Les fêtes juives
Un dossier Alliance
Réalisé par Aharon
http://www.milah.fr

Un Pourim avec le 'Hafets 'Haïm.

La première guerre mondiale en était déjà à sa seconde année. Les Juifs de Pologne souffraient de terribles privations et bien que ce fût bientôt Pourim, la ville de Radine était plongée dans l'angoisse et le désespoir. Le Rav de la ville était Rav Israël Meïr Ha Cohen, plus connu par le titre de son célèbre ouvrage, le 'Hafets 'Haïm.
La nourriture devenait rare, les impôts étaient élevés mais surtout de nombreux jeunes Juifs étaient enrôlés de force dans l'armée: qui savait quand on les reverrait?
A l'approche de Pourim, un Juif demanda au 'Hafets 'Haïm: "Cette année nous sommes si malheureux! Nos fils sont au front. Comment peut-on nous demander de célébrer Pourim dans ce monde de souffrance?".
Le 'Hafets 'Haïm savait que l'homme parlait de sa propre misère et craignait pour la vie de son propre jeune fils qui faisait partie des conscrits.
"Ne vous inquiétez pas, dit le 'Hafets 'Haïm, même dans cette époque terrible nous ne devons pas perdre notre confiance en D.ieu. Même maintenant nous devons nous réjouir pour les grands miracles qu'Il a fait pour notre peuple à Pourim.
"II y a de nombreuses années, quand j'étais jeune homme à Vilna, à l'époque de Pourim, le Tsar avait édité un terrible décret. Il ordonnait aux Juifs de fournir deux fois plus de jeunes gens pour le service militaire. Comme vous le savez, ces conscrits, les cantonistes, étaient encore des enfants et devaient rester dans l'armée pendant vingt ans. Après cette très longue période, ils ne se souvenaient pratiquement plus de leur judaïsme et étaient perdus pour leur famille pour toujours.
"Cette année-là, la conscription devait se passer à Pourim et les Juifs de Vilna étaient pratiquement en deuil.
"Cependant, malgré leur douleur, les Juifs de Vilna pratiquèrent les Mitsvot de Pourim: ils distribuèrent des "Michloa'h Manot", de la nourriture à leurs prochains, et de l'argent aux pauvres. Leur seule consolation était la lecture de la Méguilah, le rappel des miracles que D.ieu avait envoyés à Son peuple de façon inattendue.
"Mais la situation empira. Le Tsar promulgua un nouveau décret contre les Juifs afin qu'ils fournissent encore davantage de cantonistes. Tous les plus grands rabbins et responsables communautaires supplièrent le Tsar d'annuler ce décret mais en vain. Les jeunes gens furent désignés et on leur donna l'ordre de se préparer pour le mois d'Av, le mois juif qui vit la destruction des deux Temples, le mois désigné pour les tragédies. "Le décret était prêt et on attendait la signature du Tsar. Cela ne devait prendre que quelques secondes mais alors qu'il allait tremper sa plume, sa main heurta par inadvertance l'encrier qui se renversa sur le papier et l'encre recouvrit le nom du Tsar.
"Le Tsar était superstitieux. Il interpréta cela comme un mauvais présage du Ciel et il refusa obstinément qu'on réécrive le document. Et c'est ainsi que ces jeunes gens furent sauvés d'un destin atroce.
"Le mois d'Av, qui correspond à peu près au mois d'août, avait déjà commencé quand la rumeur se répandit à Vilna: les jeunes gens ne devaient pas être inquiétés. Ils défirent immédiatement les bagages qu'ils avaient déjà préparés et le soulagement fut visible sur tous les visages. Cette année-là, le mois d'Av avait été transformé de deuil en allégresse pour les Juifs de Vilna.
"Qui sait? Peut-être bien que la joie manifestée par les Juifs de Vilna en ce sombre Pourim quand le décret avait été édité portait en elle l'étincelle de leur délivrance au mois d'Av? Alors peut-être que notre joyeuse célébration de Pourim cette année sèmera la graine d'une plus grande délivrance qui se produira de la même façon inespérée lorsque D.ieu délivrera à nouveau Son peuple!"

Traduit par Feiga Lubecki

Mise à jour le
Aharon
http://www.milah.fr