Les fêtes juives
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Une vision dans la cave.

Le jeune Berish se tenait devant le lit où son père agonisait.
"Mon Berish, je sais que je fais mon dernier voyage, et je vais te quitter. Tu sais que j'ai du vendre tout ce qui me restait à la maison pour que nous puissions subsister.
Il n'y a qu'une seule chose dont je ne me suis pas séparé: la Hannoukiah en argent que nous nous transmettons depuis des générations. C'est la seule chose que je te lègue.
Je t'en prie, Berish, garde la à tout prix, en toute circonstance. Le mérite de cette hannoukiah et de tous ceux qui l'ont allumée te protègera".
Les yeux et les lèvres se fermèrent sur ces dernières paroles. Sa mère avait été rappelée au ciel quelques années auparavant, et Berish à l'âge de dix ans était maintenant seul à Sernetsz, son village natal.
Un voisin prit le jeune enfant chez lui, et se chargea de lui comme de ses propres enfants. Malgré tous les efforts qu'il fit, il fut bien obligé d'admettre que Berish n'était pas fait pour les études. Son esprit était loin du Heder que tous les autres enfants du village fréquentaient, et il lui proposa de travailler comme apprenti chez le menuisier du village, ce que Berish accepta avec empressement.
Il fut ainsi le compagnon de Haïm le menuisier de longues années durant. Il apprit le métier avec une rapidité surprenante, et son travail enthousiasmait Haïm … et les clients.
L'âge venant, Haïm vendit son atelier à Berish, qui devint rapidement aussi riche qu'il était doué.
Lorsque Berish se maria avec une jeune fille de Teglasz, il ferma sa menuiserie et partit s'installer près de sa belle famille. Il pensait ouvrir là bas une nouvelle menuiserie, mais il se rendit compte qu'il y en avait déjà une excellente, et qu'il ne pourrait pas la concurrencer.
Durant un certain temps, la famille vécut des économies que Berish avait amassées à Sernetsz, mais il fallut bien un jour chercher du travail.
Il quitta sa femme et ses enfants, non sans lui avoir recommandé de ne jamais se séparer de la hannoukiah familiale, et prit avec lui quelques outils.
Il retourna d'abord à Sernetsz, mais un autre menuisier s'était entre temps installé, et il poursuivit ses recherches dans les villes et villages alentour.
Il ne trouva nulle part un endroit qui convienne, et erra longtemps et loin à la recherche de travail et parvint même jusqu'en France, sans succès.
Lentement, il sombra dans l'alcool. Il buvait le jour et dormait la nuit dans des refuges de fortune ou des hospices recueillant les vagabonds.
Lorsqu'on lui proposa un jour un travail de serveur dans une auberge, Berish accepta avec soulagement. Et comme il avait déjà pris quelques distances avec la vie juive, son nouveau travail n'arrangea pas les choses. Des années s'étaient écoulées depuis son départ du foyer, et il avait non seulement cessé d'écrire à sa femme, mais avait même oublié femme et enfants.
Sa femme vivait prostrée dans la maison de ses parents, et n'en sortait que pour demander en pleurant aux juifs de passage dans la ville s'ils avaient rencontré son mari.
Un jour, le Tsaddik Rabbi Ye'hezkel de Chinive, visita la communauté de Teglasz. Un des voisins lui toucha quelques mots du drame de cette femme abandonnée sans ressources par son mari.
Rabbi Ye'hezkel poussa un long soupir, et lui tendit une liasse de billets à l'intention de cette famille.
Lorsqu'elle reçut l'argent, la femme se précipita chez Rabbi Ye'hezkel.
"Rabbi, est ce que cela peut remplacer mon mari et un père pour mes enfants?"
Le visage de Rabbi Ye'hezkel devint grave. Après quelques instants, il se tourna vers elle:
"Tu as chez toi une très vieille hannoukiah de famille. 'Hannoucah arrive et tu veilleras à ce que l'on allume les bougies sur cette hannoukiah. Et le huitième soir, il faudra que les bougies brûlent toute la nuit. Veillez bien à remettre de l'huile autant qu'il en faudra pour que les bougies brûlent jusqu'au matin".

A des milliers de kilomètres de là, Berish était dans son auberge. Un soir, il eut besoin de descendre à la cave pour remplir une cruche de vin. Pendant qu'il descendait les marches, il sentit un coup violent dans son dos. Il se retourna inquiet et vit devant lui un vieux juif qui lui jeta un regard menaçant.
"Tu n'as pas honte d'abandonner ainsi ta femme? Rentre chez toi immédiatement!"
Berish remonta les marches en tremblant. Il raconta son histoire à l'aubergiste, qui se moqua de lui, et Berish se dit qu'il avait du rêver…
Quelques jours plus tard, Berish eut à nouveau besoin de descendre à la cave.
Le vieillard l'y attendait. Il le saisit de ses deux mains, et le secoua d'un air menaçant.
"Si tu ne rentres pas chez toi immédiatement, cela va très mal se terminer…"
L'aubergiste retrouva plus tard Berish évanoui sur le sol de la cave.
Le médecin diagnostiqua une grande fatigue et lui recommanda de se reposer quelques jours.
Bersih saisit cette occasion pour dire à l'aubergiste qu'il partait se reposer en dehors de la ville.
De fait il se mit en route pour retourner dans son foyer.
Il marcha des jours et des semaines, jusqu'à arriver à Teglasz, en pleine nuit, sous une pluie battante.
La fatigue, l'obscurité et surtout les années écoulées le rendirent incapable de reconnaître sa maison.
Il aperçu toutefois une faible lueur derrière les volets d'une des maisons, et frappa à la porte.
On lui ouvrit, et il fut conduit devant la cheminée pour se réchauffer.
Près de la fenêtre, il vit les bougies de 'Hannoucah allumées sur sa propre hannoukiah.
Il leva les yeux, et croisa le regard de sa femme.
"Oïe, ma femme, me pardonneras-tu?"
Il leur fallut bien longtemps pour se remettre de leur émotion et entamer le dialogue.
"Au fait, pourquoi les bougies de 'Hannoucah sont elles encore allumées à une heure si tardive?"
Sa femme lui raconta sa rencontre avec le Rav de Chinive, et sa demande de laisser les bougies allumées toute la nuit, qui avait permis leur rencontre.
Berish se rendit à la première occasion chez Rabbi Yehezkel. Il fut saisi d'effroi en l'apercevant: c'était lui le vieillard qui l'avait tant pressé dans la cave de retourner chez lui…

Traduit de Si'hat Hachavoua N° 1303, 'Hannoucah 5772