Moussaf de Yom Kippour
La Avodah

Le Service Divin du Grand Prêtre au Beth Hamikdach de jadis, était le point culminant de tout l'office de Yom Kippour. Il était impressionnant et plein de solennité. La source du commandement, ou plutôt des commandements, ayant trait à cette Avodah se trouve dans la Sidra A'harei-Moth au Livre de Vayikra (Lévitique), qui constitue la lecture de la Torah le matin de Y om-Kippour.
Tous les détails du Service Divin sont décrits dans la Michnah du traité de Yoma, et dans le traité de Maïmonide consacré aux Lois du Culte de Kippour.
Depuis la destruction du Beth Hamikdach - les prières s'étant substituées aux sacrifices et aux offices dans le Beth Hamikdach - la Avodah dans le Ma'hzor (Livre de Prières des Fêtes) est également l'une des parties les plus solennelles de l'office de Yom Kippour, marquée par des prosternations répétées, ainsi que le faisaient dans le Saint Temple les Cohanim (prêtres) et toute l'Assemblée des fidèles.
La Avodah, récitée au coeur de l' office de Moussaf, est l'un des moments les plus hauts de la journée à la Synagogue. Elle fut composée sous une forme poétique par le Pâytan Rabbi José ben José, l'un des plus anciens poètes juifs . Il vécut il y a environ 1400 ans, au temps où le Talmud fut édité sous sa forme définitive par les Rabbanan Sébouraï, successeurs des Amora'im. De Rabbi José ben José Hayatome ("l'orphelin"), on possède peu de détails biographiques. On sait seulement qu'il vécut en Terre Sainte. Sa naissance est probablement postérieure à la mort de son père, car on lui donna le nom même de celui-ci, et de plus le surnom de "l' orphelin" . Il était l'objet de beaucoup d'affection et de respect, et on l'appelait "le Grand-Prêtre". C'était un Cohen; c' est sans doute l'une des raisons pour lesquelles il donna une forme poétique à la Avodah du Grand-Prêtre au Beth Hamikdach d'antan, et que nous récitons à ce jour. Il est aussi l' auteur des touchantes prières de Malkhiyoth, Zikhronoth et Chofroth, (évocations de Sa Royauté, du Souvenir de la Création, et des Sonneries du Choffar) qui constituent une partie de l'office de Moussaf de Roch Hachana.
Son style est riche, son expression dramatique et imagée, sans pour autant perdre de sa précision. Il fait des allusions fréquentes aux paroles et enseignements des Sages du Talmud et des Midrachim. Il ne se sert pas de rimes ; c' est une prose poétique, utilisant l' acrostiche alphabétique . chaque verset commençant par une lettre de l'Aleph Beth hébraïque. L'auteur use de variations, commençant un certain nombre de versets avec la première lettre, poursuivant d'égale manière avec la seconde et progressant ainsi jusqu'à l'épuisement des vingt-deux lettres de l'alphabet ; puis, inversant le procédé , il commence par la dernière lettre (tav) et remonte, suivant la même progression, jusqu'à la première. Dans le Ma'hzor, conformément au rite Sépharadi (et 'Hassidique), la Avodah commence par l'introduction Atta Conanta ("Tu as établi le monde depuis le commencement").C'est un poème épique d'une grande beauté qui décrit comment Dieu créa le monde et le premier homme auquel Il donna aussitôt un commandement à accomplir. Mais Adam désobéit à Dieu et fut chassé du Jardin d'Eden. Toutefois, l'Eternel, dans Sa miséricorde, ne l' anéantit pas ; au contraire, Sa bénédiction permit à Adam et Eve d' avoir tant d'enfants qu'ils en emplirent la terre. De nouveau l'humanité tomba dans le péché, et Dieu choisit Noé et sa famille dont la vertu sauva le monde et les hommes. Encore une fois, ces derniers faillirent ; ils essayèrent d'élever une tour jusqu' au ciel dans le but de combattre Dieu, et à nouveau Dieu fut miséricordieux. Alors se leva l'étoile brillante d' Abraham, seul et unique serviteur de l'Eternel dans sa génération, et que Dieu choisit pour être le père de la grande nation juive. Il lui donna un fils parfait, Isaac, et celui-ci eut à son tour Jacob , lequel donna naissance aux douze tribus d'Israël. D' entre celles-ci, Dieu choisit la tribu de Lévi, et de cette tribu Il choisit Aaron pour être le Grand Prêtre. Ainsi le poète nous amène jusqu'à l'office saint de Yom Hakippourime qui fut conduit par Aharon le Grand-Prêtre, et après lui par les Grands Prêtres qui descendirent d'Aharon. Suit une description sous forme poétique de tout l' office (Avodah).

D'autres Versions
Rabbi José ben José écrivit également une autre version de la Avo
dah commençant par Azkir Gvouroth ( "Je mentionnerai les puissantes actions de l'Eternel"). Là aussi il use de l' acrostiche alphabétique, mais chaque lettre est utilisée dix fois. Dans le Ma'hzor du rite Achkénazi, on y trouve même une troisième version, commençant par Amitz Koa'h ("Fort et Puissant"), et où l' auteur a utilisé le triple alphabet, chaque lettre revenant trois fois.
Les points culminants de la Avodah sont les confessions du Grand-Prêtre et les prosternations de tous les fidèles quand le Nom de Dieu est prononcé par lui. En voici le texte : "Ainsi disait-il [le Grand Prêtre] : ô Eternel, j' ai péché, j' ai commis l'iniquité, j' ai agi contre Toi, moi et toute ma maison. Je Te supplie par Ton Nom : absous les péchés, les iniquités et les transgressions que j' ai commises contre Toi, moi et toute ma maison. Ainsi qu'il est écrit dans la Loi de Moïse, Ton serviteur, dictée par Ta glorieuse bouche : "Car en ce jour vous expierez afin que vous soyez lavés de tous vos péchés devant l'Eternel".
"Et les Prêtres et les hommes debout dans le parvis et entendant, pleins de respect, le Nom glorieux et ineffable proféré par la bouche du Grand-Prêtre, dans la sainteté et la pureté, s' agenouillaient et se prosternaient, face contre terre, en disant :"Béni soit le Nom de Sa glorieuse Majesté à toujours et à jamais" ".
Vers la conclusion de la Avodah il y a un poème sur "l'apparence du prêtre" au sortir du Saint des Saints. Il commence en ces termes : "Tel le dais étendu du ciel était l' apparence du Prêtre. Tel l' éclair émanant de la splendeur des anges était l'apparence du Prêtre... ", et ainsi de suite, jusqu'à ce que l' alphabet soit entièrement utilisé. Suit une prière émouvante, dont voici le début : "Heureux l'il qui vit toutes ces choses. Mais d'en entendre seulement parler emplit notre âme de tristesse". D'autres prières et des confessions suivent, exprimant notre chagrin profond pour la perte du Beth Hamikdach et d'un service religieux aussi splendide que celui du Jour d'Expiation.
La Avodah se conclut avec les mots de complet abandon par lesquels nous nous en remettons totalement à la miséricorde Divine :"Que dirons-nous, et comment nous défendre? Et que Lui répondrons-nous, à Lui, Créateur de toute parole? Il nous a dispensé le bien, et nous y avons répondu par le mal. Quel droit avons-nous désormais d'adresser au Roi nos cris? ".

Extrait de Conversation avec les Jeunes.