risque certain à être repéré allumant des bougies, surtout pour une fête juive. Mais ce n'était pas suffisant pour le faire reculer.
Il partagea ce souci avec un groupe d'une vingtaine de jeunes juifs dont il était l'aîné, voire le mentor.
L'idée les "alluma";
L'un se proposa de préparer des mèches avec des fils prélevés sur des vêtements, un autre se proposa de confectionner une 'hannoukiah, d'autres d'économiser sur leur ration de margarine pour avoir de quoi allumer….
Le premier soir, ils se retrouvèrent dans un endroit discret, à une heure où personne ne prêterait attention à leur absence.
Mordekhay fut chargé d'allumer la première bougie, sur la hannoukiah improvisée. Il mit l'accent dans la bénédiction sur "les miracles en ces jours là et à notre époque"..
Tous répondirent "Amen" avec une forte émotion, et se perdirent dans leurs souvenirs en regardant la petite bougie qui jetait une mince lueur dans la cabane obscure. On était loin de la maison paternelle, de la chaleur du foyer juif, de l'ambiance joyeuse qui accompagne habituellement 'Hannoucah.
C'est à ce moment là que des coups se firent entendre sur la porte.
Brutal retour à la réalité. La porte céda, et ils virent entrer des gardiens du camp, lourdement armés, hurlant et menaçant. Ils furent menottés et emmenés au cachot.
Le jugement ne tarda pas. Les règles étaient simples: dans ces camps de travaux forcés, nul besoin de preuves ou d'interrogatoires serrés pour mettre fin au moindre écart. Tout était rébellion, complot, activité contre révolutionnaire, avec la peine capitale immédiate.
Mordekhay qui était le plus âgé de tous avait été désigné comme l'accusé principal, et se tenait debout devant le "juge" au visage sévère.
Le "procureur" lut le constat des gardiens, puis conclut que ces jeunes avaient allumé une bougie afin de signaler à l'ennemi notre position. Cela méritait assurément la peine de mort.
Le juge se tourna vers Mordekhay: "Qu'as tu à dire pour ta défense?"
Mordekhay était bouleversé. Son cœur battait à toute vitesse, et très fort.
"Cette accusation s'adresse à moi seul ou à mes amis aussi?"
Impassible, le juge répondit que tous étaient dans ce camp pour activité dirigée contre le régime communiste, et que cette récidive les condamnait eux aussi.
C'en était trop pour Mordekhay. Il avait été prêt à assumer la responsabilité de ses actes, mais ne pouvait supporter que ses amis soient punis à cause de lui.
Il éclata en sanglot. Il lâcha d'un coup toutes ces années de souffrance, d'oppression.
Après quelques minutes, le juge lui fit signe de s'approcher.
"As tu quelque chose à dire pour ta défense?"
Mordekhay reprit ses forces, et s'écria: "nous sommes juifs, tout ce que nous faisions c'est d'observer un de nos rites qui est d'allumer la bougie de 'Hannoucah".
Le juge se leva, arpenta la salle plusieurs minutes, puis demanda aux gardiens de sortir.
Il ne restait plus que lui et les jeunes juifs.
Tu as dit "bougie de 'Hannoucah? 'Hannoucah? Est ce que tu sais comment on allume les bougies de 'Hannoucah? Je vais te montrer comment on allume les bougies de 'Hannoucah.
Les jeunes juifs le regardaient avec étonnement. Il prit chacune des feuilles du dossier d'accusation, les approcha de la lanterne qui brûlait sur sa table, et en quelques instants le dossier fut réduit en cendres.
Il appela les gardiens. Il avait repris son visage de juge, rouge de colère. "Gardiens, ces types ne valent même pas la balle qui va les tuer. Dispersez les dans le camp pour qu'ils ne puissent pas continuer leurs activités".
Les gardiens les sortirent un à un.
Mordekhay était le dernier.
En sortant, le juge lui souffla d'une voix étranglée: "je suis juif, moi aussi. Raconte aux générations futures que c'est comme ça qu'on allume les bougies à 'Hannoucah"

Traduit de Si'hat Hachavoua, N° 1248, 'Hannoucah 5771.
Adapté de Sippouro Chel Hag
http://www.chabad.org.il/Magazines/Article.asp?ArticleID=7337&CategoryID=1455