Les fêtes juives

Un dossier Alliance

Réalisé par Aharon

 

"D.ieu ne reste pas débiteur..."
Bien avant que Rabbi Meïr de Premichlane soit connu comme Rabbi, il avait toujours fait preuve d'une exceptionnelle compassion.
Déjà, enfant, il allait de porte en porte pour récolter de l'argent pour les pauvres. Il ne pouvait tout simplement pas supporter de voir quelqu'un souffrir et n'épargnait aucun effort pour lui venir en aide.
Un an après son mariage, il trouva une place de "Melamed", professeur privé pour les enfants d'un riche propriétaire terrien qui habitait loin de tout village juif. Bien vite, Rabbi Meïr remarqua que le riche propriétaire n'était pas un personnage très raffiné. Cependant ses enfants progressaient de façon satisfaisante sous sa tutelle, malgré la conduite parfois grossière de leur père.
Ce qui chagrinait surtout Rabbi Meïr, c'était l'avarice de son employeur. Quand un pauvre se présentait à la porte pour demander un peu d'argent ou juste un peu de pain, il le traitait durement et ne lui donnait que des mets avariés. Au début, Rabbi Meïr tenta de se concentrer sur son travail et son enseignement et de ne pas s'occuper de ce qui se passait autour de lui. Mais comme la scène se répétait souvent, il fut incapable de se retenir et fit une proposition à son employeur: "Chaque fois qu'un pauvre se présentera, je voudrais que vous lui donniez une pièce que vous déduirez de mon salaire". Le propriétaire accepta puisque cela ne lui coûtait rien.
Et à partir de ce moment, chaque mendiant reçut une pièce et même un léger repas pour apaiser sa faim. Le propriétaire, comme convenu, notait soigneusement chaque sou qu'il donnait au nom de son "Melamed". Nul ne comprit pourquoi il était subitement devenu aussi généreux mais les mendiants préféraient ne pas poser trop de questions...
Six mois passèrent et la fête de Pessa'h arrivait, c'est-à-dire le moment pour Rabbi Meïr de retourner chez lui. Le propriétaire le convoqua alors pour calculer son salaire. En ouvrant son livre de comptes pour voir combien d'argent il avait "gaspillé" en charité, il fut stupéfait de voir que tout le salaire de Rabbi Meïr y était passé! Et pire encore, le "Melamed" lui devait même de l'argent! Le propriétaire était furieux: comment lui, un homme d'affaires si rusé, avait-il pu se laisser attraper et tomber dans un tel "piège"?
Et donc Rabbi Meïr quitta la propriété sans un sou dans la poche. Et encore il était heureux d'avoir une poche car à un moment son patron avait même envisagé de lui prendre son manteau en dédommagement de l'argent qui lui était dû... Mais tout cela ne dérangeait pas particulièrement Rabbi Meïr. En fait, il était même de bonne humeur. Pessa'h approchait, il rentrait à la maison et il y a tant de choses plus importantes dans le monde que l'argent...
Alors qu'il arrivait près de Premichlane, Rabbi Meïr aperçut un objet brillant sur le sentier. En regardant de plus près, il vit que c'était une pièce d'or, pour tout dire une véritable fortune, en tout cas bien davantage que son salaire de six mois! Cependant Rabbi Meïr ne raisonnait pas ainsi. Durant tout le chemin, il n'avait pensé qu'à des sujets très élevés, aux mondes supérieurs... Il avait d'abord hésité: Est-ce ainsi qu'il a été décidé "en-Haut" que je gagnerais ma subsistance? D.ieu veut-il vraiment que je me nourrisse de la poussière de la terre?" Et il continua son chemin sans se pencher pour ramasser la pièce...
La femme de Rabbi Meïr était très contente de le revoir après une si longue absence. Cependant son mari ne parlait pas de son salaire... Elle pensait que c'était étonnant mais elle avait confiance en lui et ne posait pas de question. La semaine suivante, elle se décida, très délicatement, à glisser une allusion à leur situation financière. Mais Rabbi Meïr répondit tout aussi évasivement: "Attendons ce soir..." et il se rendit à la synagogue. Là-bas, bien entendu, les problèmes d'argent ne prenaient déjà plus de place dans son esprit...
C'est alors que le serviteur d'un des plus riches notables de Premichlane lui tapa doucement sur l'épaule. En lui tendant une pièce d'or, il dit: "Mon maître m'a demandé de vous donner cela". Rabbi Meïr sauta en l'air comme s'il avait été mordu par un serpent.
"Qu'est-ce que cela signifie?" demanda-t-il. Le serviteur répondit que plus tôt ce matin, son maître était revenu à Premichlane après un long voyage et avait trouvé cette pièce sur le chemin. Après avoir bien réfléchi, il avait décidé de la donner à un érudit de la Torah. Le tirage au sort avait désigné Rabbi Meïr... "Maintenant je comprends que cette pièce m'était vraiment destinée..." songea Rabbi Meïr en souriant.


Traduit par F.L.

Aharon Altabé
www.milah.fr
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