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Les
fêtes juives |
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Tsion,
Tsion ...
La première croisade, 4856 - 1096.
Traduit de Emek Habakha, la Vallée des pleurs
Rabbi Yossef HaCohen d'Avignon. (1496, #1598?)
La première croisade, 4856 - 1096.
A
l'époque de Philippe fils de Henri, roi des Francs, Pierre l'Ermite
s'en fut à Jérusalem, et constata les souffrances qui affligeaient
les incirconcis. A son retour, en 1096, il en fit part à ses frères,
et les rois d'Europe décidèrent d'aller guerroyer dans la terre
de Judée et à Jérusalem. Ils rassemblèrent de
tous les pays une grande foule innombrable, hommes et femmes, qui décidèrent
de faire le voyage.
Cette malheureuse année fut une période de souffrance pour tout
Israël, dans tous les endroits où passèrent les incirconcis,
Allemands et Francs, hommes cruels dépourvus de pitié pour les
vieillards comme pour les enfants. Ils proclamèrent: "vengeons notre
(faux) messie auprès de ces juifs, et éliminons-les d'entre
les peuples afin qu'il n'en reste aucun souvenir. Qu'ils adoptent notre croyance
et soient comme nous, et ensuite nous poursuivrons notre voyage".
Les juifs d'Allemagne prirent peur en entendant ces menaces, et ne purent
que se tourner vers D.ieu pour implorer sa clémence. Ils décrétèrent
des jeunes et des prières, mais les portes de la prière restèrent
fermées.
5 Iyar
Les ennemis arrivèrent à Spire le Chabbat 5 Iyar. Ils commencèrent
par tuer une dizaine de juifs qui refusaient d'abjurer. Il y eut là
bas une femme courageuse qui prit le couteau pour se tuer elle-même
car elle ne voulait pas renoncer à son D.ieu pour un culte idolâtre.
Elle fut la première à mourir. Le reste de la communauté
fut sauvé par l'évêque qui les prit en pitié, et
les mit à l'abri de la populace. Eléazar a pleuré sur
cette communauté.
23 Iyar
Le 23ème jour de ce mois d'Iyar, les maudits croisés
s'en prirent à la sainte communauté de Worms.
Nombreux s'enfuirent chercher refuge auprès de l'évêque,
car ils craignaient pour leur vie. La foule s'en prit au quartier juif, cherchant
dans les maisons ceux qui n'avaient pas fuit, et les tuèrent, sans
pitié pour les hommes ou les femmes. Ils détruisirent les maisons,
abattirent les tours des murailles, pillèrent les biens.
Rien ni personne ne put faire quelque chose pour épargner les juifs.
Les rouleaux de la Torah furent jetés à terre, piétinés,
déchirés. Tout fut détruit, et ils ne laissèrent
en vie que des petits enfants qu'ils détournèrent de D.ieu.
Unanimement, les juifs refusèrent de s'écarter de D.ieu, et
choisirent de sanctifier le Nom Divin en sacrifiant leur vie. Nombreux choisirent
de se tuer eux-mêmes, ou se faire tuer par leurs frères: des
pères de famille tuèrent leur femme, leurs enfants, des femmes
vertueuses préfèrent égorger leurs enfants en proclamant
l'Unité de D.ieu.
Roch 'Hodech Sivan
Sept jours plus tard, le premier jour du mois de Sivan, ils firent aux juifs
réfugiés chez l'évêque ce qu'ils avaient fait à
leurs frères. Ils les frappèrent, les martyrisèrent,
les tuèrent. Les juifs préférèrent échapper
à leurs bourreaux en se tuant eux-mêmes, et très peu échappèrent
à la mort. Ils mourut en ces deux journées là quelques
huit cent juifs. Parmi eux, un jeune nommé Sim'ha Cohen, qui fut traîné
jusque dans l'église pour y être baptisé de force. Il
tira de ses vêtements un couteau, dont il frappa à mort un proche
de l'évêque, avant d'être lui-même transpercé
par l'épée. Pour eux, je me lamente encore, et Eléazar
en son temps s'est lamenté sur le sort de cette communauté.
3 Sivan
La sainte communauté de Mayence apprit ce qui s'était passé,
et partit se réfugier auprès de l'évêque, pensant
y trouver un abri sûr. Le 3 Sivan, ils furent attaqués par les
ennemis, qui s'avança sans respect pour les vieillards ou pitié
pour les jeunes. Les juifs proclamèrent le "Chéma Israël"
et égorgèrent eux-mêmes leurs femmes et leurs enfants.
Les femmes elles-mêmes prirent part à cette sanctification du
Nom de D.ieu.
