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Les fêtes juives Un dossier Alliance Réalisé par Aharon |
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Ticha
BeAv, Tel Aviv 1932
Emprunté à
Kountrass News N° 25 une scène vécue à Tel Aviv en 1932.
Eté 2001: La municipalité de Tel Aviv a permis
le soir de Ticha Beav l'ouverture des restaurants. Cette décision a fortement
choqué. Certains ont ressorti des archives un texte datant de 1944 :
il décrit la situation de la ville de Tel Aviv d'alors. L'auteur, Daniel
Prisky, serait un proche parent de Chim'on Péres dont c'était
le nom de famille auparavant.
Il se peut qu'il existe
des Juifs de par le monde qui respectent le deuil de la destruction du Temple
avec plus de fidélité. Par contre, il ne fait aucun doute qu'il
est impossible de trouver ailleurs un public juif ressentant la tristesse de
ce deuil national - Tel Aviv reste spéciale en cela!
Le soir de Ticha Beav est le seul de toute l'année où la
ville est plongée dans une profonde obscurité. La lune, au ciel,
est encore réduite à la moitié de son éclat, et
sa lumière est faible et restreinte. Les rues sont peu éclairées:
les magasins et les divers commerces, les institutions publiques, les restaurants
et les théâtres, tout est fermé. Les voies de Tel Aviv portent
le deuil.
J'ai, à l'occasion, traversé la ville durant cette nuit, et la
peur et le tremblement m'ont assailli. Un silence de cimetière m'entourait.
Personne : même les policiers faisaient défaut. Un "couvre-feu"
national, non point imposé par les Britanniques, mais décidé
volontairement. Une tristesse décourageante qui frappe tout. Il me semblait
que Tel Aviv elle-même venait d'être détruite, que tous ses
enfants et ses habitants venaient de la quitter et que j'étais le seul
rescapé."
L'auteur continue en rappelant ses souvenirs de l'année 1932 :
" Un grand nombre d'intellectuels, d'enseignants et autres, se dépêchent
de venir écouter les Lamentations dans la belle synagogue séfarade
Ohel Mo'èd, qui impressionne par son architecture originale et
par ses divers attributs orientaux hauts en couleurs. Nombreuses sont les personnes
qui se pressent à l'entrée, mais les gardiens les en empêchent.
A l'intérieur, on ressent la douleur de manière notoire. Nos frères
d'origine séfarade dans toute leur simplicité lisent les Lamentations
d'une voix éplorée et triste, brisant le cœur; la tristesse en
ce lieu est tellement forte et profonde qu'on a l'impression que la destruction
du Temple a eu lieu l'an passé. Ayant quitté cette synagogue,
située re'hov Chadal, nous n'avons pas eu le courage de prononcer le
moindre mot. Nous sommes rentrés chez nous par groupes silencieux, comme
si nous revenions de l'enterrement d'un être proche. Nous, qui étions
des citoyens et des invités américains, nous nous sommes dirigés
vers l'avenue Rothschild et soudain, à ne pas en croire nos oreilles,
de nombreuses voix ont troublé la tranquillité de la ville en
deuil. Nous nous sommes rapprochés de l'endroit du délit, et qu'avons
nous vu?
Au coin de la rue Allenby, se trouve un kiosque d'eau gazeuse. Nous avons été
les témoins, parmi les personnes sortant de la synagogue, du scandale
suivant: le vendeur avait ouvert la porte arrière de son kiosque et avait
fourni à un jeune de ses connaissances un verre de boisson! De suite,
plusieurs dizaines de Juifs se sont rassemblés, brûlant de colère.
Leur sang bouillait devant cet acte impardonnable, du jamais vu dans les rues
de Tel Aviv le soir de Tich'a Beav. Avec fougue, le verre a été
pris des mains de ce jeune fautif, jeté par terre et brisé en
mille morceaux. Le jeune lui-même a été gratifié
d'une paire de gifles magistrales, afin qu'il sache ordonner à sa descendance
jusqu'à la dernière génération de ne pas profaner
le deuil national en public. Quant au vendeur, ils lui apprendront à
bien se conduire : dès le lendemain matin, ils avertiront le maire de
la ville, Méïr Dizengoff, de l'abomination commise, afin qu'il lui
retire sa licence de commerce...
Les temps ont bien changé…
Aharon Altabé
www.milah.fr