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Les fêtes juives

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Tranches de vie 'hassidiques.

Extrait des Lettres de Rabbi Yossef Its'hak

Rabbi Its'hak Eïzik de Homil
Reb Né'hamiah Zalman
Reb Yossef Hillel
Reb Chmouel 'Haïm
Hassidim et Mitnagdim

Vous et moi
Notes


le 15 Teveth 5705, 1945.
Brooklyn
A mes chers amis, préférés de mon cœur et aimés du fond de l'âme, les cadres des Yéchivot Tomkhéi Tmimim Loubavitch, A'héi Tmimim Loubavitch, et des 'Hadarim Torah Temimah Loubavitch, que D. soit avec eux et qu'ils vivent.
Chalom et bénédiction!
En suite à nos entretiens de ces derniers temps sur les sujets d'éducation et de pédagogie, je sens, à la lecture des lettres que je reçois de mes chers élèves les Rabbanim distingués, les enseignants et les directeurs des Yéchivot A'héi Tmimim Loubavitch, qu'ils n'ont pas encore saisi l'importante responsabilité qui leur est conférée en matière d'enseignement et de direction spirituelle. C'est pourquoi, je désire m'en entretenir avec eux par écrit.
(…)
Le géant d'entre les Gaonim, le Rav 'Hassid Rabbi Its'hak Eïzik de Homil a raconté à mon Maître, le Rav 'Hassid Rabbi Chmouel Betsalel, que lorsque le Admour Hazaken lui a demandé lors d'une audience, de prendre un poste de Rav, il lui a dit:
"Tu vas devenir un Rav, et prendre sur toi ce sacerdoce. Non seulement tu te dois d'appliquer et être un exemple vivant de la loi, dans tous les détails de ta vie d'homme public, dans les quatre parties du Choul'han Aroukh( 2 ), mais tu dois aussi savoir que tout le mérite de la communauté, comme ses fautes, ses qualités comme ses défauts, sa bonne conduite comme ses mauvais penchants, dépendent du Rav de la ville, car tous scrutent ses actes. C'est de lui qu'on apprend à faire le bien ou le mal, et les bonnes actions comme les mauvaises sont le fruit de son travail."
Le 'Hassid Reb Né'hamiah Zalman de Schwinssiane était l'élève du fameux 'Hassid Reb Mikhele de Opotsk, un des grands 'Hassidim du Rabbi Chnéour Zalman, et était doué d'une force d'approfondissement extraordinaire, il n'était pas un sujet de Guemara (3) ou de 'Hassidout sur lequel il ne soit capable de commentaires d'une grande profondeur. Il avait une tendance naturelle à la solitude.
Reb Né'hamiah Zalman était très ordonné, et observait avec minutie ses temps d'étude et de prières. Il priait le matin, en semaine comme Chabbat et Yom Tov à 9 heures, après une préparation de près de six heures, le Talit posé sur l'épaule 2. Il priait durant six bonnes heures. En été, il rentrait ensuite chez lui manger et se reposer deux heures. En hiver, il enchaînait les prières de Min'ha et de Arvit, avec de non moins longues méditations, puis rentrait se restaurer et se reposer un peu. Il se comporta ainsi durant de longues années.
Lorsqu'il allait à Loubavitch, rencontrer le Rabbi Tséma'h Tsédek de mémoire bénie, il y passait quelques cinq à six semaines à l'occasion de la fête de Chavouot. Il était toujours assis à la première rangée des invités importants de la table d'honneur qui était dressée le premier jour de la fête pour l'anniversaire de la disparition du Rabbi Baal Chem Tov.
Durant ce repas, en plus du discours 'hassidique que prononçait le Saint Rabbi Tséma'h Tsédek, et de quelques histoires qu'il avait entendues de son grand père le Rabbi Chnéour Zalman, le Rabbi Tséma'h Tsédek aimait surtout s'entretenir de Torah avec les nombreux Rabbanim et Gaonim présents et les surprendre par des remarques d'une grande profondeur.