Pour ceux là, apprenez jeunes filles à porter le deuil, et les
femmes à enseigner les lamentations à une autre. Les anges eux-mêmes
pleurent sur cette communauté décimée à la hache
comme une forêt. Pour eux je garde le deuil, pour ces 1300 âmes
emportées par la tempête. Ne méritent ils pas que la colère
de D.ieu se calme?
Une soixantaine de pauvres hères s'étaient réfugiés
dans les appartements privés de l'évêque. Il les dispersa
dans les villages alentour, mais les ennemis les y rattrapèrent et
leur firent subir le même sort. En tout endroit où ils fuirent,
même les pierres des murs crièrent pour les dénoncer,
tant était grande la colère de D.ieu.
5 Sivan
Deux hommes convertis de force avaient échappé à ce massacre.
L'un se nommait Ouri, l'autre Its'hak fils de David le Parnass (chef de la
communauté), avec ses deux filles. Ils revinrent à D.ieu, le
D.ieu de leurs pères, et Its'hak tua ses filles la veille de la fête
de Chavouoth, mit le feu à la maison et ainsi s'éleva son offrande
à D.ieu. Ouri se rendit aussi dans la synagogue* devant l'arche* (traduction
incertaine), et ils périrent là bas dans les flammes, leurs
âmes montèrent ainsi au ciel.
Mon cœur frémit encore sur ces sacrifices livrés au feu, et
mon âme se refuse à toute consolation. D.ieu, prend leur combat,
prend le combat que ces âmes ont livré, prononce le jugement
qui convient, venge le sang de tes serviteurs répandu à terre,
ainsi qu'il est dit "et leur sang je ne le vengerai pas? Et Moi l'Eternel
Je résiderai à Tsion!" (Yoël, 4, 21).
L'annonce de ces crimes parvint à Cologne le cinquième jour
du mois de Sivan. Les juifs se réfugièrent en ville chez de
gentils Gentils. Au matin, une clameur terrible se fit entendre dans la ville.
Les malfrats se répandirent dans la ville juive, détruisirent
les maisons, pillèrent et brisèrent, incendièrent tout
ce qui s'y trouvait et rien ne put leur échapper. Ils se précipitèrent
vers la maison de prières, en sortirent les rouleaux de la Torah, les
profanèrent et les piétinèrent en ce jour du Don de la
Torah. D.ieu ne prend il pas ceci en compte? D.ieu de vérité,
je souhaite voir ta vengeance car nous te confions ce combat.
Ils attrapèrent un certain Its'hak qui n'avait pas voulu s'enfuire,
le conduisirent de force à l'église. Au lieu de se prosterner,
il cracha sur leur idole, les insulta et les maudit. Ils le mirent à
mort, ainsi qu'une autre femme qu'ils avaient attrapée.
10 Sivan
Au dixième jour du mois, après le passage des brigands, l'évêque
fit chercher les juifs réfugiés en ville pour le mettre à
l'abri dans les villages. Il les répartit dans sept hameaux, où
ils se cachèrent jusqu'au septième mois. Ils y restèrent
à prier, jeûner chaque jour.
11 Sivan
Le lendemain, les ennemis se rendirent dans le village de Neuss, accompagné
de la racaille locale, et ils tombèrent sur le Juif Chmouel fils de
Acher et ils le lapidèrent lui et ses deux fils. La foule s'en fut
en écrasant son corps dans la boue, alors que ses deux fils furent
pendus à la porte de leur maison.
12
Sivan
Le lendemain, ils s'en prirent aux malheureux juifs de la ville de Wivelinkava,
pour les attraper. Là bas se cachait le vieux Rabbi Chlomoh fils de
Chmouel, et sa fille, la vieille Ra'hel ainsi que Rabbi Chlomoh HaCohen et
d'autres qu'il avait emmenés avec lui pour s'y réfugier. A l'arrivée
des ennemis, les juifs préférèrent se tuer plutôt
que tomber entre leurs mains, et ils se jetèrent dans les marais qui
entourent le village, femmes et enfants, jeunes gens et jeunes filles, vieux
et vieilles ensemble. Ils montèrent devant D.ieu comme un sacrifice
parfait.
Il y avait parmi eux un vieillard nommé Rabbi Chmouel fils de Rabbi
Yé'hiel. C'était un homme intègre et droit, craignant
D.ieu et s'éloignant du mal. Il avait avec lui son fils, un homme costaud,
qui s'était enfuit avec lui dans les marais. Le fils tendit le cou,
et le père prit son couteau, récita la bénédiction
sur la che'hitah. Le fils répondit "Amen" avec toute l'assemblée
et le père égorgea son fils. (…)
Il y avait encore un jeune homme, bedeau de la synagogue, du nom de Mena'hem.
