Les fêtes juives
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Extrait de Conversation avec les Jeunes N°329, Adar-1 5741

Un Pourim de Prague, 17ème siècle.

L'histoire que nous allons vous conter nous ramène plus de trois cents ans en arrière, au ghetto juif de Prague en Bohème. C'était pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648) qui faisait rage entre les pays catholiques et protestants de l'Europe.
Et, comme cela est toujours arrivé au cours de notre histoire, ce furent les malheureux Juifs qui en pâtirent le plus.
L'empereur Ferdinand II des Habsbourg dont les difficultés de trésorerie allaient croissant en raison des énormes dépenses nécessitées par la guerre, se tourna vers les banquiers et les négociants juifs de son pays afin qu'ils viennent à son secours et le tirent de l'impasse où il se trouvait.
Ce qu'ils s'empressèrent de faire. En récompense, l'empereur accorda à ces Juifs de nombreux privilèges et des droits dont ils avaient été privés jusqu'alors. Une telle générosité ne manqua pas d'exciter la jalousie de la petite noblesse et du clergé qui, à partir de ce moment, n'ont de cesse qu'ils n'eussent trouvé un moyen de nuire aux Juifs.
Le nouveau gouverneur de Bohème, Rudolf de Wenceslaw, était parmi ceux que cette amitié témoignée par Ferdinand II aux Israélites indisposa particulièrement. Ces derniers formaient à Prague une communauté d'environ dix mille âmes, et jouissaient d'une excellente réputation. Le grand Rabbi Judah Lewaï (le "MaHaRaL") était mort. Mais son souvenir demeurait vivant dans les cœurs et dans les esprits. L'influence qu'il avait exercée sur les Juifs aussi bien que sur les non Juifs était intacte. Cela suffisait pour enlever au gouverneur la possibilité de provoquer facilement une révolte ou un pogrome contre le ghetto. Cela ne l'empêchait pas de patienter. Or, la patience venant à bout de tout, un événement survint en l'hiver de 1623 qui lui fournit l'occasion qu'il attendait depuis si longtemps.
Parmi les trésors royaux il y avait des tentures de brocart tissées d'or, œuvre d'un maître célèbre du Moyen Age. D'une valeur inestimable, elles étaient placées sous la surveillance du gouverneur qui en répondait vis à vis de la couronne. Ce dernier à son tour s'en remettait pour ce soin, délicat entre tous, à Hradek, le chambellan dont le rang se situait immédiatement au-dessous du sien.
Quand décembre vint, Hradek se mit, avec l'aide du personnel, à sortir de leur abri les riches et précieux objets en vue de préparer le palais pour les fêtes de la saison. Quand ils arrivèrent au coffre qui contenait habituellement la fameuse tenture de brocart ornant le salon de réception, il était vide! Rudolf apprit l'inquiétante nouvelle de cette disparition. Il était hors de lui.
- Si ces tentures ne sont pas retrouvées avant ce soir, hurlait il à ceux qu'il interrogeait, vous serez tous jetés en prison.
- Puis je respectueusement suggérer, hasarda Hradek, que tous les préteurs sur gage et tous les dépôts soient fouillés de fond en comble? Les magasins juifs devraient aussi être sérieusement surveillés, ajouta t il sournoisement.
- Voilà une excellente idée, Hradek, dit le Gouverneur que cette diversion détournait des soucis immédiats en lui offrant l'occasion d'opprimer ses ennemis du ghetto.
Rudolf fit plus que ne l'avait suggéré son second. Il donna sur-le-champ des ordres afin que chaque maison, chaque magasin de Prague fussent perquisitionnés jusqu'à ce que les inestimables tentures fussent retrouvées. Toutes les entrées du ghetto furent bloquées, et sans un mot d'explication les hommes du gouverneur mirent sens dessus dessous chaque maison et chaque coin. Les Juifs étaient terrifiés.
Quand les investigateurs eurent atteint la grande maison et le magasin du conseiller patriarcal du ghetto, Enoch Altschul, ils perdirent toute mesure. Faisant irruption dans la demeure, ils ouvrirent tout grand placards et armoires, semant partout le désordre, jonchant le sol de leur contenu. Leurs recherches n'ayant donné aucun résultat, ils se saisirent du Juif épouvanté et le menaçant de leurs pistolets lui dirent :
- Montre-nous tes marchandises les plus précieuses ou nous te tuons sans pitié.
Le pauvre vieillard terrifié les conduisit dans son arrière-boutique, et de là à une cachette secrète qu'il ouvrit. O surprise! Dans une caisse en bois, les hommes découvrirent sans peine un amas étincelant de tissus. Oui, c'étaient bien les précieuses tentures! Avec des cris de triomphe, ils s'en emparèrent, puis mettant le vieillard dans les chaînes ils reprirent le chemin du palais.
Fusils et pistolets pointés sur lui, le négociant et érudit juif traversa le ghetto que ce spectacle plongeait dans la stupeur et le silence, puis la foule surexcitée qui faisait la haie le long des rues de Prague:
Quand Enoch Altschul fut poussé à l'intérieur du palais, le gouverneur arpentait, soucieux, le grand salon de réception. Apercevant les tentures, un cri de soulagement s'échappa de ses lèvres. Et quand il apprit qu'elles étaient cachées dans le magasin du Juif, ses yeux brillèrent d'une lueur perverse. Ainsi le juif intègre a été pris comme un vulgaire voleur, ricanat il.
Explique-toi, vieillard, si tu peux!
- J'ai donné ma parole d'honneur à un noble de votre cour, répondit calmement Enoch Altschul. Tant qu'il ne me déliera pas de ma promesse, je ne pourrai expliquer la présence de ces objets chez moi.
- Histoire vraisemblable, en effet, dit le gouverneur d'un ton sarcastique. Nous allons voir si les lanières de mes serviteurs te délieront plutôt la langue...
A ces mots, Rudolf ordonna qu'on fouettât le Juif avec la dernière énergie. Il n'allait pas manquer cette occasion unique qu'il recherchait depuis qu'il avait été nommé gouverneur! Il haïssait les Juifs, et se réjouissait d'avance à la pensée que l'empereur se rendrait compte finalement de sa grande erreur en témoignant de la bonté à ce peuple ingrat.