Au bout du village de Loubavitch, dans la ruelle Zaretchié, dans la direction des propriétés Anaravé, sur la colline à gauche du chemin, il y avait une petite forêt, longue d'un quart de lieue, et moitié moins large. Dans un clairière, une petite cabane, faite de branches d'arbres, près de laquelle coulait un torrent rapide de deux mètres de large, profond d'une demi taille d'homme. C'est ici que Reb Né'hamiah Zalman passait ses journées, depuis deux heures du matin jusqu'à l'approche de Arvit.
Chez le Rabbi Tséma'h Tsédek, le temps imparti à la réception des 'Hassidim commençait quatre à cinq heures avant Arvit en été, et en hiver après Arvit. Jusque dans les années 5613 et 5614, avant que ne commencent les dénonciations calomnieuses des Maskilim( 4 ) avait lieu la très ancienne coutume de la danse de la Yé'hidout (5) : chacun des 'Hassidim qui avaient eu le mérite d'être reçus en audience par le Rabbi s'y associait après être sorti du Saint des Saints. Cette danse, à laquelle ne participaient que ceux qui étaient rentrés voir le Rabbi, était un temps fort de la vie de Loubavitch, et les 'Hassidim venaient former un cercle autour des danseurs, chantant et frappant des mains en rythme avec eux. Même le 'Hassid solitaire Reb Né'hamiah Zalman aimait s'associer à ces manifestations qui symbolisaient la supériorité de l'esprit sur la matière.
Après avoir fait Tikoun 'Hatsot (6), Reb Né'hamiah Zalman allait dans la forêt se tremper dans le torrent, puis prendre place dans sa cabane pour y méditer sur les enseignements de la 'Hassidout et y prier selon son habitude. Après quoi il puisait des eaux du torrent pour se laver les mains et mangeait: du pain trempé dans du sel et de l'eau fraîche. Il se reposait un peu puis après son étude reprenait le chemin de la ville. Ainsi faisait il du premier jour de la semaine jusqu'au jeudi.
Pendant plus de quarante ans, Reb Né'hamiah Zalman avait vécu à Griva, un faubourg de Dennenbourg, chez son beau père, Reb Gabriel Chlomoh l'épicier, un 'Hassid du Rabbi Chnéour Zalman, un homme aisé béni de revenus fort honorables, moyen dans la connaissance de la Torah et de la 'Hassidout, mais connu pour ses bonnes actions, son hospitalité, sa largesse. Par la suite, il avait vécu du travail de sa femme, au point qu'il n'avait jamais eu d'autres occupations que l'étude et la prière, travail du corps comme de l'âme. Il était parmi les plus grands dans la connaissance de la Torah, un Maskil 7 étonnant dans les sujets enseignés par la 'Hassidout, et capables des plus hauts niveaux dans le "service du coeur", la prière.
Mon grand père le Saint Rabbi Chmouel connaissait bien Reb Né'hamiah Zalman et ne tarissait pas d'éloges à son sujet. Il raconta à mon père que souvent il était allé en cachette dans la forêt pour observer Reb Né'hamiah Zalman au travers des fentes de la cabane. Lorsqu'il était absorbé dans un sujet de 'Hassidout, Reb Né'hamiah Zalman avait les yeux fermés, le visage rayonnant, et il semblait tout entier planer dans les cieux, déconnecté de tout contact avec le monde et de toute perception matérielle.
Et c'est à ce propos, que je tiens à vous faire part d'une remarque que j'ai eu le mérite d'entendre de la bouche même de mon père, à l'occasion d'une promenade en été 5660, lors de son séjour à Sérévrinké.
Lors d'une des Yé'hidout de mon père, Rabbi Chalom Dov Ber, auprès de son père, Rabbi Chmouel, en 5638, mon grand père expliqua que tout le but de la descente de l'âme dans le corps n'est pas dans le seul but d'un service divin axé sur sa propre élévation à travers la Torah et l'accomplissement des Mitsvoth avec sublimation: celui qui agit ainsi, même parvenant à un degré de Tsadik accompli, manque toutefois à la mission pour laquelle son âme est descendue dans ce monde. Cette mission fort risquée, nécessite que l'âme divine du juif "s'habille" dans l'âme naturelle et plus encore dans l'âme animale. Et D. notre père miséricordieux envoie pour ceci l'âme dans un corps physique, et de ce qu'il y a de plus matériel, pour raffiner la matière du monde, et faire de ce monde fini et bas un réceptacle pour la divinité, et ceci par un travail d'affinement de soi même et d'éveil de son prochain à ce service de D.