Le vieillard lui demanda de l'égorger à son tour, sur le cadavre
de son fils. Le bedeau se fit violence et tua Rabbi Chmouel, avant de mourir
à son tour. De nombreux autres choisirent la mort plutôt que
vivre face à leurs ennemis et renier le D.ieu d'Israël. D'autres
se jetèrent à l'eau et il ne survécut que deux ou trois
personnes de toute cette communauté.
Début du mois de Tamouz
Au troisième mois de cette maudite expédition, ils passèrent
par l'épée les Juifs de Ilinda, dont peu purent échapper,
et pillèrent tout.
Ils prirent ainsi Rabbi Its'hak, le frappèrent, le mirent à
la torture, et le traînèrent inconscient pour le baptiser. Il
sortit de son coma au troisième jour, pour se jeter dans le Rhin. C'est
de lui que le texte dit "je les ramènerai des profondeurs de la mer".
4 Tamouz
Le quatrième jour du mois, veille de Chabbath, ils revinrent à
Ilinda pour achever leur œuvre et détourner de D.ieu les survivants.
Ils étaient trois cent, qui se rassemblèrent et implorèrent
D.ieu. Ils désignèrent quelques hommes courageux pour égorger
les autres: Rabbi Guerchom, Yéhoudah et son frère, fils de Avraham,
Rabbi Peter, Rabbi Yéhoudah et Rabbénou Chmouel le Lévi.
Ils saisirent leur épée, fermèrent la porte devant leurs
ennemis et égorgèrent tous leurs compagnons. Puis Rabbi Peter
fit de même à ses quatre compagnons, et se jeta du haut de la
tour, et mourut ainsi devant D.ieu. Il ne resta que deux jeunes enfants qui
survécurent à leur propre égorgement.
Dans la soirée, ce fut le tour des Juifs de Zanta du subir les mêmes
attaques, à l'entrée de Chabbath. Ils moururent en sanctifiant
le Nom Divin. Rabbi Yéhoudah creusa une fosse dans le sol, récita
la bénédiction du sacrifice et se trancha le cou. Tous s'écrièrent
"Chéma Israël.." Il n'en survécut que quelques-uns uns,
retrouvés gisant dans une mare de sang.
7 Ména'hem Av.
Au quatrième mois, le septième jour, les troupes de brigands
s'en prirent à la malheureuse communauté de Mira. Ils firent
le siège de la ville. Les habitants qui virent une multitude innombrable
entourer la ville, et qui exigeait qu'on leur livre les Juifs afin qu'ils
leur fassent subir le même sort que leurs frères des autres villes.
Le maire de la ville sortit à la rencontre des meneurs pour implorer
le salut des Juifs. Il fut conclu qu'il demanderait aux Juifs de renier leur
religion pour pouvoir garder la vis sauve.
De retour dans la ville, il convoqua les Juifs et leur tint ce langage: "vous
savez tout ce que j'ai fait pour vous depuis toujours. Je vous ai toujours
sauvé de toute iniquité, et aucun d'entre vous ne peut se plaindre
d'avoir été maltraité ou spolié jusqu'à
ce jour. Mais vous voyez de vous-même qu'aujourd'hui une menace nouvelle
se trouve à nos portes, contre laquelle je ne peux rien faire. Ces
enragés qui sont à nos portes peuvent jusqu'à détruire
la totalité de la ville, et nous tueront tous sans distinction. Vous
avez le choix. Ou vous acceptez de devenir comme nous, ou vous persistez dans
votre refus de vous joindre à nous, et vous serez livrés à
ces gens qui feront de vous ce qu'ils ont fait partout où ils sont
passés. Le choix est entre vos mains, et je suis déchargé
de toute responsabilité dans votre sort. Tous répondirent d'une
belle unanimité qu'ils préféraient mourir en bonne entente
avec D.ieu plutôt que vivre dans l'opprobre. Ils remirent leur sort
entre les mains du maire, qui tenta d'user de ruse pour les amener à
"de meilleurs sentiments".
Il fit sortir une partie des juifs emmenés par ses hommes, qui revinrent
peu de temps après les épées ensanglantées du
sang d'animaux qu'ils avaient tués, afin de leur faire croire que leurs
compagnons avaient été tués.
"Voyez ce qu'il est advenu à vos frères. C'est le sort qui vous
attend si vous n'acceptez pas de vous convertir."
Tous s'écrièrent qu'ils n'avaient pas d'avenir en tant que chrétien,
que leur seule volonté était de servir le D.ieu Un, et de ne
se référer qu'à lui, sans s'écarter d'un pouce
de Sa Volonté exprimée par notre Maître Moïse.
