Les fêtes juives
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Extrait de Likouteï Dibbourim, recueil de discours de Rabbi Yossef Its'hak Schneersohn, Rabbi de Loubavitch.
Traduction du Beth Loubavitch de Paris, Tome 2, 1991.

C'est donc dans le champ de Reb Zalman de Tcherbin qu'on moissonnait le blé pour la Matsah Chemoura. Le choix du champ qui avait produit le meilleur blé et la fixation du jour de la moisson étaient établis, selon un ordre connu d'avance.

Le jour de la moisson devait répondre à certaines caractéristiques. Il devait être clair et lumineux, le soleil devait briller avec force. Il fallait que la pluie ne soit pas tombée depuis trois jours. L'heure de la moisson était fixée entre midi et quatorze heures ou quatorze heures trente.

Lorsque le moment de la moisson approchait, Reb Zalman venait à Loubavitch, pour en fixer le détail. L'habitude était alors la suivante. La date exacte ne pouvant être établie à l'avance, il conduisait à Loubavitch quelques charrettes lui appartenant. Ceux qui réalisaient d'ordinaire cette moisson y prenaient place et se rendaient à Tcherbin, afin de se tenir prêts. En fait, le travail était surtout fait par Reb Zalman lui-même, sa famille et les quelques Juifs qui résidaient dans ce village. Mais quelques personnes qui se trouvaient de façon permanente à Loubavitch ou bien y étaient invités en cette période, venant d'autres régions, les accompagnaient également.

Parfois, il fallait attendre pendant une semaine le jour clair, répondant à toutes les conditions, afin de moissonner le blé de la Matsah Chemoura. La joie de Reb Zalman, en accomplissant tout cela était intense, double et même triple. Tout d'abord, il lui revenait de couper du blé pour la Matsah Chemoura du Rabbi. De plus, il recevait des invités pendant quelques jours, ce qu'il appréciait tout particulièrement, étant, par nature, très hospitalier. Mais ce qui le réjouissait le plus, c'était la présence de mon grand-père, puis, à mon époque, de mon père, pendant la moisson. Il en tirait la vitalité pour de nombreuses années.

Entre le jour du départ de Reb Zalman, accompagnés des émissaires pour la Mitsvah et celui de la moisson du blé pour la Matsah Chemoura, l'objet quotidien de la discussion était le temps qu'il faisait. On regardait le ciel, on se demandait si l'air était sec, s'il n'y avait pas d'humidité. Des dizaines de suppositions étaient faites, chaque jour, sur le climat du lendemain. Et l'on attendait sans cesse l'émissaire de Tcherbin qui viendrait annoncer la date de la moisson.

Le voyage, en compagnie de mon père, vers Tcherbin, qui durait deux heures, de même que tout ce qui l'accompagnait, m'avait beaucoup marqué. Comme tout enfant de mon âge, je reliais par la pensée chaque événement à un récit de la Torah ou du Midrach que je connaissais. Tout ce qui se passa alors est resté, de cette façon, gravé dans mes souvenirs d'enfance.


La moisson et le battage étaient très joyeux, bien que le sérieux apparaissait sur chaque visage. Tous portaient un Gartel et leur Kippa était recouverte d'un chapeau. La chaleur étant intense, le travail était effectué très rapidement, comme si les hommes étaient rompus aux travaux des champs.

Le vieux 'Hassid Reb Zalman, qui avait une longue et belle barbe, un visage agréable et bienveillant, tenait une serpe à la main. Ses gestes étaient précis et rapides, comme ceux d'un très jeune homme. La joie le faisait bondir. Ses chaussures et ses chaussettes blanches se soulevaient, comme mues par une force spirituelle, telles les pieds de Naftali, dirigés par la mission divine. Seul un homme pénétré du service de D.ieu peut adopter un tel comportement. Même par ses talons, il ressentait le profond plaisir du cerveau, la volonté sincère et l'attrait du cœur pour cette forme du service de D.ieu.

Quelques hommes moissonnaient pendant que d'autres chantaient. L'agréable mélodie se répandait dans l'air et son écho raisonnait au loin. Toute la région se revêtait de sainteté. Les femmes et les enfants des familles résidant à Tcherbin se tenaient à l'écart et assistaient à la grande joie. Tous portaient les vêtements du Chabbath et l'on pouvait lire sur tous les visages que quelque chose d'inhabituel se passait.

Après la moisson et le battage, une partie des hommes, parmi lesquels il y avait Reb Zalman, partaient se laver. Au retour du bain, Reb Zalman portait ses vêtements du Chabbath et la prière de Min'ha commençait. Reb Zalman conduisait lui-même la prière, avec les airs de Sim'hat Torah. Le Ta'hanoun n'était pas récité.

