Le
sang et les grenouilles
Ces
deux plaies ont une nature opposée. Le sang est chaud, émanant
de l’élément de feu, alors que les grenouilles sont froides, étant
liées à l’élément d’eau.
Les plaies n’étaient pas uniquement destinées à punir l’Egypte.
Elles devaient aussi inspirer les enfants d’Israël, dans leur service de
D.ieu La première s’exprima donc par la chaleur, première qualité
qui est nécessaire à celui qui souhaite s’approcher de D.ieu,
Le servir avec flamme.
Par la suite, il convient de refroidir la relation que l’on entretient avec
les attraits du monde. Au lieu de s’enthousiasmer pour eux, on les considérera
avec indifférence et l’on se demandera s’ils sont réellement nécessaires,
s’ils ont un apport positif.
On pourrait poser, à ce sujet, la question suivante. Le verset ne dit-il
pas: "Ecarte-toi du mal et fais le bien" ? Ne faut-il donc pas d’abord
se débarrasser de ses défauts et seulement ensuite renforcer le
bien ?
En fait, une telle approche doit être adoptée uniquement par celui
qui introduit son effort de sa propre initiative. La délivrance d’Egypte,
en revanche, fut le résultat d’un dévoilement divin et il en est
de même pour l’étape du service de D.ieu que constitue chaque fête
de Pessa’h.
Une révélation de lumière est donc, d’emblée, nécessaire.
Et, l’on doit avoir la conviction que celle-ci dissipera la pénombre.
Les grenouilles
Il semble que les grenouilles soient des créatures inutiles. Elles
n’ont pas d’apport concret. A la différence des serpents et des scorpions,
qui sont dangereux, elles ne font pas de mal.
Au cours de cette plaie, les grenouilles allèrent à l’encontre
de leur nature et elles pénétrèrent dans les foyers des
Egyptiens et même dans leurs fours. Elles firent ainsi la preuve qu’elles
avaient effectivement leur place, dans le monde de D.ieu, qu’elles existaient
aussi pour Le servir.
De fait, les plaies furent réalisées pour que le monde et l’Egypte
"sachent que Je suis D.ieu". Le comportement des grenouilles fit la preuve que
chaque élément de la création peut participer au service
du Créateur.
Le Talmud rapporte que, quand on donna le choix à ‘Hananya, Michaël
et Azarya, les trois officiers juifs de la cour de Nabuchodonosor, l’empereur
de Babylonie, de se prosterner devant une idole ou bien d’être jetés
dans une fournaise, ceux-ci apprirent une leçon du comportement des grenouilles
qui frappèrent l’Egypte, à l’époque de Moché. Ils
se dirent:
"Si les grenouilles n’hésitèrent pas à pénétrer
dans les fours, en Egypte, pour mettre en pratique la Volonté de D.ieu,
combien plus devons-nous sacrifier notre propre existence pour notre Créateur!".
Pour un Juif, le sacrifice de sa propre personne n’est pas uniquement le désir
de mourir pour ses croyances. C’est aussi un moyen de vivre pour elles, de se
départir de son ego, de ses désirs, de ses idées préconçues,
de ses inclinations les plus premières.
Et, cette leçon d’abnégation est précisément délivrée
par une grenouille, une créature au sang froid, qui est capable de pénétrer
dans un four bouillant. L’épreuve ultime de la foi dépasse la
question de vie ou de mort. Elle consiste à sacrifier sa nature profonde,
son identité véritable pour la Vérité la plus haute.
Cinquante plaies
Le Midrach enseigne: "D.ieu dit au Pharaon: Impie! Tu
as demandé Qui (Mi) est D.ieu ? Tu recevras donc cinquante
plaies!", valeur numérique du mot Mi. C’est, selon Rabbi
Yossi Ha Guelili, le nombre de plaies qui s’abattirent sur les Egyptiens, près
de la mer Rouge.
En effet, il est dit, à propos des plaies: "Les sorciers dirent au Pharaon:
c’est le doigt de D.ieu". Le verset précise, en outre que, lors de la
traversée de la mer Rouge, "Israël vit la grande main". A chaque
doigt, correspond dix plaies et toute la main est donc bien cinquante plaies.
D’où déduit-on que chaque plaie… contre les
Egyptiens, consistait en quatre plaies…, en cinq plaies ?
La différence entre ces deux opinions dépasse largement le
cadre de l’exégèse biblique. Chaque existence est structurée
en quatre et c’est la raison pour laquelle il existe quatre éléments
fondamentaux, le feu, l’air, l’eau et la terre.
Selon Rabbi Eliézer, chaque plaie faisait intervenir tous les éléments
de l’existence. Sa nature était donc quadruple. Pour Rabbi Akiva, en
revanche, une plaie faisait intervenir non seulement les quatre éléments,
mais aussi l’essence profonde de l’existence. Sa nature était donc quintuple.
Les
quatorze Dayénou
* On ne s’interrompt pas, pendant la lecture des quatorze Dayénou, "cela
nous aurait suffi", jusqu’à Lekhaper Al Kol Avonoténou,
"pour racheter toutes nos fautes".
* Nos maîtres ne s’interrompaient jamais, au milieu de ce paragraphe,
pour le commenter.
On ne s’interrompt pas
On peut justifier, de la manière suivante, que l’on ne s’interrompt
pas, dans la lecture de ce passage. Les Dayénou correspondent
aux étapes qu’il faut franchir pour se libérer de l’Egypte et
parvenir à la reconstruction du Temple.
