Les fêtes juives
Un dossier Alliance réalisé par Aharon
www.milah.fr
Mise à jour le
Site d'information sur la
Brit Milah, circoncision rituelle juive.
Site des fêtes juives
Calendrier Chabbat et fêtes de l'année
Site du Beth Hamikdach,
le Temple de Jérusalem
Des miettes dans la blouse blanche
Leningrad 1941.
Au 40 de la rue Maklina, ce qui reste d'une famille essaie de célébrer le soir du Séder. Reb Eliézer Kovalnov avait déjà été emmené par le K.G.B. au milieu de la nuit en octobre 1940. Trois mois plus tard, ce fut sa fille 'Haya et une semaine après, son épouse Elka qui furent emprisonnées à Spolerke, la prison tristement célèbre pour avoir "abrité" Rabbi Yossef Its'hak, mais aussi pour ses gardiens inhumains et ses conditions de détention terrifiantes.
Il ne restait donc que le fils Mendel et son épouse, et trois autres enfants. Ils lurent la Haggadah, parlèrent d'esclavage et de délivrance tout en souhaitant du fond du cœur voir déjà se réaliser la délivrance véritable pour tous.
Ils n'avaient pas le cœur à s'éterniser dans la cérémonie. Le frère aîné rentra chez lui avec son épouse. Heureusement pour eux. Quelques minutes plus tard, les agents du K.G.B. revinrent et emmenèrent un à un Kerpel, Louba et Sterna!
Après un voyage épuisant dans un wagon à bestiaux, Kerpel Kovalnov arriva à Vokoulta, au cœur de la Sibérie, une immense ville qu'avait faite construire Staline, et où étaient emprisonnés plus d'un demi-million de travailleurs forcés, prisonniers politiques et de droit commun.
Durant l'hiver 1942, des masses de neige recouvraient la ville où régnait la nuit polaire. Kerpel fut affecté à la mine de charbon, à cinq cent mètres sous terre.
Après une descente en ascenseur, les prisonniers devaient, deux par deux, charger une demi-tonne de charbon dans un wagonnet. Quand celui-ci était plein, il fallait encore le pousser sur les rails jusqu'à l'ascenseur où le charbon était déchargé, puis recommencer ainsi douze heures par jour.
L'air dans la mine était irrespirable, empoisonné par les poussières et les gaz. La moindre étincelle pouvait à tout moment provoquer l'explosion de toute la mine, enterrant aussi tous les esclaves. Mais qui s'en souciait?
Dehors régnait un froid terrible, moins quarante degrés, et un vent puissant soufflait sur la terre gelée. Kerpel ne savait pas s'il valait mieux être dans la mine ou au-dehors... Mais surtout il souffrait de n'avoir aucune nouvelle de sa famille. Et s'il devait mourir d'épuisement, nul ne le saurait jamais...
De plus, il voyait ses compagnons recevoir des colis de leurs familles, ce qui leur permettait de ne pas mourir de faim. Mais lui-même, qui pourrait lui envoyer des colis? Tous les membres de sa famille étaient dans la même situation que lui!
Un jour, Kerpel apprit que la direction du camp proposait à certains prisonniers de suivre des cours de médecine d'urgence. Kerpel avait déjà effectué quatre années d'études à la faculté de médecine et ce stage lui permettrait sans doute d'échapper à la mine de charbon et au froid intense.
Durant deux mois, on lui accorda le "privilège" de suivre ce stage après son épuisante journée de labeur. Mais ce n'est qu'après un malaise plus grave qu'il fut enfin hospitalisé et qu'un docteur lui proposa de remplir le rôle d'infirmier. C'est alors qu'il fit la connaissance d'un malade du nom de Wechsher. Celui-ci lui rappela que c'était bientôt Pessa'h. Kerpel le regarda et soudain lui demanda: "As-tu des Matsot?"
Wechsher avait cinquante ans mais en paraissait bien plus, tellement le travail forcé l'avait épuisé. Oui, il possédait une Matsa. Kerpel insista: "Je t'en supplie, donne-moi un peu de Matsa. Je t'attendrai le 14 Nissan au matin!"
Ce jour-là, la veille de Pessa'h, Kerpel retrouva Wechsher: celui-ci lui glissa dans la main quelque chose enveloppé dans du papier et lui dit à l'oreille: "Surtout ne dis à personne que c'est moi qui te l'ai donné, sinon je risque d'en prendre encore pour dix ans!"
Stupéfait et fou de joie, Kerpel glissa le paquet dans la poche de sa blouse. Puis il réalise que sa blouse était sale et sentait mauvais. Subrepticement, il se changea et prit la blouse blanche, impeccable, d'un docteur. Il regarda le papier: en fait c'était une minuscule Haggadah, là, en Sibérie! Quel ange ce Wechsher! Il sent la Matsah qui était tout effritée. Quel cadeau extraordinaire!
Le soir du Séder, Kerpel épuisé lut le texte de la Haggadah et goûta les miettes de Matsah: son cœur aussi était fendu en mille morceaux! Puis il retourne assurer la garde de nuit.
Le lendemain matin, tous les médecins entourèrent Kerpel, comme d'habitude pour entendre son rapport. Soudain, un des médecins remarqua sa blouse blanche: "Voleur! Enlève cette blouse!"
Kerpel la retira. Le médecin furieux la secoua à l'envers: des miettes s'en échappèrent!
"Qu'est-ce que cela?"
Fou de colère, le médecin comprit.
"Ah! C'est de la Matsah, n'est-ce pas? C'est la fête de Pessa'h pour les Juifs, n'est-ce pas?"
Que pouvait dire Kerpel? Pour un "crime" pareil, il risquait encore dix ans de plus!
"Oui, dit-il d'une voix étranglée, c'est de la Matsah!"
Le médecin regarde les autres médecins puis soudain posa sa main gentiment sur l'épaule de Kerpel: "Ne t'inquiète pas, tu es des nôtres!"
Ce n'est que plus tard que Kerpel comprit: ces médecins étaient des prisonniers politiques, opposés à Staline. Quand ils avaient remarqué le courage de ce Juif, prêt à tous les sacrifices pour respecter les lois religieuses en dépit des lois abjectes du gouvernement, ils l'avaient inclus dans leur cercle: "Tu es des nôtres!"
Kerpel avait acquis leur respect.
Il fut libéré en 1957.
Mena'hem Ziegelbaum - traduit par Feiga Lubecki