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Les fêtes juives
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Réalisé par Aharon
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Pourim d'Istanbul.

Rabbi Moché Hamoun était le médecin personnel du Sultan Soleiman le Magnifique de Turquie.
Il avait hérité cette charge et ces honneurs de son père, Rabbi Yossef Hamoun, qui avait fuit l'Espagne et l'Inquisition en 1492 pour éviter une conversion forcée. Héritier d'une longue chaîne de Sages et de médecins espagnols qui avaient été des proches des familles royales d'Espagne, il avait vite été remarqué par le sultan qui l'avait pris à son service.
Rav Moché avait su mettre tout son talent et sa sagesse au service des intérêts du Sultan et de sa communauté.
En 5290 (1530), un juif avait été accusé de meurtre rituel. Rabbi Moché Hamoun avait depuis obtenu que toute stupide accusation de ce genre soit jugée par le Sultan directement, et que les enquêtes seraient menées sous la surveillance personnelle du Sultan.
Rabbi Moché Hamoun fut un jour appelé d'urgence au Palais. Il trouva le Sultan hagard, tremblant, effrayé. Le monarque lui raconta qu'il avait fait un rêve terrible.
Il avait entendu une voix menaçante: "Soleiman, Soleiman, pourquoi dors tu? Comment peux tu te taire? Je suis le Prophète, envoyé par le ciel pour te demander de tuer ces Juifs infidèles. Dans trois jours, tu dois décréter que tous les Juifs du Royaume doivent accepter la religion de Mahomet. Tous ceux qui refuseront la conversion devront quitter le Royaume, ou périr. Hommes femmes et enfants, tous devront mourir. Lèves toi, Soleiman, et accomplis mon ordre si tu tiens à la vie!"
Rabbi Moché Hamoun fut saisi de tremblements. Il se jeta aux pieds du Sultan pour implorer sa grâce pour tous ses frères juifs.
"Ce n'est qu'un vain rêve Majesté. Cessez de penser à ces choses qui ne sont que des chimères".
Le Sultan fut un peu rassuré.
Rabbi Moché s'en retourna chez lui, espérant avoir convaincu le Sultan.
Il fut rappelé au Palais le lendemain matin de bonne heure.
Le Sultan était encore plus bouleversé que la veille. Il tremblait de tout son corps et raconta au médecin avoir fait le même rêve.
"C'était terrifiant. Même après m'être réveillé, j'entendais encore la voix menaçante du Prophète…
Rav Moché, mon bon ami, je vais être obligé d'obéir à cet ordre du ciel. Prends les tiens et fuies tout de suite!"
Rabbi Moché se jeta à nouveau aux pieds du Sultan. Il le supplia de ne rien faire de cet ordre injuste et cruel et insensé.
Comment sa Majesté qui est intelligente et ouverte peut elle s'en prendre à ces citoyens paisibles et fidèles que sont les Juifs du Royaume? Qu'ont ils fait qui justifierait qu'on les traite avec tant de cruauté?"
Le Sultan accepta d'attendre encore un jour. Il craignait cependant le courroux du Prophète, et si le rêve se répétait il serait bien obligé de s'exécuter…
Rabbi Moché réunit tous les responsables de la communauté pour les tenir au courant de ce qui se passait. Un jeune fut décidé pour les hommes les femmes et les enfants, et tous se rassemblèrent dans la grande synagogue pour implorer la miséricorde divine.
Le soir, Rabbi Moché se dirigea vers le Palais, se répétant que seul D.ieu dans sa grande bonté pouvait les sauver.
Chemin faisant, il fut accosté par un vieillard inconnu qui lui tendit la main.
"Chalom aleikhem, Rabbi Moché. Vous avez l'air bien soucieux. Quelle est la cause de vos tracas?"
Rabbi Moché salua son compagnon, et lui raconta du bout des lèvres ce qui se passait. "Tu n'es pas d'ici, tu n'est pas au courant de ce qui peut arriver" conclut-il tristement.
"Notre D.ieu qui est au ciel est grand et puissant, répondit le vieillard. Ni il dort, ni il sommeille. Il garde son peuple à chaque instant, en toute situation. Puis je te conseiller de t'intéresser à ce qui se passe derrière la porte secrète de la chambre du Sultan?"
Rabbi Moché leva les yeux au ciel, pour remercier D.ieu de cette bonne idée. Il voulut en remercier son hôte, mais il avait déjà disparu dans la foule.
Rabbi Moché n'avait pas le temps de se poser plus de question. Il poursuivit sa route vers le palais, et y fut reçu par le Sultan dans ses appartements privés. L'inquiétude du Sultan se lisait sur son visage.
"Que sa Majesté soit rassurée, je crois pouvoir résoudre cette énigme. Mais que sa Majesté me dise. Il y a-t-il une porte secrète dans sa chambre à coucher?"
Le Sultan devint pensif. C'est vrai que dans son enfance, son père, le sultan précédent lui avait confié qu'il existait une porte secrète, par laquelle on pouvait fuir le palais en cas de danger. Il lui avait recommandé de ne jamais révéler ceci, afin de garder cette possibilité de fuite secrète.
Rabbi Moché était au comble de la joie. Il savait qu'on tenait là la clé des apparitions nocturnes du "Prophète". Il demanda au Sultan de poster dans le plus grand secret quelques hommes de sa garde personnelle dans la chambre à coucher royale, et demanda la permission de passer la nuit lui aussi dans la chambre, chose que le Sultan accepta.
La nuit dura une éternité. Non pas pour le Sultan qui s'était endormi, rassuré par la présence et la tranquillité apparente de Rabbi Moché, mais pour Rabbi Moché et les gardes. Les gardes, l'arme à la main, guettaient près de la porte secrète.
Un petit bruissement précéda l'appel.
"Soleiman, Soleiman, pourquoi dors tu? C'est le dernier avertissement. Je suis …"
Le "Prophète" n'eut pas le temps de terminer sa harangue. Les gardes avaient ouvert la porte, s'étaient saisi du "prophète" et l'avaient traîné à l'intérieur de la chambre.
Le Sultan, réveillé par l'appel et le tumulte qui l'avait suivi s'aperçut avec effroi qu'il s'agissait de son Vizir, connu pour sa haine des Juifs en général, et du médecin juif en particulier.
Le Vizir fut pendu le jour même sur la place publique, et le Sultan rassura Rabbi Moché sur la confiance qu'il continuait à accorder aux Juifs du Royaume.
Les Juifs d'Istanbul apprirent la bonne nouvelle et décidèrent de la fêter comme un jour de Pourim.
Et le vieillard, demandez vous? C'était bien sûr le Prophète Elie en personne, celui qui apporte toujours aux juifs persécutés la délivrance du Ciel.
Traduit de 'Haguei Oumoadei Israël
Rapporté dans COALJ  143, Adar 5726.

Aharon
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