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Les fêtes juives
Un dossier Alliance
Réalisé par Aharon
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La joie gagnante.

Cette histoire s'est déroulée à Pessa'h 5616 ou 5617.
Tous les élèves s'étaient rassemblés autour du Baal Chem Tov pour vivre la fête de Pessa'h avec le Maître.
Le 13 Nissan dans l'après midi, ils avaient puisé de l'eau avec lui, pour la préparation de la Matsah qui aurait lieu le 14 Nissan dans l'après midi, selon la tradition.
Tout s'était passé dans la plus grande joie, mais dans la soirée, lors de la recherche du 'hamets, le visage du Saint Rabbi s'était assombri, et sa tristesse avait plongé les élèves dans une grande inquiétude, car ils savaient combien le maître devait être préoccupé, lui qui avait pour principe d'accomplir toute Mitsvah dans la joie.
Après l'office du matin, le Baal Chem Tov parla longuement de la confiance en D.ieu, de la certitude que Lui seul peut sauver un homme de la pire situation. Il développa l'idée que l'authenticité de cette qualité se mesure lorsque l'homme ne voit plus aucune solution à sa détresse, sinon que la délivrance divine, et reprit les explications du 'Hovot Halevavot (Devoirs des cœurs, écrit par Ba'hyiah Ibn Pakuda) sur le thème de la confiance en D.ieu. Il conclut par l'importance de la joie comme ciment de cette confiance. Puis il demanda aux élèves de jeûner toute cette journée, veille de Pessa'h.
Il partit s'immerger au Mikvéh en fin de matinée, pour être prêt à cuire les Matsot du Séder dès le début de l'après-midi.
Chaque année, le Baal Chem Tov avait l'habitude de ponctuer le récit de la Haggadah par de longues explications.
Il n'en fut pas ainsi cette année là. Il récita la Haggadah d'une voix joyeuse, animée, qui peinait cependant à masquer des accès de tristesse et des accents d'imploration. Les élèves ne pouvaient ignorer l'état d'esprit du maître, et étaient eux-mêmes inquiets. Ce n'est pas tant l'absence des profondes explications du Baal Chem Tov qui les préoccupait, que les causes de cette tristesse. Qu'avait donc vu le Rabbi de si terrible pour qu'il en soit tant affecté? Quel terrible malheur attendait le monde que le Rabbi n'avait pu balayer d'un mot, d'un chant, d'un geste? Chacun était replié au fond de lui-même, cherchant au plus profond de soi le défaut qui empêchait le Rabbi … d'être Rabbi.
Tout d'un coup, le Baal Chem Tov éclata d'un grand rire. Son visage s'était empourpré, il avait les yeux fermés, et il riait, il riait…
"Mazel Tov, Mazel Tov. Béni soit le D.ieu, béni soit Son Nom, celui qui a choisi la Torah, qui a choisi Moché pour serviteur, celui qui a choisi son Peuple Israël. Que même le plus simple de son Peuple est un Israël qui fait mieux que Israël Baal Chem Tov!"
Les élèves étaient loin de comprendre ce qui se passait. Ils avaient bien noté que le visage du Rabbi s'était éclairé, que la joie était revenue à la table de la fête. Mais il n'était pas question de demander au Rabbi le sens de ce qui venait d'arriver.
Ce n'est que bien plus tard dans la soirée que le Maître leur raconta.
Un villageois attaché au Baal Chem Tov, un brave juif, moyen dans ses capacités à étudier, mais d'une pureté de cœur inégalable était resté sans enfant.
Lui et sa femme passaient le Seder seuls, ce soir. Ils avaient fait Kiddouch, bu la première coupe de vin, et commencé la lecture de la Haggadah, le récit des malheurs des Hébreux en Egypte, le décret selon lequel tout nouveau né mâle devait être jeté à l'eau.
La femme se mit à pleurer.
"Ne pleure pas, tu sais, à la fin D.ieu les a délivrés!
Si moi j'avais un fils, c'est sûr que je ne me comporterais pas avec lui comme le Saint Béni soit Il a fait à nos ancêtres. Même aujourd'hui, nous sommes parmi un peuple étranger, repoussés et opprimés. Est-ce que ces peuples sont meilleurs devant D.ieu que le Peuple Juif? N'est il pas écrit dans sa Torah "qu'il prend en considération le seul mérite de nos ancêtres; Avraham, Its'hak, Yaacov?
Et la femme de plaider pour le Peuple Juif, tandis que son mari défend la justesse de la conduite divine. Elle d'invoquer la miséricorde permanente de D.ieu, lui Sa Justice.
… Chemin faisant, ils avaient bu le second verre, puis le troisième verre, puis le quatrième verre, et la discussion de se poursuivre, jusqu'à ce que le villageois convienne de la justesse des propos de sa femme.
Fatigués des préparatifs de la fête, de leur journée de travail, le vin avait fait son effet. Ils se levèrent, et commencèrent à chanter et à danser joyeusement pour remercier D.ieu d'être juifs et de les avoir sortis d'Egypte.
Leur discussion n'était pas passée inaperçue … là haut.
Les anges avaient suivi leur débat, une vive discussion s'était engagée au Tribunal Céleste. Les uns justifiant la malheureuse situation matérielle du Peuple Juif au nom de la Justice de D.ieu, les autres implorant D.ieu de mettre fin à la misère matérielle, l'oppression des Nations.
C'est ce débat qu'avait suivi le Baal Chem Tov, avec tristesse. Il ne savait pas qui allait triompher, entre l'attribut de rigueur et l'attribut de miséricorde.
La vie des Juifs d'une certaine ville dépendait de ce qui allait être décidé ce soir.
La joie du villageois et de sa femme avait renversé toutes les plaidoiries et accusations et avait soudain provoqué un verdict favorable. C'est ce qui avait provoqué ce grand éclat de rire du Rabbi.
Le Baal Chem Tov étendit son mouchoir sur la table, demanda aux élèves d'attraper les pans du mouchoir et de fermer les yeux. Ils virent ainsi le villageois et sa femme en train de danser. Danser joyeusement pour remercier D.ieu d'être juifs et de les avoir sortis d'Egypte.
 
Traduit et adapté de Lettres de Rabbi Yossef Its'hak, Volume 3, page 72.

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Aharon Altabé
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