Les fêtes juives
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Hannoucah à Kaliningrad

En ces jours-ci, à cette époque…
Comme chaque année, Rav David Shvédik, le Chalia’h de Kaliningrad (anciennement Koenigsberg – située entre la Lituanie et la Pologne) en Russie, avait organisé un allumage de ‘Hanouccah sur la place publique. De nombreux Juifs avaient assisté à cette manifestation pacifique de fierté juive et des passants avaient applaudi pour encourager les chants et les danses autour du chandelier, malgré le froid intense.

Une fois la cérémonie terminée, Rav Shvédik ne rentra pas chez lui mais entreprit une série de visites à domicile pour aider des personnes âgées ou handicapées à allumer leurs bougies chez elles. Plusieurs jeunes gens, membres de l’association des étudiants juifs de la ville se joignirent à lui : il leur remit des kits pour la fête (chandeliers en métal, bougies, prospectus…) ainsi que les beignets traditionnels, cachères et délicieux. Chaque groupe était muni d’un listing recensant les familles juives et était accueilli partout avec une grande joie. Les bougies de ‘Hanouccah revêtaient une signification particulière dans ce pays où le judaïsme n’avait pu pendant longtemps se pratiquer que d’une manière clandestine. Chaque équipe remplit sa mission au mieux et, petit à petit, les sacs de fournitures et de provisions devenaient plus légers… La dernière adresse était celle de Rosa, une vieille dame digne et sympathique, très touchée par cette visite. Au moment de la quitter, Rav Shvédik n’avait plus qu’un kit de bougies et un beignet. Rosa lui suggéra alors de rendre visite à son voisin, un vieil homme qui ne sortait plus de chez lui à cause d’une fracture à la jambe : « Je ne connais pas sa religion mais, après tout, votre visite lui fera plaisir et lui redonnera la joie de vivre. Peu importe sa nationalité, il est juste humain de s’occuper aussi des autres ! ».

C’est ainsi que Rav Shvédik fit connaissance de Youri Sorobolsky, le voisin de Rosa. Très ému d’apercevoir un petit groupe de jeunes gens sympathiques prendre leur temps précieux pour lui rendre visite, Youri ne cacha pas son enchantement ; il était aussi heureux de recevoir un beignet, lui qui mangeait rarement à sa faim. Leurs chants joyeux lui rappelaient quelque chose…

Finalement Rav David sortit de son sac sa dernière ‘Hanoukia :

Youri, avez-vous déjà vu un objet pareil ? Savez-vous ce que c’est ?
Après tout, il pourrait ainsi déterminer si Youri était juif ou non – sans lui poser la question directement.

Le visage de l’homme changea brusquement. Il tendit la main pour toucher l’objet. Il ne pouvait plus parler, il pleurait !

« Je m’appelle Yaakov. Je suis né en 1922 à Glouboka… (Petit à petit, Youri se rappelait et parlait de plus en plus vite – en yiddish !). Les Allemands sont arrivés, nous ont enfermés dans un ghetto. Nous survivions dans une cave mais les Nazis ont tué pratiquement tous les Juifs de la ville, mes parents, mes frères, mes sœurs. Certains se sont révoltés – comme dans le ghetto de Varsovie : j’avais obtenu une grenade prête à être dégoupillée. Je l’ai jetée sur un groupe de soldats nazis et j’ai profité de la fumée et de l’agitation pour m’enfuir dans la forêt. Je m’y suis caché longtemps, jusqu’à ce que je puisse me joindre à un groupe de partisans pour continuer la guérilla contre l’occupant. J’ai ainsi pu sauver la vie de nombre de mes coreligionnaires. A la fin de la guerre, je me suis marié avec une survivante du ghetto de Glouboka. D’un commun accord, nous avons décidé de couper tout lien avec le judaïsme. Nous avons enterré profondément tout souvenir de vie juive, nous n’avons respecté aucune fête ou coutume et nos enfants n’ont même pas reçu un minimum d’éducation juive. A vrai dire, jamais je n’aurais imaginé rencontrer ici, à Kaliningrad, un rabbin ou même revoir un jour une ‘Hanoukia ! ».

Très ému, Yaakov posa une Kipa sur sa tête, prit l’allumette et se mit à chanter les bénédictions entendues dans son enfance, avec la mélodie et l’accent traditionnels, sans aucune faute… La flamme juive enfouie dans son cœur depuis des dizaines d’années illuminait maintenant non seulement sa modeste maison mais surtout son immense âme juive.

Mena’hem Ziegelbaum

Traduit par Feiga Lubecki