Les fêtes juives
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Extrait de Conversation avec les jeunes, Adar 5744

UN HAMAN DE MOINS

Rabbi Leïb, fils de Sarah (1730–1796), vécut en Pologne il y a environ deux siècles.
Il avait l'habitude d'errer de ville en ville et d'un village à l'autre où souvent pour les habitants il n'était qu'un vagabond inconnu. Il aimait à jouer avec les enfants et à leur apprendre des choses. Partout où les Juifs avaient des ennuis, on était sûr de le trouver, prêt à leur venir en aide. On raconte beaucoup d'histoires merveilleuses sur ce saint homme à qui l'on prêtait le pouvoir de réaliser des miracles.
Un jour, lors d'une visite de Rabbi Leïb à la foire de Berditchev, un Juif vint d'une ville voisine pour lui demander son aide. la communauté de Kobrin d'où il arrivait, traversait une période de grande détresse morale. Le maître de la région, un Comte polonais, qui s'était montré très bon à l'égard des Juifs, venait de mourir. Ces derniers devaient à sa générosité de n'avoir jamais payé ni loyers pour leurs maisons, ni impôts sur les terrains où s'élevaient leurs constructions. Le fils qui succéda au Comte défunt, était au contraire un homme très dur qui haïssait les Juifs.
Aussitôt maître du comté, il exigea des Juifs de Kobrin non seulement le paiement des loyers et les impôts pour les maisons et la Synagogue construits sur ses terres, mais aussi les arriérés pour les années écoulées. Et pour donner le poids à ses réclamations, il menaça, en cas de non exécution, de chasser tous les Juifs de la ville, de détruire leur Synagogue, et même, si besoin en était, de déterrer leurs morts du cimetière.
Ce fut la triste histoire que conta à Rabbi Leïb le délégué de Kobrin, un noble Juif d'une grande piété, dont le nom était Benjamin, et que le saint Rabbi connaissait bien.
- Je te verrai demain à la Synagogue de Kobrin, dit celui-ci au messager qui prit congé et s'en retourna chez lui.

La Visite au Comte
Cette nuit-là, Rabbi Leïb apparut au jeune Comte à l'intérieur de son château. Quand ce dernier fut revenu de la surprise causée par cette soudaine apparition, il voulait savoir combien d'argent Rabbi Leïb lui apportait; et il l'avertit qu'il n'était pas d'humeur à marchander.
"- Je suis venu vous prier de faire grâce à mes frères juifs des impôts que vous leur réclamez, car ils sont très pauvres. Usez à leur égard de la même bonté que votre noble père, et vous ne le regretterez pas. Ils prieront toujours pour votre santé et le succès de vos entreprises, plaida Rabbi Leïb.
- Je n'ai que faire de vos prières, répondit le Comte que la colère gagnait; c'est votre argent que je veux. Et il réitéra ses horribles menaces.
- Quel avantage aurez-vous en ruinant la ville ? Encore si ce n'était que la ville, car, à travers elle, c'est sur toute la campagne alentour que retentira ce malheur. Comment les paysans pourront-ils vous payer leurs impôts ?
Le Comte réfléchit un moment, puis il dit: "Peut-être as-tu raison. Je vais te proposer un marché, mais promets-moi qu'en dehors de nous deux, nul n'en aura connaissance. Si tu trahis ce secret, je ferai couper la tête à tous les Juifs soumis à mon autorité.
Rabbi Leïb voulut connaître les conditions du "marché". Il promit de n'en souffler mot.
- Bien! Nous autres, Polonais, commença le Comte d'une voix radoucie, nous nous rattrapons sur vous, Juifs sans défense, des souffrances que nous ont infligées et nous infligent encore les Russes. Tu ne seras donc pas étonné d'apprendre que nous préparons dans le plus grand secret une rébellion. Aidez-nous; et une fois l'oppresseur chassé du pays, nous vous traiterons comme des frères. Tu as de l'influence sur tes coreligionnaires; persuade-les de se joindre à nous, et tous leurs ennuis disparaîtront.
- Cela est impossible, répondit Rabbi Leïb sans hésiter. Nous, Juifs, avons toujours été de pacifiques citoyens; nous ne participerons pas à une révolte contre le pouvoir central. Nous demandons toujours la paix dans nos prières, et nous abhorrons l'effusion du sang.
- Hors d'ici! hurla le Comte perdant toute contenance. Mais souviens-toi: je chasserai les Juifs comme des chiens enragés non seulement de Kobrin, mais aussi de toutes les villes et villages placés sous mon autorité !
- Cela n'arrivera jamais, dit Rabbi Leïb, car notre Père Céleste aura pitié de nous.
Le lendemain, un vendredi, Rabbi Leïb rencontra Benjamin à la Synagogue. Après les prières du matin, il lui dit d'emporter du vin et des 'Halloth, et de se diriger vers les bois.
"Avant le coucher du soleil, ajouta-t-il, tu atteindras une cabane où vit un Juif nommé Jacob. Dis-lui que je t'envoie, et qu'il faut qu'il sauve les Juifs de Kobrin". Benjamin partit à pied, conformément aux instructions de Rabbi Leïb. Mais très vite il s'égara dans les bois. Il erra sans trouver son chemin, angoissé par la crainte de ne pas rencontrer le fameux Jacob.

