Les Portes de Nicanor

D'après le Talmud Yoma, 38, 1.

Nicanor vivait en Terre d'Israël à l'époque du second Temple. Il souhaitait de tout son cœur participer à la Mitsvah d'embellir le Beth Hamikdach.
Il décida d'offrir des portes de toute beauté pour l'enceinte du Temple. Il se mit en route pour Alexandrie, où se trouvaient des artisans réputés, et fit fabriquer deux vantaux de bronze de la meilleure qualité, gravés et ciselés par les meilleurs artistes de la ville. Durant plusieurs mois Nicanor visitait chaque jour ses ouvriers les pressant de faire le meilleur travail et dans les plus brefs délais.
Le jour vint où Nicanor put contempler ses deux merveilleuses portes de bronze, brillant comme de l'or pur, et dont les fins dessins rehaussaient la splendeur.
Soigneusement emballées, les lourdes portes furent acheminées jusqu'au port, et chargées sur un bateau spécialement affrété pour le transport. Nicanor était bien sûr du voyage, veillant à ce que rien ne puisse abîmer ces chefs d'œuvre.
Survint un jour une terrible tempête. Le bateau lourdement chargé était difficile à manœuvrer et le pont était balayé par de grosses vagues qui risquaient d'un instant à l'autre de faire chavirer le bateau.
Les marins effrayés s'en vinrent auprès de Nicanor. "Allons nous périr noyés à cause de tes portes?"
Le capitaine avertit Nicanor qu'il faudrait jeter une des portes à la mer pour alléger le navire. Malgré toutes les supplications de Nicanor, il n'y eut pas d'autres possibilités pour maintenir le bateau au dessus des lames.
Mais ceci ne fit rien, pas plus que les larmes de Nicanor, et le navire était de plus en plus ballotté par les vagues.
Il va falloir jeter la seconde porte si nous voulons nous en sortir avertit le capitaine. Sans attendre les marins s'approchèrent de la seconde porte pour exécuter l'ordre. Mais Nicanor se jeta sur la porte s'agrippant aux cordages qui la fixaient sur le pont. "Si vous la jetez, jetez moi avec!".
Les marins n'étaient pas prêts à cela.
La mer se calma immédiatement, et le bateau put continuer sa route vers Acco.
La splendide porte fut débarquée, et Nicanor était partagé entre la joie d'avoir apporté cette merveilleuse porte et la tristesse d'avoir perdu la seconde. Il s'imaginait la porte au fond de la mer, offerte aux seuls regards des poissons, alors que l'autre faisait l'admiration de tous les amis venus l'accueillir au port.
Son regard fut soudain attiré par quelque chose qui brillait sous l'eau. Sa porte! Rien de moins que sa lourde porte de bronze, flottant au gré des vagues à côté du bateau!
Tout le monde fut ému du miracle qui venait de se produire et que Nicanor avait mérité de façon certaine par son dévouement pour embellir la Maison de D.ieu.
Les deux battants de la porte furent emportés en grande fête jusqu'à Jérusalem, et on leur donna une place d'honneur: la porte de l'Est, entre la Cour des Femmes et le Temple, face à l'entrée du Sanctuaire.
Par la suite, toutes les portes du Temple furent changées ou enrichies par des plaques d'or, mais jamais ces portes qui gardèrent le nom de Portes de Nicanor ne furent changées, en souvenir du miracle qui s'était produit.
Et jusqu'à la destruction du Temple, ces portes continuèrent à briller comme de l'or aux yeux de tous.

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