Menace de Pogrome
Le soir venu, Enoch Altschul eut à se présenter de nouveau devant le gouverneur. Il avait été fouetté avec tant de brutalité qu'il n'arrivait plus à se tenir sur ses jambes. On le transportait étendu sur une civière. Cependant il s'obstina dans son silence.
- Je te donne jusqu'à demain matin à neuf heures, dit le gouverneur. Si tu ne te décides pas à révéler comment les tentures sont tombées entre tes mains, non seulement toi et toute ta famille serez pendus, mais je donnerai aussi l'ordre à mes troupes de mettre à feu et à sang le ghetto de Prague. Et s'adressant à ses hommes: emportez le maintenant; peut être finira t il par avoir assez de bon sens pour parler et épargner à ses coreligionnaires les malheurs qui les menacent.
Toute la nuit le pauvre Enoch Altschul se retourna sur sa couche en proie aux souffrances physiques et à une torture morale encore plus grande.
Que devait il faire? Il priait de tout son cœur afin que le Ciel le guidât, et ce n'est que fort avant dans la nuit qu'épuisé, il céda à un sommeil agité.
Soudain, son maître et ami bien aimé, le Saint Maharal Rabbi Judah Lewaï, lui apparut, le rassurant aussitôt sur le déroulement futur des événements.
Enoch s'éveilla plein d'espoir et s'absorba dans ses prières du matin jusqu'à ce que les gardes vinrent l'emmener, allongé sur la civière, auprès du gouverneur. Toute la Cour se trouvait réunie dans la grande salle. Le gouverneur fit transporter Enoch Altschul jusqu'à la fenêtre qui surplombait la vaste place.
- Tu vois, dit-il, ces hommes en armes? Ils n'attendent qu'un signe de moi pour se jeter sur le ghetto. Alors ils ne laisseront pas une seule maison debout.
Enoch frémit. Une pâleur mortelle se répandit sur ses traits à la pensée de cette horrible menace. Mais avant qu'il n'eût la possibilité d'ouvrir la bouche, un mouvement se fit et le Chambellan Hradek s'avança.
Votre Seigneurie, dit-il au gouverneur étonné. C'est moi le coupable. Ce noble vieillard garde le silence car il désire protéger votre honneur personnel.
Le gouverneur et les présents stupéfaits n'en pouvaient croire leurs yeux ni leurs oreilles. Abasourdis, ils écoutèrent alors que Hradek poursuivait :
Il y a plusieurs mois de cela, j'avais un besoin urgent de vingt-cinq mille ducats d'or que j'avais perdu au jeu. L'idée me vint de porter ces tentures précieuses chez ce Juif qui m'avait aidé en de précédentes occasions en me prêtant de l'argent. Je rédigeais un papier en votre nom et y apposais votre propre cachet. Dans ce document était formulée la promesse que vous traiteriez les Juifs avec bonté si Enoch Altschul gardait le secret au sujet des tentures mises en gage. En revanche, la note menaçait des pires châtiments tout le ghetto si le vieillard laissait échapper un seul mot de l'affaire.
Toute la Cour écoutait bouche bée. Pourquoi Hradek avait il décidé d'avouer, se demandait chacun. La réponse ne tarda pas à venir de la bouche même de ce dernier.
- J'aurais gardé le silence, persuadé que les tentures seraient retrouvées lors des perquisitions; et le Juif aurait supporté tout le poids de la faute et ses conséquences. Mais cette nuit j'ai fait un rêve... Un rêve terrifiant! Le défunt Rabbin du ghetto de Prague, Rabbi Judah Lewaï, m'est apparu, et avec lui le "Golem", cette horrible face de terre glaise. La même terreur qu'avaient éprouvée, il y a tant d'années, ceux qui essayaient d'accuser les Juifs de crimes qu'ils n'avaient point commis, m'envahit. Le Rabbin me dit: "Tu dois dire la vérité demain. Te voilà averti!".

Un Jour de Fête
A mesure qu'il parlait l'émotion de Hradek était devenue si intense qu'il avait porté la main à sa gorge comme s'il étouffait. Quand il eut fini, il s'écroula sur le sol. Hradek était mort après avoir tout avoué.
Le gouverneur n'avait d'autre choix que de libérer Enoch Altschul, et de donner des ordres afin que la foule impatiente et avide de sang fût dispersée et ne molestât point les Juifs.
La tournure miraculeuse des événements causa à ces derniers, comme bien l'on pense, une joie sans bornes.
C'est le vingt-deux Téveth que ce miracle eut lieu à Prague. Pendant de nombreuses années ce jour fut célébré par la famille Altschul et les Juifs de la ville comme "le Pourim des Tentures". Car en ce jour leur tristesse s'était muée en joie, comme au Pourim d'autrefois.