Les fêtes juives
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Des Matsoth sans prix

Durant tout son séjour à Samarkand, mon grand père, le 'Hassid Reb Tsvi Hirsch Lerner fit beaucoup pour assister ses frères juifs exilés à Samarkand, tout en développant la vie de la communauté 'hassidique de la ville, au prix d'un dévouement extrême.
Ainsi, la fabrication des Matsoth fut une de ses grandes réalisations. Il tenait à ce que chaque juif qui en voulait puisse en avoir pour la fête de Pessa'h. Il les fabriquait avec le fameux 'Hassid Rav Raphaël Hodaïdtov. C'est lui qui fournissait le blé, la farine et parfois payait même les Matsoth. A des familles qu'il avait réussi à rapprocher de l'observance des Mitsvot, il racontait que la Matsah coûtait 50 kopeck le kilo, un prix ridicule avoisinant le tarif d'un ticket d'autobus, alors que cela coûtait bien plus.
La fabrication des Matsoth était certes difficile, dangereuse et coûteuse, mais requérait de plus beaucoup de temps et beaucoup de main d'œuvre. Voici chacune de ces étapes, liée à ses risques propres.
- Obtenir des pièces de rechange pour les machines agricoles.
- Localiser des entreprises agricoles défavorisées par l'usage de matériel vétuste ou endommagé.
- Déterminer l'endroit qui présenterait le moins de danger d'être dénoncé.
- Trouver un lieu de stockage du grain.
- Trouver un moyen de transport à l'abri des risques de pluie et d'humidité, des yeux indiscrets, des agents de la Police Secrète.
- Loger et nourrir l'équipe de jeunes gens venus cachériser le moulin et moudre le grain. C'était des jeunes se refusant à toute concession sur les temps de prières, la cacherouth de leur alimentation comme à celle de la farine.
- Trouver un lieu de stockage de la farine en ville même, faire justifier l'absence du travail ou de l'école de tous ceux qui prennent part à l'affaire.
Et ce casse tête se reproduisait chaque année, jusqu'à ce que Reb Tsvi quitte Samarkand.

La fabrication des pièces de rechange des machines agricoles était notre monnaie de base pour pouvoir convaincre un directeur d'exploitation. C'est à ce prix là que nous obtenions le droit de récolter par nous même le blé. Elles se faisaient, en secret bien sûr, dans des ateliers militaires, ce qu'eux mêmes étaient incapables d'obtenir. La récolte durait de deux à quatre semaines.
L'étape suivant, la mouture, était bien plus compliquée. Il fallait d'abord cachériser le moulin. Ce moulin, alimenté par une chute d'eau était à l'écart de la ville. Le patron respectait profondément mon grand père, et ne cachait à personne que chaque passage de mon grand père était une source de bénédiction pour son entreprise. C'est pourquoi aucune de ses exigences n'était discutée. En pleine crise économique, il n'hésitait pas à arrêter toutes les machines pour les quelques jours nécessaires à leur cachérisation.
C'est le 'Hassid Reb Feivish Genkin qui veillait à cette opération. Sans l'aide d'instrument de levage, il fallait déplacer la lourde meule tournante, passer le chalumeau sur toute sa surface et sur la meule gisante. C'est seulement alors que pouvait commencer la mouture du blé.
Un des ouvriers du moulin était affecté à la garde: personne en devait pénétrer dans le moulin durant les quelques jours et quelques nuits où nos hommes y travaillaient.
La farine était ensuite acheminée en ville, non sans précaution: préservée de la pluie et l'humidité, comme il le faut pour qu'elle reste Cacher le Pessa'h, mais aussi préservée des regards inquisiteurs, stockée dans un lieu sec et discret.
Peu de temps avant Pessa'h, restait à cuire les Matsoth.
En pleine ville, c'était un véritable casse tête, car il était bien moins aisé de ne pas être découvert.
Pour le meilleur et pour le pire, étaient réunies plusieurs familles de 'Hassidim de Samarkand: Michoulavin, Zaltsman, Goldschmidt, Lerner, Schiff. Ils mangeaient ensemble, habitaient ensemble, avaient peur ensemble à la moindre alerte, et cherchaient ensemble les solutions les plus adaptées aux problèmes qui ne manquaient pas de surgir. Bien que le plus jeune de tous, mon grand père était le plus habile à proposer et mettre en œuvre les solutions propices.

Traduit de Beth Machia'h, N 446
Auteur: Ts. Maidenchik