A cette occasion, mon grand père cita Reb Né'hamiah Zalman, avec beaucoup d'admiration, et conclut en ces termes:
"C'est une Avoda(8) personnelle, bonne pour un individu donné: tant qu'il est nécessaire de faire une grande Avoda dans Torah et Mitsvoth, avec tous les efforts spirituels et physiques requis, il est incomparable. Mais ce sont des qualités personnelles, qui n'ont rien à voir avec la finalité de la descente de l'âme dans le corps. Le Baal Chem Tov a révélé depuis longtemps que tout le but de la présence de l'âme sur terre est d'y rendre le monde lumineux par un travail au sein de la communauté: chaque juif doit agir aussi en prenant en compte son prochain. C'est alors que le mérite de l'autre dépend de lui. En particulier un Rav, un décisionnaire, un enseignant, qui sont les bergers du peuple doivent avoir tout ce dévouement pour la cause du peuple juif, indépendamment de leur propre travail sur eux mêmes, pour eux mêmes, et doivent faire preuve de Avoda, de qualités de cœur et d'esprit dont chacun s'efforcera d'apprendre. Le 'Hassid Reb Né'hamiah Zalman et ceux de sa génération furent certes de grands 'Hassidim, érudits, capables tant de réflexion intense que de service de D.ieu par les qualités de cœur. Mais ce n'est pas là la finalité de la descente de l'âme dans un corps.
Cette finalité s'exprime plutôt dans la Avoda du 'Hassid Reb Yossef Hillel, le Mélamed 9 de Droyé, et du 'Hassid Reb Chmouel Haïm, le Rav de Loutsin, ainsi que ceux de leur génération.
Le Mélamed Reb Yossef Hillel de Droyé avait été formé par les anciens des 'Hassidim de Droye, qui avaient eux mêmes appris des 'Hassidim du Rabbi Chnéour Zalman que le fondement et l'essentiel de toute Avoda est de faire partager son entrain au service divin, à la correction de ses penchants et à l'amour de son prochain... à son prochain.
Cette éducation et cette formation agirent sur Reb Yossef Hillel au point que bien que doué d'une grande force intellectuelle et d'une grande érudition, il avait choisi d'être Mélamed, instituteur, bien qu'il eut pu gagner fort honorablement sa vie en s'occupant d'élèves plus grands. Et ceci pour implanter dans le cœur de ses jeunes élèves l'amour de la Torah et la crainte de D.ieu. Voici donc cinquante ans que Reb Yossef Hillel travaille, et il a forgé des générations d'hommes imbibés dès l'âge tendre de la crainte de D.ieu.
Ce que Reb Yossef Hillel a implanté dans le cœur de ses jeunes élèves, rien ne peut l'en ôter, ni même l'affaiblir. Et c'est là le but du passage de l'âme dans le corps: faire des juifs comme D.ieu veut que l'on "fasse" des juifs.
Le village de Loutsin, ce n'était pas un endroit de grands 'Hassidim, érudits et servant D.ieu de tout leur intellect: la plupart étaient la bas des Baalei-Batim( 10), et de plus, la grossièreté, les disputes, les commérages, la jalousie et bien d'autres maux allaient bon train dans la ville. En l'année 5627, les 'Hassidim de Loutsin (11) me demandèrent de leur envoyer un Rav, et j'ai envoyé le 'Hassid Reb Chmouel 'Haïm, le Mélamed de Tcharéy, qui avait reçu une Semikha (11) de grands décisionnaires rabbiniques.
