Les fêtes juives
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Pourim avec le Rabbi de Ruzhin

Ce Pourim s'annonçait bien triste à la table de Rabbi Israël, le Rabbi de Ruzhin, à Sadigora où il vécut de 1842 à 1851 après avoir été expulsé de Ruzhin.
Il semblait perdu dans ses pensées, bien loin, les yeux clos, fredonnant une mélodie du plus profond de lui-même.

Même Yossele de Brody, un joyeux personnage, le "fou" de la Cour du Rabbi n'arrivait pas à le dérider.
Yossele était le clown du Rabbi. Malgré tout le respect et la crainte qu'il ressentait envers le Rebbe, il était le seul à se permettre des plaisanteries, à raconter des histoires pour sortir le Rabbi des lointains horizons où sa pensée l'emmenait.
Il lui suffisait d'ouvrir la bouche pour que déjà le Rabbi esquisse un sourire. Pas de grands éclats de rire, dont le Rabbi n'était pas coutumier, mais un sourire. Pour les 'Hassidim un sourire du Rebbe était source d'une joie profonde et élevée, car ils savaient que ce sourire venait réparer nombre de choses du monde que le Rabbi a pour mission de corriger.

Rabbi Israël n'aimait pas la tristesse. Nul ne pénétrait chez lui sans s'être débarrassé des signes extérieurs … et intérieurs de tristesse. Il aimait à répéter que D.ieu apparaît au dessus d'un homme joyeux, et qu'une prière joyeuse est portée bien plus haut qu'une supplique maussade, et c'est pourquoi D.ieu y répond favorablement. La tristesse n'étant qu'une invention du mauvais penchant pour séparer un juif de D.ieu.
Paraphrasant un proverbe de nos Sages, il disait que là où un Mitnaged (opposant à la 'Hassidouth) joyeux se trouve, un 'Hassid triste ne peut se tenir.
Mais ce n'est pas pour autant qu'il se permettait de rire.
Etre joyeux c'est une chose, rire en est une autre.
La joie d'un juif est quelque chose d'intérieur, disait il. Pas une manifestation superficielle comme chez d'autres, pas une manifestation liée à la satisfaction d'un plaisir.

Une seule fois dans l'année le Rabbi riait, à Pourim, de toutes les farces qu'inventait Yossele de Brody, déguisé et grimaçant au possible.
Rabbi Israël disait que Pourim est le jour où l'on peut vaincre le mauvais penchant, effacer les méfaits d'Amalek et notre Amalek intérieur, et pour cela il faut prendre ses propres armes, ses façons d'être et de s'habiller.
Ainsi il pense que cet homme est déjà "cuit", qu'il est tombé dans ses rets, et qu'il n'a plus besoin de s'acharner sur lui.
C'est pourquoi on se déguise, c'est pourquoi on boit, au point de ne plus faire de différence entre "Maudit soit Haman" et "Béni soit Mordekhaï", au point que le satan lui-même ne peut plus faire de différence entre le Juste et le mécréant, entre celui qui est pour D.ieu et celui qui Lui est opposé.

Grande était donc la déception des 'Hassidim de constater que les pitreries de Reb Yossele n'arrivaient pas à dérider le Tsaddik.
Nul doute qu'une grande accusation pesait là haut, au Tribunal Céleste, sur le Peuple Juif et que le Rabbi peinait à l'annuler.
Soudain, le Rabbi ouvrit les yeux et dévisagea l'assemblée, comme s'il arrivait d'ailleurs.