Le Fabricant de Balais
Le soleil était déjà bas quand, soudain, il aperçut une petite cabane au plus profond de la forêt. Il s'y dirigea. La vue d'une collection de balais tout neufs sur le seuil lui fit comprendre qu'un fabricant de balais y logeait. Peu après, il vit une Juive frêle sortir de la cabane.
- Rabbi Jacob demeure-t-il ici? s'enquit Benjamin.
- Je ne sais qui vous cherchez. Ici, c'est la maison de Jacob, le fabricant de balais. Mais il n'est pas un Rabbin. Au fait, le voilà qui arrive.
Un homme parut, vêtu comme un paysan; il tenait un fagot de brindilles de bouleau fraîchement coupées. Le posant à terre, il serra la main du visiteur en lui disant: "Chalom Aleikhem".
Benjamin se demandait s'il ne commettait pas une erreur. Quand il fut seul avec l'inconnu, il lui révéla le but de sa visite. Ce dernier, en entendant prononcer le nom de Rabbi Leïb, pâlit et se leva. Ecoutant sans mot dire la triste histoire qu'on lui racontait, il poussait de temps en temps un profond soupir. Son anxiété était évidente.
- Le saint Chabbath n'est pas loin, dit-il enfin. Nous devons oublier la tristesse et accueillir le saint jour dans l'allégresse. Le Tout Puissant nous aidera. J'aurais été prévenu de votre arrivée, je m'y serais préparé comme il se doit. Si cela ne vous fait rien de partager notre repas...
Benjamin répondit qu'il avait apporté son vin et ses 'Halloth.
Le Chabbath s'écoula comme on pouvait s'y attendre en pareille circonstance. Benjamin avait beau observer son hôte, il ne décelait rien en lui qui pût retenir particulièrement son attention. Le comportement du fabricant de balais était celui d'un Juif pieux, certes, mais d'un Juif ordinaire qui pouvait tout juste lire les prières dans le Siddour. Après le repas de midi, il disparut dans les bois. Benjamin, de son côté, sortit de la cabane et s'assit sous un arbre pour étudier. Le soir tombait, il s'assoupit. Tout à coup, il perçut un chant d'une grande douceur: "Al Tira Avdi Yaacov - n'aie pas de crainte, Mon serviteur Jacob", et il lui sembla que c'étaient les anges eux-mêmes qui chantaient ces paroles.
Quand il ouvrit les yeux, le ciel était constellé d'étoiles. Il se hâta je rentrer dans la cabane. Le maître de céans, déjà là, avait achevé la Havdalah et psalmodiait ces mêmes paroles: "N'aie pas de crainte, Mon serviteur Jacob", du livre de prières.
Quand Benjamin eut fait à son tour les prières qui terminent le Chabbath, puis récité la Havdalah, le fabricant de balais lui parla :
"- Venez avec moi, fit-il simplement, je vous indiquerai un raccourci pour regagner rapidement la ville. Je vous conduirai en même temps jusqu'à la route où vous trouverez une auberge proche. Passez-y la nuit, et demain retournez tôt à Kobrin, à temps pour les prières du matin. Dieu a agréé nos prières, le danger est passé."
Avant de se séparer de son visiteur, Jacob lui recommanda de ne révéler à personne leur rencontre tant que Rabbi Leïb était en vie.
Le lendemain matin, sur le chemin qui le conduisait à la Synagogue, Benjamin fut surpris de trouver une animation peu habituelle. L'émotion était générale.
"- Qu'arrive-t-il, et quelle est la raison de tout ce mouvement ?
- Où étiez-vous donc pour poser une question pareille ? Ne savez-vous pas qu'hier une escouade de soldats russes a bloqué les sorties du château du Comte, qu'ils ont arrêté ce dernier et l'ont emmené enchaîné? Un miracle a eu lieu, et nous sommes sauvés, sauvés! Dieu soit loué !"
Les détails suivirent. Une lettre secrète adressée par le Comte à un autre chef de la rébellion était tombée entre les mains des Russes. Son auteur fut aussitôt arrêté pour trahison; il devait être exécuté par la suite.
Peu de temps après, Benjamin fut convoqué au palais du Gouverneur. Là il fut informé que la lettre du Comte à son complice faisait également état des efforts du premier en vue d'entraîner les Juifs de Kobrin dans l'aventure et du refus opposé par eux, sans souci des conséquences. Ils préféraient la ruine et l'exil à l'odieuse participation qu'on leur demandait. Le gouvernement était donc reconnaissant aux Juifs de Kobrin pour leur loyauté, et avait décidé de leur faire don des terrains sur lesquels leurs maisons, leur Synagogue et leur cimetière se trouvaient.
Benjamin se hâta de rapporter la bonne nouvelle à ses frères. Elle produisit l'effet que vous imaginez.

Tiré de "Conversation avec les Jeunes"