Reb Chmouel 'Haïm débordait de bonnes qualités, et d'amour de son prochain. A Tcharéy, il s'était occupé de l'éducation des enfants des familles 'hassidiques, et avait eu une grande réussite. Dès son arrivée à Loutsin, il fut très peiné et affecté de la situation spirituelle des Baaléi Batim et du peuple, mais sans se laisser déboussoler il s'attacha à sa tâche d'éducation et de dirigeant spirituel: atténuer le mal, apporter la lumière de la Torah et des enseignements de la 'Hassidout. En quelques cinq à six ans de travail de fond, avec dévouement et patience il avait transformé les Baaléi Batim et les habitants de Loutsin.
Les efforts dévoués du Rav de Loutsin et du Mélamed de Droyé et de leurs semblables, c'est la véritable finalité de la descente de l'âme dans le corps, et c'est ça qui illumine le monde."
Mon père m'expliqua alors longuement la différence entre le travail personnel sur lui même d'un 'Hassid comme Reb Né'hamiah Zalman, et le travail sur l'entourage comme Reb Chmouel 'Haïm et Reb Yossef Hillel le Mélamed. Dans les deux cas une grande Avoda est demandée, qui implique renoncement à soi même et attachement. Mais, en plus de la différence primaire que l'on peut percevoir entre œuvrer sur soi et œuvrer sur la vie d'une communauté, il y a encore une distinction plus subtile: dans le travail sur soi le renoncement a pour fin son bien propre, et l'élévation de son âme dans une dimension de plaisir infini. Dans le travail sur l'entourage, le renoncement se fait au seul profit des tiers et aux dépends de soi même.
Mon père, le Saint Rabbi Chalom Dov Ber, compara les qualités de Rabbi Akiba et de notre ancêtre Avraham. Tous deux étaient doués d'une profonde compréhension de la nature divine du monde. Avraham Avinou, qui initia deux millénaires d'étude de la Torah (12) et Rabbi Akiba, dont il est dit qu'il "entra en paix dans le jardin de la connaissance et en sortit en paix"(13).
Tous deux menèrent une vie de constant dévouement à D.ieu et d'abnégation pour la sanctification du nom de D.ieu, avec la différence toutefois que le dévouement de Rabbi Akiba était pour son bien propre, lui qui toute sa vie espéra avoir l'occasion de se sacrifier pour D.ieu, alors que tous les efforts d'Avraham Avinou avaient pour but de faire connaître D.ieu dans le monde.
Je mets toutes mes forces physiques et spirituelles, poursuivit mon Père, et je mettrai encore plus de forces, pour faire de nos élèves, les Tmimim, des Yossef Hillel et des Chmouel 'Haïm, des juifs programmés pour le don de soi-même au profit d'autrui selon les enseignements du Baal Chem Tov. Et le Admour Hazaken, par son propre exemple de don de lui-même pour les enseignements de la 'Hassidout, les qualités 'hassidiques et les acquis des 'Hassidim, nous a ouvert le chemin pour un dévouement complet pour le bien du peuple juif. Je suis certain que les Yossef Hillel et les Chmouel 'Haïm qui sortiront de nos institutions seront des luminaires indiquant le chemin de la Torah et des Mitsvoth dans un monde obscur où ils rétabliront la lumière divine
Le Rabbi, Rabbi Chnéour Zalman, a assuré les 'Hassidim qu'en tous temps et tous lieux ils doivent réussir dans leurs entreprises spirituelles de Torah et de Avoda, et cette bénédiction se renforce d'époque en époque, de génération en génération, car le Rabbi et tous nos Saints Ancêtres n'ont de cesse de prier pour leur réussite. Je souhaite que les élèves Tmimim soient en tout les meilleurs puisqu'en eux doit se réaliser cette bénédiction de réussite dans le Service de D.ieu.
Mais l'outil de cette bénédiction, c'est le dévouement, et c'est le véritable chemin du 'Hassid de renoncer à son ego spirituel, au profit de son prochain en particulier et du bien du peuple juif en général. Et c'est ici que se situe le rôle éducatif des institutions Tomkhéi Tmimim, de faire des élèves des juifs entièrement voués au bien du peuple juif.
