Les fêtes juives
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Un secret de Pourim

Nissan était un homme riche qui vivait à Yargin, une petite ville près de Presbourg, la ville capitale de la Tchécoslovaquie. Lorsqu'il est jeune, il avait été un étudiant à la célèbre Yeshiva de Presbourg. Lui et son épouse étaient mariés depuis de nombreuses années, mais n'avaient pas encore été bénis par une naissance.
Quand, enfin, un fils leur naquit en 5583 (1823), c'est sans surprise, qu'il honora son Maître, le grand 'Hatam Sofer, Rav Moché Schreiber [1762-1839], pour effectuer la circoncision.
Malheureusement, la brit dut être reporté en raison de la faible santé du bébé. Ce n'est que plusieurs semaines plus tard que la Brit Milah fut annoncée pour le jour de ... Pourim !
À la brit, le 'Hatam Sofer débordait de "lumière, bonheur, de joie et honneur", selon les mots de la Méguilah.
Etait ce du fait de cette journée de Pourim, de la joie ressentie pour son élève ou une combinaison des deux, personne ne savait.
Après avoir terminé la circoncision, il trempa son doigt dans le vin, selon l'usage, pour en donner une goutte à l'enfant, et énonça à haute voix cette sentence de nos Maîtres "Nikhnas yayin yatza sod" "quand le vin rentre, le secret sort".
Le bébé reçut le nom très approprié de "Baroukh Mordekhai", "béni soit Mordekhay".
L'enfant grandit, et montra dès son plus jeune âge son aptitude à pratiquer scrupuleusement les Mitsvot. Mais au grand désespoir de ses parents, sa compréhension des textes de la Torah semblait bien limitée. Cela ne fit que s'accentuer après sa Bar Mitsvah, lorsqu'il rejoignit la grande Yéchivah de Pressburg.
Assidu, il l'était, assis du matin au soir devant les livres saints. Mais si on lui demandait de répéter sa leçon ou de la commenter, il s'en avérait incapable.
Ses camarades s'en amusaient fort, et n'hésitaient pas à tourner quelques pages ou à changer de volume s'il s'absentait un instant. Il revenait s'asseoir et poursuivait sa lecture sans se rendre compte qu'il avait changé de sujet.
Lorsqu'il eut 18 ans, le Ktav Sofer, qui avait remplacé son père à la tête de la Yéchivah, conseilla à ses parents de l'envoyer en Erets Israël. Peut être verrait il là bas se concrétiser les paroles de nos Sages "l'air de la Terre d'Israël rend sage" et pourrait ainsi avancer dans son étude.
Les parents acceptèrent, se disant que là bas il pourrait ainsi trouver une bonne épouse.
Baroukh Mordekhai arriva à Jérusalem, armé d'une lettre de recommandation de Rabbi Shraga Feldheim, le recteur de la Yéchivah, résumant ses qualités: "véritablement pieux, prie avec dévouement, et son désir d'apprendre la Torah est sincère et énorme"
Un des grands personnages d'alors, le Rabbi Yeshaya Bardaki adopta Baroukh Mordekhai, veillant à son installation et à tous ses besoins. Il fut impressionné par son bon caractère, sa piété, mais resta étonné qu'un jeune homme de son âge qui n'avait fait rien d'autre qu'étudier la Torah depuis son enfance n'ait rien pu retenir.
A l'âge de 20 ans, Rabbi Yeshaya Bardaki lui proposa un bon parti, une fille simple d'une bonne famille de Jérusalem, qui ne s'offusquait pas de marier leur fille à un ignorant.

Baroukh Mordekhai décida de gagner sa vie comme porteur d'eau.
Honnête et régulier, il ne tarda pas à devenir le fournisseur préféré de la communauté. Chaque Roch 'Hodech, le premier jour du mois juif, il livrait gratuitement ses clients habituels, par crainte qu'il leur ait livré des seaux non pleins le mois précédent, alors même qu"il veillait chaque jour à la précision de ses livraisons.
Pendant plus de quarante ans, Baroukh Mordekhai s'activa à la tâche. Sa plus grande satisfaction était de livrer de l'eau chez des érudits, et il mettait un point d'honneur à ne rien recevoir d'eux pour celà.
Il était toutefois perturbé par le fait que le Rav Yehuda Leib Diskin refusait ses services. "Je ne peux pas me permettre de me faire servir par des gens comme Baroukh Mordekhai, répétait il, sans expliquer plus clairement.
Pourim 5653, 1893.
Les notables et les érudits de la ville festoyaient chez le Torat Chesed, Rabbi Schneur Zalman Fradkin de Lublin.
Ce fut une fête particulièrement joyeuse, à laquelle chants et danses alternaient avec des mots de Torah, autour d'une table fournie en vins et victuailles.
Baroukh Mordekhai se leva tout à coup, et dit à son hôte: Rabbi, cela fait aujourd'hui 70 ans que j'ai été circoncis!
Un sourire poli parcourut l'assistance. Une telle remarque de la part du porteur d'eau ne pouvait être que l'effet du vin!
Si c'est ainsi, répondit le Rav Schneur Zalman, il te revient une bonne rasade de "lechaïm". Un grand verre d'un vin fort fut servi, auquel Baroukh Mordekhai ne laissa guère le temps de s'évaporer.
L'effet fut immédiat. Baroukh Mordekhai et commença à chanter et danser encore plus fort.
Le Rav surprit tout le monde en s'écriant: "peux être pourrais tu arrêter de faire le fou et nous honorer de mots de Halakha et Haggada?
Baroukh Mordekhai grimpa sur la table sous les regards amusés de l'assistance. "Qu'est ce qu'il va nous sortir?"
Mais les sourires s'effacèrent vite. Baroukh Mordekhai, le simple porteur d'eau, se mit à parler de Pourim, émaillant son discours de citations complexes du Talmud, de Midrachim et de passages du Choul'han Aroukh. Au fur et à mesure de son discours, il apparaissait que le porteur d'eau était un érudit hors pair, et rien n'aurait pu l'arrêter, si ce n'est l'effet du vin.

Rav Yeochoua Yehouda Leib Diskin

Avant même la fin de la fête, la nouvelle avait fait le tour de la ville, et tous se demandaient comment on avait pu passer pendant plus de quarante ans sans percevoir la grandeur de cet homme, le considérer comme un ignorant et le faire travailler comme porteur.
Seul le Rav Yehuda Leib Diskin ne s'était pas arrêté aux apparences.
Les vieux de la communauté évoquèrent alors les paroles du 'Hatam Sofer le jour de la Brit Milah: Nikhnas yayin yatza sod "quand le vin rentre, le secret sort".
Cette petite phrase mystérieuse venait de trouver son sens, d'autant que la valeur du mot yayin, le vin, youd, youd, noun, est de soixante dix, comme l'âge de Baroukh Mordekhai.

 


Traduit de Yerachmiel Tilles
http://www.chabad.org/holidays/purim/article_cdo/aid/644260/jewish/A-Purim-Secret.htm
Adapté de Yérouchalaïm chel Maala