Les fêtes juives
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Voir enfin le Prophète Eliahou

Très riche. Reb Moché, négociant en tissus, était très riche. Sa magnifique villa était située au centre de la ville de Kossov. Reb Moché était loin d’être un érudit et, disons-le tout net, était loin d’être généreux. Cependant il ressentit un jour une envie aussi soudaine qu’irrépressible: il désirait voir le prophète Eliahou!
Ce désir devint une obsession.
De lui-même, il comprit que pour cela il devait changer sa façon de vivre: il décida de travailler moins afin d’étudier davantage la Torah. Mais le prophète Eliahou ne lui apparut toujours pas !
Un jour, il décida de se confier à Rabbi Baroukh de Viznitz (le fils et successeur de Rabbi Mena’hem Mendel de Kossov). Celui-ci répondit: "Investis-toi dans les œuvres charitables car c’est là que réside la mission de ton âme".
Non, Reb Moché n’était pas vraiment prêt à cela. Etudier et prier davantage encore auraient dû lui faire mériter l’apparition tant désirée ! Cette aspiration constante mais à chaque fois déçue l’amena au bord de la dépression.
Son maître, conscient de son problème, tenta de l’encourager. Il lui parla gentiment: "Seules quelques personnes triées sur le volet méritent de voir le prophète Eliahou à chaque génération !"
Reb Moché refusait d’accepter ce genre de consolation. Rabbi Baroukh réfléchit un instant et lui dit: "Ouvre largement ta main ! Distribue généreusement ton argent pour la Tsédaka (charité). Même si tu rencontres un pauvre homme qui te demande une grosse somme d’argent, donne-lui ce qu’il exige !"
A partir de ce jour, Reb Moché changea complètement. Bien que cela lui fût très difficile, car il était économe de nature, il se montra très généreux envers chacun.
Un jour, un inconnu, apparemment pauvre, frappa à sa porte. Reb Moché n’était pas présent puisqu’il étudiait à la synagogue, mais sa femme ouvrit la porte et accueillit l’étranger comme il convient:
"Que désirez-vous ?" demanda-t-elle poliment.
"J’ai faim !" répondit-il laconiquement.
Elle se dépêcha de préparer un repas copieux sur une table joliment dressée. Elle invita le mendiant à manger: il s’assit, le visage fermé, mais ne toucha à rien.
Peut-être n’appréciait-il pas les aliments proposés, se dit la maîtresse de maison. Elle rajouta alors d’autres plats, modifia la disposition, présenta d’autres boissons… Mais il ne mangeait toujours pas.
"Ne m’avez-vous pas dit que vous aviez faim ?" demanda-t-elle, étonnée.
"Moi, je ne mange pas dans la cuisine mais dans la salle à manger !" dit-il sèchement.
La femme s’empressa de dresser la table, encore plus élégamment dans la magnifique salle à manger.
A sa grande surprise, il refusa encore de manger !
"Ce n’est pas de cette salle à manger que je parlais mais du salon personnel du maître de maison !" dit-il avec aplomb.
"Peut-être ne s’agit-il pas d’un mendiant ordinaire mais plutôt d’un voleur, d’un bandit…" se dit la femme qui prit peur. Cependant, elle s’efforça de se calmer en se souvenant que son mari s’était engagé dernièrement à satisfaire le moindre souhait de chaque pauvre qui se présentait. Elle accepta donc de déménager encore une fois ce qui était devenu un véritable festin dans le salon particulier de son mari, puis sortit.
Pendant ce temps, Reb Moché était rentré et son épouse, essoufflée, lui avait raconté ce qui s’était passé. Agacé, il entra dans son salon et vit que l’homme ne mangeait toujours pas !
"Que désirez-vous maintenant ?" demanda-t-il.
"Je ne toucherai à rien tant que vous ne m’aurez pas offert une contribution digne de ce nom!"
"C’est-à-dire… ?" demanda Reb Moché par précaution.
"Mille pièces d’or !" proféra l’homme.
La patience de Reb Moché était à bout. Il tenta de marchander, proposa une somme plus raisonnable mais il était intraitable. "Mille pièces d’or, pas une en moins!" Furieux, Reb Moché intima à l’insolent l’ordre de quitter les lieux.
Ce soir-là, c’était Lag Baomer et, comme les autres ‘Hassidim, Reb Moché se rendit à la synagogue de son Rabbi. Celui-ci réalisa immédiatement dans quel état de nervosité se trouvait Reb Moché: "Tu avais tant désiré mériter l’apparition du prophète Eliahou! Ne t’avais-je pas dit d’accorder à chaque pauvre ce qu’il exigerait ?"
A ce moment, Reb Moché réalisa qu’il n’avait pas été à la hauteur! Il décida alors de s’installer en Terre Sainte, là, il retrouverait sa sérénité. Il vendit tous ses biens, prit ses paquets et, avec son épouse, se mit en route. Ce n’était pas facile à l’époque et, après un voyage pénible aussi long que coûteux et dangereux, il arriva pratiquement ruiné sur la Terre promise.
Ils s’installèrent à Safed, la ville sainte. L’ancien riche notable de Kossov était devenu un pauvre hère. Mais il ressentait une vitalité nouvelle. Il partageait son pain quotidien avec les pèlerins qui visitaient la tombe de Rabbi Chimon Bar Yo’haï. Le jour de Lag Baomer, en particulier, il s’occupait de chacun et transportait lui-même de grands seaux d’eau sur les pentes des collines de Galilée.
Un jour, alors qu’il se trouvait au milieu du chemin et pouvait voir au loin les torches enflammées qui éclairaient la nuit, il aperçut soudain le fameux mendiant qui l’avait tant importuné à Kossov: maintenant celui-ci était habillé majestueusement et rayonnait de sainteté.
Stupéfait, Reb Moché s’arrêta, posa les seaux et contempla, le cœur battant, cette apparition…
A ce moment, il sut qu’il avait obtenu ce qu’il avait tant désiré….


Adapté d'un article de Malka Shapira,
paru dans "Miv'har Sipourei Massoret",
Recueil paru aux Editions Yahadout", Bné Brak.
Traduit par Feiga Lubecki

Aharon Altabé
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