Quant le Rabbi Chnéour Zalman fut délivré de son emprisonnement à la forteresse Pétropavl, la nuit du 19 Kislev 5559, on lui demanda où souhaitait il être conduit. Il indiqua l'appartement de son élève, Reb Mordekhaï de Lieplié, qui avait un droit de séjour à Petersbourg. Dans la même maison habitait le chef de l'opposition aux 'Hassidim, Reb Néta Notkin. C'est chez lui que par erreur fut introduit Rabbi Chnéour Zalman. Une des questions que lui soumit son hôte était de savoir pourquoi les 'Hassidim s'étaient ainsi appelés 'Hassidim "dévots".
Le Rabbi lui répondit que ce n'est pas les 'Hassidim qui avaient pris d'eux mêmes ce nom, que les 'Hassidim quant à eux n'avaient rien demandé, et qu'ils croyaient entièrement en la Providence Divine, au sens des enseignements du Baal Chem Tov. C'est à travers leurs propres opposants que la Providence Divine leur avait attribué ce nom de "pieux". Leurs opposants auraient fort bien pu les affubler du nom de "mitnagdim" (opposants). Mais D.ieu avait fait que les opposants aient eux mêmes suffisamment de clairvoyance pour leur reconnaître ces qualités de piété et leur donner le titre véridique de "'Hassidim". Et eux mêmes s'étaient désignés comme "opposants" à cette vérité.
Les 'Hassidim méritèrent ce titre parce que la 'Hassidout enseigne que l'on doit se mettre de côté pour le bien d'autrui, comme c'est enseigné: "s'il les brûle, c'est un 'Hassid(14)". Quitte à se brûler, il doit brûler ses ongles plutôt que risquer de nuire à autrui. C'est pourquoi Rachi explique "un 'Hassid est préférable à un Tsaddik".
C'est donc à toi que je m'adresse, cher ami, à chacun d'entre vous en particulier, pour te demander de prêter attention à ce que nous venons de voir, de lire mot à mot et de t'attacher à chacun des sons sortis de la bouche de nos Saints Rabbis, et lorsqu'un enseignement t'est donné au nom de celui qui l'a révélé, tu dois le considérer comme présent devant toi et en train de s'adresser directement à toi.
Notre Maître le Admour Hazaken enseigne que un Rav et dirigeant du peuple juif, en plus de son devoir d'enseigner et de veiller à la stricte observance des lois de la Torah dans sa communauté, est directement responsable des mérites ou des fautes de ses ouailles: par une conduite inappropriée, il peut entraîner un laisser aller et les pires fautes, et par une conduite intègre et Ahavat Israël élever leur niveau spirituel.
Mon grand père, le Rabbi Chmouel enseigne que aussi grande que soit la Avoda personnelle qui arrive aux plus hauts niveaux de l'attachement à D.ieu, malgré tout, un travail dévoué consacré à son prochain, comme la Avoda de ces instituteurs qui se sacrifient pour ancrer chez leurs jeunes élèves les qualités de crainte de D.ieu, amour de la Torah et des Mitsvoth, amour de son prochain, ou encore de ces Rabbanim qui font tout pour conduire leurs fidèles sur les chemins justes, déraciner leurs défauts et faire fleurir les qualités du cœur, tout ceci est bien plus valorisé que les hautes sphères spirituelles que les premiers atteignent.
Mon père, le Saint Rabbi, t'enseigne lui que la voie de la 'Hassidout et les usages des 'Hassidim sont de dévouer sa vie pour l'élévation spirituelle de ses compagnons juifs, selon l'exemple montré par notre père Avraham, qui fut en cela bien au dessus du niveau atteint par Rabbi Akiba dans son sacrifice pour D.ieu. Le Admour Hazaken a béni les 'Hassidim d'une réussite totale dans cette entreprise, (et nos ancêtres les Rebbiim ne cessent de prier pour que cette bénédiction soit réalisée et amplifiée jusque dans le domaine matériel), en étant certain que les Tmimim seraient les luminaires de la Sainte Torah dans tous les endroits, attelés à leur mission avec sacrifice, et qu'ils réussiraient à élever des générations d'élèves dans la crainte de D.ieu et les qualités de cœur, et qu'avec eux seraient bénis spirituellement et matériellement tous ceux qui les soutiennent.