Reb Zalman chantait la prière " Alénou Lechabea 'h" sur un air particulièrement joyeux. Avant de dire "Ossé Chalom", à la fin du Kaddich, il attendait que deux solides paires de bras le fassent rouler en l'air, selon la coutume bien connue. Lorsqu'on ne le faisait pas, par déférence pour lui, il disait, avec insistance: "NOU?" (et alors?) et ne commençait pas les trois pas en arrière qui précèdent "Ossé Chalom". Il fallait bien, alors, le faire rouler. Reb Zalman commençait ensuite à danser avec tous les présents.

Pendant les danses, Reb Zalman disait les versets qui suivent la prière "Alénou", d'une voix forte et agréable, en suivant le rythme de la mélodie. Lorsqu'il parvenait à la fin du verset "Akh Tsaddikim", il sautait et roulait trois fois sur lui-même, en avant puis en arrière. Tous prenaient ensuite part au joyeux repas qui avait lieu dans le verger. Une grande table y était recouverte de toutes sortes d'aliments lactés.

Pendant le repas, mon père prononçait un discours 'hassidique et passait quelques heures avec les présents. Ensuite, était dite la prière d'Arvit. Mon père allait se reposer dans une pièce qui avait été disposée à cet effet et le Farbrenguen entre les présents se poursuivait pendant le reste de la nuit. Le lendemain matin, tous priaient ensemble, puis, vers dix heures, on rentrait à Loubavitch.

Reb Zalman et ceux qui l'aidaient n'y arrivaient que le soir. Ils apportaient avec eux un sac de blé qui était alors accroché au "crochet de la Matsah Chemoura", dans une chambre préparée pour cela.

Lorsque le 'Hassid Reb Zalman quitta ce monde, on se procura le blé pour la Matsah Chemoura en différents endroits, dans les colonies juives de la région de Herson, ou bien chez le riche 'Hassid Reb Na'hman Dolitsky, dans sa propriété de Nichayévka, sous la surveillance du 'Hassid, le Rav Tsvi Sanin.

A partir de 5657(1897), lors de la fondation de la Yéchivah Tom'heï Temimim, à Loubavitch, la préparation de la Matsah Chemoura fut confiée à ses élèves.

Pendant toutes ces années, le blé était broyé dans un moulin à eau. Tout était réalisé de la meilleure façon possible, du point de vue halakhique. Ainsi, les pierres utilisées étaient toujours neuves. Mais, cette année là, les minotiers mécanisèrent leur moulin(1). Le blé fut alors moulu à la main, afin d'obtenir la farine de la Matsah Chemoura.

C'est lors du Roch 'Hodech Adar que l'on commençait à moudre le blé. Celui-ci était tout d'abord trié trois fois. Puis, il était broyé selon l'ordre établi et toujours de la meilleure façon. Chaque détail de ces travaux était établi à l'avance.

De même, on puisait l'eau pour pétrir la farine, à la veille de la cuisson des Matsot, selon un ordre précis et au prix de grands efforts. Il en était de même pour les préparatifs de la cuisson des Matsot, à la veille de Pessa'h. Les élèves les plus âgés de la Yéchivah en étaient chargés et recevaient, à cet effet, des instructions et des conseils, relatifs à la manière de puiser l'eau, à la cachérisation du four, à la cuisson, à la fabrication et au soin qui devait être apporté à chaque détail du processus.

Une fois, un élève vint à la Yéchivah. C'était un érudit, possédant de grandes aptitudes et le comité des examinateurs fut heureux de l'accepter dans ses rangs. A Tom'heï Temimim, on avait coutume, lorsque l'on enregistrait les nouvelles inscriptions, d'établir une liste détaillée de ceux qui avaient été acceptés. En tant que directeur exécutif de la Yéchivah, je transmettais cette liste à mon père, avec une présentation détaillée de l'avis de chaque membre du comité officiel d'examen et d'un second comité concernant chaque élève en particulier.

Pour chacun des élèves, mon père s'intéressait à tous les détails. Lorsqu'il en vint à l'élève précédemment cité, il fut particulièrement attentif. Ce garçon était très doué, mais, selon le rapport du second comité, il avait des manières grossières et son visage n'était pas d'une grande finesse.

Mon père réfléchit longtemps, médita, relut plusieurs fois le rapport. Puis, il me dit qu'il fallait l'accepter comme élève, mais le prendre bien en main pendant un certain temps. Tout de suite après l'approbation de cette liste, vers le milieu du mois de 'Hechvan, je fixai un programme d'étude particulièrement sévère pour cet élève. Je demandai aux surveillants des études de Talmud et de 'Hassidout de garder sur lui un oeil attentif. Ceci dura pendant tout le semestre d'hiver.