Yossele, quoique lui aussi chagriné par cette absence du Rabbi, comprit que le moment était arrivé.
"Rabbi, j'ai une plainte à vous présenter. Notre sort est bien plus dur que celui des autres 'Hassidim dans ce monde et dans le monde à venir"
Lle visage du Rabbi reprit quelques couleurs. Il se tourna vers Yossele.
"Qu'est ce que cela signifie, Yossele?
Rabbi, c'est simple. Partout, lorsqu'un 'Hassid se prépare à partir voir son Rebbe, voyez tous ces préparatifs de la maîtresse de maison pour lui rendre son voyage agréable.
Il emporte des provisions pour la route, on l'accompagne et on lui accorde un flot de bénédictions.
Ses voisins eux-mêmes lui accordent considération et aide matérielle.
Arrivé chez le Tsaddik sa peine est immédiatement récompensée: il voit son Maître à tout instant, est reçu quand il le souhaite par le Tsaddik, s'assied à ses côtés et s'entretient avec lui, chante et danse avec lui. Son séjour est pure satisfaction.
Ca, c'est pour ce monde.
Et arrivé la haut, ça continue.
Lorsque son âme arrive devant le Trône Divin pour rendre des comptes de son passage dans les mondes inférieurs, on lui demande: qu'as tu fait là bas?
J'étais un 'Hassid!
'Hassid de qui?
Mon Maître est le Saint Rabbi de Pitchivka répond le 'Hassid avec frayeur.
Un juif qui a été attaché à un tel Juste ne saurait être coupable. Envoyez le directement au Gan Eden!
Mais qu'en est il de vos 'Hassidim, mon Maître?
L'enfer dans ce monde, et l'enfer dans le monde futur!
Lorsqu'un 'Hassid de Sadigora décide de partir voir le Rebbe, il doit se cacher de sa propre femme, quitter en pleine nuit pour que nul ne le voie, car vos élèves sont persécutés par tous.
Durant son voyage il n'avoue à personne sa destination finale, pour ne pas être la risée de tous.
Au terme de son éprouvant voyage, lorsqu'il arrive ici, il doit attendre plusieurs jours avant de voir notre Maître, traverser un océan de sueur et de bousculade pour arriver à toucher le bout de sa main et entendre un mot de bienvenue de sa part.
Que ne faut il pas traverser pour arriver à voir son visage à sa table de Chabbath, s'il se risque à traverser une salle remplie de milliers de 'Hassidim. Et lorsqu'il part, les seuls mots qu'il entendra de son Rebbe, c'est "pars en paix!"
Ca, c'est pour ce monde.
A 120 ans, lorsqu'il arrive dans le monde de vérité, on lui demande "qu'as tu fait de ta vie, il répond avec détermination qu'il était un 'Hassid de Ruzhin, tant il est sûr que la force de notre Saint Maître le sauvera du Jugement et des souffrances du guehinom.
Quelle n'est pas sa surprise d'entendre la sentence: "un 'Hassid de ce Saint Tsaddik aurait du faire bien plus d'études et de bonnes actions! Envoyez le au guehinom!
C'est ainsi que vos élèves sont persécutés dans ce monde et écartés du monde futur!

Mais si c'est ainsi, pourquoi ne vas tu pas te chercher un autre Rabbi? Demanda le Tsaddik en souriant?
Parce que Yossele il pense qu'il vaut mieux endurer le guehinom d'un 'Hassid de Ruzhin plutôt que leur Gan Eden!

Le Rabbi partit d'un grand éclat de rire, puis un second éclat de rire, ce que l'on n'avait jamais vu chez lui.
Puis il commenta "Heureux le peuple qui a tout ceci, heureux le peuple dont Hachem est le D.ieu" (Tehilim, 144, 15)

Heureux est le Peuple d'Israël et heureux son sort, même s'il a tout ceci, tant de souffrances dans son exil, plus que les autres Nations.
Malgré cela, heureux le peuple dont Hachem est le D.ieu, Israël se considère heureux dans ce monde, et accepte amour et joie ces souffrances, parce que Hachem est son D.ieu.
Il se dit "mieux vaut ces souffrances et persécutions et être proche de D.ieu, être éclairé de la Présence Divine, plutôt que vivre dans la tranquillité livré au mauvais penchant.
Et le Rebbe partit une troisième fois d'un grand éclat de rire.
L'assemblée fut illuminée de la joie du Tsaddik, et tous se mirent à chanter, à danser.
Tous avaient compris que le Rabbi venait de marquer un point devant le Tribunal Céleste, que toutes les accusations pesant sur le Peuple Juif étaient effacées, que même les mondes supérieurs partageaient la joie du Rabbi, et que les Portes de la Délivrance et des la Miséricorde étaient ouvertes.

Sippourei Ha'Hag - Pourim, de Mena'hem Mendel