Il résulte de ceci que outre l'enseignement, les directeurs de Yéchivah et les enseignants, chacun selon ses attributions, ont le devoir d'éduquer et de diriger leurs élèves dans la crainte de D.ieu, les qualités du cœur et un comportement convenable.
Leur devenir et leur vie dépendent de lui et de sa conduite personnelle: lorsque des enseignants s'affrontent ou se déconsidèrent, en plus de leur propre bassesse, ils font un mal considérable à leurs élèves. Lorsqu'ils se respectent mutuellement et ont un comportement pétri de bonnes qualités, les élèves les suivent et progressent avec eux.
Et je prie D.ieu pour qu'il ouvre leurs yeux et éclaire leur cœur, pour qu'ils s'adonnent à leur sainte tâche avec tout le dévouement qui convient et qu'il tourne Sa Face vers eux pour les bénir dans une complète réussite matérielle et spirituelle.
Tmimim! Rabbanim! Baaléi Batim! Directeurs de Yéchivah! Elèves de toutes les Yéchivot Tomkhéi Tmimim Loubavitch et A'héi Tmimim Loubavitch en tous pays! Au nom de notre Torah de Vérité, écoutez moi:
Répondez au souhait de nos Saints Maîtres! Soyez des Yossef Hillel et des Chmouel 'Haïm dans un travail de grand dévouement pour l'étude de la Torah avec crainte de D.ieu et dans l'esprit d'une éducation cachère! !!
Votre ami qui ne souhaite que votre bien.
Yossef Its'hak

Extrait des Lettres de Rabbi Yossef Its'hak
Volume 8, lettre 2588

Notes
1 - Ahavat Israël: l'amour de son prochain.
2 - Quatre parties du Choul'han Aroukh: le Code de Loi, Choul'han Aroukh, comporte quatre parties: Le Ora'h 'Haïm, lois de la liturgie, du Chabbat et des fêtes,
Le Yoré Déah, avec notamment les lois de la cacherouth, de la pureté conjugale,
Le Even Haezer, consacré à la législation du mariage
Le 'Hochen Michpat, législation civile et lois du commerce.
3 - Guemara: le Talmud.
4 - Maskilim; "les Intellectuels" comme se nommaient eux mêmes les partisans de l'introduction de la "lumière" profane dans la pensée juive.
5 - Yé'hidout: entretien privé avec le Rabbi. Cet entretien avait demandé une longue préparation au 'Hassid, et l'issue de cet entrevue, les
'Hassidim avaient l'habitude de danser pour exprimer leur joie d'avoir rencontré le Rabbi en audience et bénéficié de ses conseils.
6 - Tikoun 'Hatsot: prières dites en pleine nit pour se lamenter sur la perte du Temple et la longueur de l'exil.
7 - Maskil: ici signifie la part de travail de l'esprit dans le service de D.ieu, souvent par opposition avec le "Oved" celui qui "sert" D.ieu par ses émotions et sentiments.
8 - Avoda: littéralement "travail", pour exprimer le travail sur soi (désigne parfois le "culte").
9 - Mélamed: enseignant.
10 - Baalei-Batim: "Maîtres de maison" pour désigner des juifs certes pieux ou érudits, mais qui ne sortent pas d'une routine bourgeoise.
11 - Semikha: ordination rabbinique.
12 - Deux millénaires d'étude de la Torah: Nos Sages enseignent: "durant les deux premiers millénaires de l'existence du monde, le monde était en proie au désordre. Vint Avraham, qui initia deux millénaires d'étude de la Torah." Les deux millénaires suivants, c'est … nous en exil.
13 - "Il entra en paix et sortit en paix": Parmi les compagnons de Rabbi Akiva, certains ne supportèrent pas d'accéder à la Connaissance divine. L'un en fit une overdose et son âme quitta le corps, l'un devint fou, l'un parjura. Seul Rabbi Akiva " sortit en paix".
14 - : "s'il les brûle, c'est un 'Hassid". Les ongles coupés sont déclarés nocifs et nuisibles pour celui qui marcherait dessus. Les Sages recommandent de s'en débarrasser, et notamment : "s'il les brûle, c'est un 'Hassid".

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Aharon Altabé
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