Les fêtes juives
Un dossier Alliance réalisé par Aharon
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Site des fêtes juives
Cinq pour cinq.

Chimon et Yaël Spitzer de Floride étaient mariés depuis longtemps, mais n'avaient pas encore eu la joie d'avoir des enfants. Ils avaient enduré combien et combien de cycles de traitements, combien et combien de prières, combien de larmes et de déchirements, jusqu'au jour où leur souhait fut réalisé. Non pas une fois, mais cinq fois.
Yaël donna naissance à des quintuplés.
Leur vie ne fut pas plus simple après un tel accouchement. En particulier, le couple vivait dans des conditions économiques fort modestes avant, et dans des conditions dramatiques après la naissance des quintuplés, dans un pays où n'existe ni Sécurité Sociale, ni Caisse d'Allocations familiales.
Une femme de la communauté, Mme Gordon entendit parler de leur situation, et contribua généreusement et régulièrement à l'équilibre des comptes.
Mme Gordon décida un jour d'aller visiter ses petits protégés chez eux.
Dans le salon, son regard tomba sur le portrait accroché au mur d'une femme. Elle le fixa avec étonnement, puis perdit connaissance.
On appela une ambulance et elle fut vite emmenée à l'hôpital.
Yaël, le lendemain entreprit d'aller visiter à son tour sa bienfaitrice. A vrai dire, elle ne comprenait pas pourquoi Mme Gordon s'était évanouie en voyant le portrait de sa mère.
Mme Gordon fut à nouveau émue lorsqu'elle vit Yaël rentrer dans sa chambre. Et encore plus d'apprendre que le portrait était celui de la mère de Yaël.
"Je lui dois la vie" dit-elle.
"Mais je dois vous raconter l'histoire depuis le début.
J'ai survécu à la Choah. J'étais une jeune fille à Bergen Belsen, partie d'un groupe de qui s'efforçait d'observer les Mitsvot autant qu'il était possible, malgré l'horreur qui nous entourait.
Quelques jours avant 'Hannoucah 1944, nous avions économisé un peu de margarine pour allumer les bougies de la fête, gardé quelques fils de nos vêtements pour confectionner des mèches. Ce qui nous manquait c'était de quoi contenir la margarine et les mèches.
La meilleure solution était d'utiliser des épluchures de pomme de terre. Mais même des épluchures de pomme de terre c'était introuvable pour les prisonniers du camp.
Il fallait s'introduire dans la cuisine, et fouiller les ordures. Un défi risqué.
Nous avions remarqué que la cuisine était toujours gardée, sauf cinq minutes de minuit à minuit cinq.
Cinq d'entre nous relevèrent le défi de s'introduire dans la cuisine et en rapporter des épluchures de pomme de terre. J'en faisais partie.
A minuit passé, nous sommes rentrés dans la cuisine, et quelques instants après … nous fûmes attrapées par un garde. Il nota nos noms et matricules, et déclara sans ambages que nous serions pendues publiquement dès le lendemain matin pour donner une leçon aux autres prisonniers.
Il y avait dans ce camp une jeune juive qui avait un statut spécial. Elle parlait plusieurs langues, et servait d'interprète. Notamment, elle avait accès aux émissions de radio étrangères, et les traduisait au commandant du camp. Elle avait droit à un traitement de faveur, et habitait à part dans une baraque pour elle seule.
Nous nous sommes dits qu'il fallait la trouver, et lui demander d'intercéder auprès du commandant. Nous sortîmes à nouveau de notre baraque pour nous diriger chez elle. La lumière était éteinte, mais nous entendîmes un murmure dans sa chambre. Elle récitait les bénédictions de l'allumage des bougies, et chantait Maoz Tsour!
Nous avons poussé la porte, et expliqué notre mésaventure. Elle refusa de nous écouter, et nous chassa vivement de chez elle.
Comment décrire cette nuit, notre dernière nuit de vie. Le lendemain au rassemblement, nous fumes appelées. Cinq potences avaient été dressées, cinq chaises, et tous les prisonniers rassemblés. On nous passa la corde autour du cou. Nous étions terrorisées, mais toutes en prières.
Dans un instant, le commandant allait donner l'ordre de retirer les chaises sous nos pieds….
Puis un grand tumulte. La jeune fille avec qui nous avions parlé la veille avait fendu la foule des prisonniers et des gardiens, s'était approchée du commandant et lui avait murmuré quelque chose à l'oreille. Elle gesticulait sans cesse et était très agitée. Nous ne savons pas ce qu'elle lui a dit, mais cela n'a pas eu l'air de lui plaire.
Il donna l'ordre de nous ôter les cordes du cou et nous renvoya au travail."

Mme Gordon prit une grande respiration, essuya ses larmes,.
"Peu de temps après, le camp de Bergen Belsen fut libéré (Avril 1945).
La guerre finit, et je n'ai jamais eu l'occasion de remercier cette fille qu nous a sauvé la vie. Mai je garde son image au fond de mon cœur, et c'est elle que j'ai reconnu sur cette photo."

Mme Spitzer était sidérée.
"La veille de mon accouchement, ma mère m'est apparue en rêve, et m'a dit " ‘Finf far finf,’ cinq pour cinq". Je lui ai demandé ce que cela voulait dire, mais elle ne m'a pas répondu.
Lorsque mes quintuplés sont nés le lendemain, j'ai compris qu'elle avait fait allusion à ces cinq naissances. Mais en échange de cinq quoi? Maintenant j'ai la réponse".

Traduit par Aharon de http://chabadworld.net/page.asp?pageID=8FCF130D-9C5E-4C5D-9092-1E9AE727FCFE, publié en 2008.