Lors du Roch 'Hodech Tevet, mon père quitta le pays, Vers Roch 'Hodech Adar, lorsqu'il fallut commencer à trier le blé pour la Matsah Chemoura, il m'écrivit que les travaux les plus durs, pour la fabrication de la Matsah Chemoura, devaient être confiés à cet élève. Il me demanda de lui faire savoir de quelle manière il s'acquittait de cette tâche car, cette année là, mon père ne devait rentrer à Loubavitch que quelques jours avant Pessa'h.

Je mis en pratique ces instructions avec beaucoup de zèle. Les travaux les plus durs, le tri des grains de blé, le montage du moulin à main, le broyage du blé, furent confiés à cet élève. Pendant deux semaines, il ne connut pas un seul instant de repos, n'eut plus de jour et plus de nuit. Conformément aux directives de mon père, il ne fallait pas qu'il s'aperçoive qu'un ordre spécifique avait été émis, le concernant.

De façon générale, les élèves de Tom'heï Temimim, à Loubavitch, ne demandaient jamais "pourquoi?" ou "comment cela?". Lorsqu'un ordre leur était donné, ils le mettaient aussitôt en pratique. La Yéchivah Tom'heï Temimim, à Loubavitch, était basée sur quatre valeurs, la vérité, l'amour, la fidélité et la soumission. Chacun de ses élèves était considéré comme un fils. L'amour qui régnait entre eux était extraordinaire. Leur fidélité et leur soumission envers les professeurs, tout comme celles des professeurs envers les élèves, dépassaient toutes les limites, Seuls de tels principes permirent à la Yéchivah Tom'heï Temimim de former et d'éduquer les disciples qui furent effectivement les siens, puisse D.ieu les bénir.

Lorsqu'il fallait cuire de la Matsah pour toute la famille, la tâche fut confiée à cet élève. Certes, les autres élèves travaillèrent également, mais je lui confiai les besognes les plus dures. Mon père, lorsqu'il revint à Loubavitch, s'informa, en plus de ce que je lui avais écrit, de tout ce qui le concernait.

Lorsqu'il fallut préparer la cuisson des Matsot de la veille de Pessa'h, je demandai à cet élève, en plus de tous les autres travaux qui lui incombaient, de vérifier l'absence de 'Hamets dans la synagogue et dans le bureau de la Yéchivah. Il s'y consacra jusqu'à deux ou trois heures du matin. Puis, à sept heures du matin, à la veille de Pessa'h, il devait être sur le lieu de la cuisson, afin de cachériser le four.

Lorsque tous ces travaux furent achevés, vers dix sept heures, je le convoquai et lui demandai d'étudier le discours 'hassidique introduit par le verset "pendant six jours, tu mangeras des Matsot", qui se trouve dans le Siddour. Le lendemain, premier jour de Pessa'h, il devait venir me voir à sept heures du matin, après l'avoir parfaitement appris, afin que je lui en explique la signification.

Je savais qu'il était chargé de dresser les tables dans la "grande salle". Jusqu'à la fin du Séder, qui devait durer jusqu'à deux heures du matin au moins, il n'aurait pas même un quart d'heure pour apprendre ce discours. Il s'agissait ainsi d'établir l'importance que revêtait pour lui l'étude de la 'Hassidout.

A sept heures du matin, il avait parfaitement compris ce discours, selon les connaissances de la 'Hassidout qu'il possédait alors. Je l'étudiai avec lui jusqu'à huit heures. Puis, je me rendis chez mon père et lui fit savoir ce qui s'était passé particulièrement satisfait et me dit:
"Avec l'aide de D.ieu, nous venons de planter un arbre qui portera de bons fruits. J'espère qu'il saura recevoir et transmettre. Beaucoup de temps passera encore mais, au bout du compte, il aura de nombreuses feuilles, de multiples fruits et d'innombrables pousses".

A A'haron Chel Pessa'h, pendant le repas de la fête pris avec les élèves de la Yéchivah dans la "grande salle", mon père désigna discrètement cet élève et me dit:
"Yossef Its'hak, regarde l'effet de la transpiration provoquée par la Mitsvah. Il a maintenant un visage tout à fait différent. La grossièreté a disparu et il a pris apparence humaine.


(1) On parla alors de " Matsot faites à la machine", par opposition aux " Matsot faites à la main". De même, grâce au progrès technique, le chemin de fer fut étendu jusqu'à Loubavitch et les 'Hassidim qui, auparavant, venaient voir le Rabbi à pied, purent le faire en train. Les anciens les désignèrent alors comme "les 'Hassidim faits à la machine".