Les fêtes juives
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Des matsot clandestines

Le Rav Mikhaël Michoulovin, de Na’halat Har ‘Habad, a étudié dans sa jeunesse dans les Yéchivot clandestines de Tomkhei Temimim. Son père, le Rav Eliezer Michoulovin était une figure notoire des ‘Hassidim Loubavitch de Samarkand durant la Seconde guerre mondiale, et son fils a acquis son éducation ‘Hassidique dans les écoles, les réunions et les actions clandestines.
C’est à ce titre qu’il fut mêlé plusieurs fois à la fabrication des matsot, sous la direction du Rav Raphael Hodidaitov de la communauté des juifs boukhariens, qui se dévouait sans compter pour aider matériellement ou spirituellement les juifs réfugiés à Samarkand, et était le maître d’œuvre de la fabrication des matsot.
Voici son récit, pour COL

Nous achetions le blé auprès de paysans ouzbeks, qui l’avaient récolté dans leur kolkhoze et étaient rémunérés en espèces: des sacs de blé qu’ils revendaient sur les marchés locaux.
Les sacs étaient inspectés avant achat : on enfonçait la main dans le sac. Si elle revenait poussiéreuse, c’est que le blé n’avait pas été en contact avec de l’eau, et convenant pour les matsot.
Chacun rapportait son sac de blé à la synagogue, et y écrivait son nom.
Les grains étaient moulus dans un moulin que nous louaient les paysans ouzbeks, et ils acceptaient d’y cesser toute activité durant ce temps-là.
Les grains étaient alors vérifiés quasiment un par un, comme le faisaient également les juifs de Boukhara.
Le moulin était au bord de l’eau, et les meules, géantes, étaient entrainées par une chute d’eau. Il nous fallait beaucoup de temps pour nettoyer chacune des pièces du moulin et changer les cuves où la farine tombait.
Le travail terminé, nous repartions avec nos sacs de farine.
La cuisson des matsot se faisait dans un four des boukhariens.
Il fallait là encore nettoyer, cachériser, acheter des récipients neufs.
Le four était cachérisé par liboun, chauffage à blanc.
L’eau était puisée dans un des puits de la ville. Le pétrissage et la cuisson pouvaient prendre plusieurs semaines.
Nous recevions parfois un envoi spécial de Géorgie : quelques sacs de blé, surveillé depuis la récolte ! Un trésor pour les ‘Hassidim qui ne lésinaient pas sur les hidourim (embellissement de la Mitsvah).
Une année où je me trouvais avec le Rav Hodidaitov, nous pûmes acheter le blé au sortir de la moissonneuse, en y mettant le prix. Les paysans n’arrivaient pas à comprendre notre empressement à acheter le blé dans les champs plutôt que dans les granges, mais l’argent les avait convaincus. Comment décrire la joie des ‘Hassidim lorsque nous étions revenus avec une voiture remplie de blé que nous avions pu surveiller depuis la récolte !
Le Rav ‘Hassid de Samarkand était à l’époque le Rav Chemariah Marinowski (dont le fils fut le Mohel très connu de Kfar Habad). Il ne prenait pour la préparation des matsot que des élèves de la Yéchivah, qui travaillaient de toute leur force et de tout leur cœur.
Je me souviens qu’une année, mon frère Ely avait travaillé du matin au soir à la cuisson des matsot, et avait reçu pour salaire … une matsah. Mais à l’époque, on savait apprécier ce que représente une matsah chemourah.
Il est arrivé, il y a une soixantaine d’années, qu’un Rav Loubavitch qui avait reçu après beaucoup d’effort une autorisation de quitter la Russie, fut convoqué par le KGB quelques jours avant son départ.
Après beaucoup d’hésitations quant au sort qui lui serait réservé lors de cette entrevue, il se rendit au rendez-vous. Le chef du bureau local du KGB lui demanda directement : Mr le Rabbin, les matsot rondes, c’est une obligation ou c’est un hidour ? Le Rav était surpris de cette question qui à l’évidence devait contenir un piège. Le commissaire saisit son hésitation, et expliqua : nous avons ici un jeune prisonnier de 18 ans, qui nous a déclaré que s’il ne recevait pas de matsah ronde de votre main, il jeûnerait pendant toute la fête… Si c’est une obligation nous ferons ce qu’il faut. Mais si c’est pour nous faire tourner en bourrique, c’est autre chose.
« C’est une obligation » trancha le Rav. Et il fut prié par le commissaire d’apporter lui-même des matsot au jeune homme.
Et qui était le jeune homme ? Le Rav Ben Tsion Chemtov (qui devint le beau-père du Rav Chmouel Azimov de Paris, du Rav Raskin du Maroc et du Rav Sudak de Londres).

Traduit de Chabad On Line