Le maire fit revenir ceux qu'il avait mis à l'écart par ruse,
et les mit tous en prison par petits groupes afin qu'ils n'en viennent pas
à se sacrifier comme cela s'était passé dans les autres
villes.
Il y avait parmi eux deux jeunes femmes, Gentila et Rivkah, dont l'une accoucha
d'une petite fille. Lorsqu'elles furent entourées d'ennemis, elle eurent
pitié du sort de l'enfant et l'entourèrent de chiffons avant
de la précipiter du haut de la tour où elles étaient
gardées. Lorsque les ennemis virent ceci, leur cruauté redoubla
et ils vinrent les capturer pour les forcer au baptême. Certains furent
tués par la foule d'autres traînés jusqu'à l'église
où ils abjurèrent.
9 Ména'hem Av.
Il y avait parmi eux un homme du nom de Chmaria, qu'un secrétaire du
maire proposa de sauver. Il prit en dépôt tous ses biens puis
l'emmena en forêt avec sa femme et ses enfants, où il resta caché
jusqu'au neuvième jour du mois. L'homme le pressa d'envoyer ses enfants
à Spire, chercher les autres biens qu'il avait, puis les empocha avant
de les livrer aux ennemis. Les habitants du village se réjouirent d'avoir
capturé ce juif très connu, et lui accordèrent un sursis
jusqu'au lendemain avant de le baptiser. Ce jour là, les juifs ne mangèrent
rien d'impur, en prétextant qu'ils observeraient encore une journée
leur loi avant de se convertir. Au petit matin, le juif se leva, prit son
couteau et égorgea ses enfants et sa femme, avant de tenter de se trancher
la gorge. Mais il perdit connaissance avant d'avoir achevé sa propre
exécution.
Lorsque les ennemis vinrent les chercher au matin et virent ce qui s'était
passé, ils mirent sur lui toute la responsabilité de ces morts,
et le jugèrent. Son seul pardon serait de se convertir, ce qu'il refusa.
Ils décidèrent de l'enterrer vif, avec sa famille. Il déposa
lui-même les siens au fond de la tombe creusée, et s'allongea
à leurs côtés, pendant que les ennemis jetaient la terre
en lui proposant "le salut". Ils le déterrèrent plusieurs fois
en vain et finirent par l'abandonner sous la terre. Son agonie dura toute
la journée, sous les quolibets de la foule. D.ieu, vas Tu te retenir
longtemps?
Dans le village de Kerpen aussi ils se déchaînèrent sur
les juifs pour les détourner de D.ieu. Les Juifs de Geldern aussi prirent
leur part de souffrances, et aucun ne survécut.
(…)
Tout ceci arriva aussi aux communautés de Trêves, Metz, Ratisbonne,
Prague, et tous y sanctifièrent courageusement le Nom de D.ieu, en
refusant de se détourner de lui.
(…)
Cette année là les Juifs d'Italie eurent aussi à souffrir
de la même façon.
Ainsi a dit Yossef Ha Cohen: tout ceci s'est passé sous le règne
de Philippe (Philippe 1er), Roi des Francs, et je l'ai recopié du recueil
de Eléazar qui l'a écrit à cette époque là
et conte la chronique des royaumes d'Allemagne.
Emek Habakha, la Vallée
des pleurs, fut écrit par Rabbi Yossef HaCohen d'Avignon. (1496, #1598?),
soit plus de 450 ans après les évènements décrits
dans ce chapitre, sur la base de relations faites par des contemporains, sans
toutefois détailler méthodiquement ses sources.
Les évènements tragiques qui entourent la Première Croisade
sont analysés et étudiés dans divers ouvrages fort érudits,
dont "les Juifs de Rouen au Moyen Age" de Norman Golb, à partir de
relations d'époque faites par un anonyme juif dit "le chroniqueur anonyme
de Mayence", par Salomon ben Samson, et par Eliézer (Eléazar?)
Ben Nathan, ainsi que sur des sources historiques non juives.
Ces évènements sont évoqués dans les "Kinot",
rituel des lamentations lues le jour de Ticha BeAv.
Le roman "Le Parnass" de Méïr Baram, publié par les Editions
Raphaël retrace le contexte historique des débuts de la Première
Croisade et du ravage des communautés rhénanes. Il est basé
sur des sources historiques avérées, dont le "Kountrass Guézéroth
Tatnou" de Rabbénou Eléazar Berabbi Nathan Halévy de
Mayence, contemporain des événements. Je lui ai emprunté
l'identification des villages autour de Cologne mentionnés par Rabbi
Yossef HaCohen, à savoir Neuss, Wivelinkava, Zantz, Mira, Kerpen, Altner
et Ilina, lus selon Golb comme: Neuss, Wevelinghoven, Xanten, Moers, Kerpen.