Or, lorsque l’on se trouve au milieu de ce processus, on ne peut pas se contenter
de s’émerveiller, devant ce qui a été obtenu et de s’écrier:
" Cela nous aurait suffi", pour affirmer son contentement, devant
la situation actuelle.
On doit avoir conscience que l’on est seulement au milieu du chemin, que l’on
doit encore poursuivre son élévation.
Kama Maalot… Dayénou
Combien de faveurs D.ieu nous accorda!
Le mot Maalot signifie "faveurs", mais aussi "attributs" ou "qualités",
de sorte que l’on peut également traduire cette phrase par: "Combien
d’attributs positifs D.ieu possède pour nous!".
En effet, D.ieu transcende tous Ses Attributs et Il les possède uniquement
" pour nous", afin que ceux-ci se révèlent ici-bas.
Nous seulement ils existent pour nous, mais, bien plus, ils se dévoilent
uniquement en fonction de notre service de D.ieu.
S’il avait fendu la mer pour nous, mais ne nous l’avait
pas fait franchir, cela nous aurait suffi
Nous aurions, en effet, pu traverser une mer Rouge boueuse et marécageuse.
Pour autant, est-ce bien là une qualité comparable à toutes
les autres qui figurent dans cette liste, la sortie d’Egypte, le passage de
la mer Rouge, le don de la Torah, la construction du Temple ?
La réponse est la suivante. La mer est le " monde caché "
imperceptible à nos sens. Or, D.ieu la transforma, en l’occurrence, en
" monde dévoilé", où tout est évidence.
Et, il en résulte l’enseignement suivant.
Pendant la prière, un Juif se trouve dans le " monde dévoilé "
et il s’emplit de motivation. Puis, à l’issue de celle-ci, il regagne
ses activités courantes et s’engloutit alors dans le " monde caché".
Il doit donc savoir que ce dernier peut se transformer en " monde dévoilé",
qu’il peut rester soumis à D.ieu, tout au long de la journée.
En la matière, on peut imaginer deux situations. La soumission de la
journée peut être la trace de celle qu’on a éprouvée
le matin, au moment de la prière. Mais, elle peut aussi devenir l’existence
profonde de l’homme.
En l’occurrence, si D.ieu avait fendu la mer sans que l’eau disparaisse complètement,
en laissant de la boue, les enfants d’Israël se seraient trouvés
dans la première situation. Ils auraient révélé
le bien de leur personnalité sans en faire totalement disparaître
le mal.
Et, de fait, pour ceux qui venaient d’être libérés de la
quarante neuvième porte de l’impureté, une telle élévation
" nous aurait suffi".
S’Il nous avait donné la Torah…, cela nous aurait
suffi
La route permettant de quitter l’Egypte passe par le Sinaï.
La Torah règlemente notre relation avec le matériel. Elle dit
que nous pouvons et devons fabriquer, détenir et commercer pendant les
six jours de la semaine. Le septième, en revanche, le travail doit cesser.
Bien plus, nous devons nous pénétrer de la conscience que "toute
ta tâche a été effectuée".
Au quotidien, cela signifie que des îlots de temps, inviolables, doivent
être consacrés à l’étude de la Torah et à
la prière. A tout moment, une multitude de règles de la Torah
établissent ce qui est permis et ce qui est interdit, dans le domaine
professionnel comme dans les loisirs.
La Torah enseigne également que: "Tu mangeras à la sueur de tes
mains". Les facultés les plus marginales de la personnalité
doivent donc être suffisantes pour gagner sa vie, alors que les plus grands
talents seront mis au service d’objectifs plus élevés. Tous les
biens matériels ne sont que des moyens permettant de les atteindre, des
réceptacles pour recevoir les bénédictions divines, des
instruments à la disposition de nos réalisations quotidiennes,
pour introduire la Sainteté et la Divinité, dans le monde.
En réglementant nos vies physiques, la Torah libère nos âmes.
En définissant les contours et la nature de notre engagement matériel,
la Torah libère notre capacité de nous passionner, infinie et
sans forme préétablie, de son exil matériel. Dès
lors, celle-ci peut retrouver son état naturel.
Dans une telle situation, l’homme sert D.ieu sans restriction, de manière
désintéressée, en transcendant tous les paramètres
de l’ego, de l’intérêt personnel et la conception qu’il peut se
faire de sa propre manière d’agir.
Pour quelle raison ?
Le terme Ma, "quelle", désigne également, d’après
la ‘Hassidout, la qualité de la soumission. Ainsi, Al Choum
Ma, pour quelle raison, peut aussi se traduire: "Afin d’acquérir
la soumission".
De fait, ces trois pratiques ont bien un point commun, celui d’inspirer la recherche
d’un service de D.ieu empreint d’humilité.
Avant que le Roi des rois… se révèle à
eux
Le ‘Hamets est lié à la fierté et à l’orgueil.
Quand les enfants d’Israël obtinrent la révélation de l’Essence
de D.ieu, cette fierté perdit toute justification. Tous furent saisis
par cette révélation, laquelle affecta même la pâte
qu’ils pétrissaient et qu’ils emportaient avec eux.
En l’occurrence, la pâte avait largement le temps de lever, mais elle
resta plate et, de la sorte, elle se fit elle-même l’écho de l’humilité
des enfants d’Israël.
Avec une bouche douce
Le mot Be Farekh, "avec âpreté", peut se lire également
Be Fé Rakh, avec une bouche douce. Le Pharaon réduisit
les enfants d’Israël en esclavage, avec "douceur", en les suppliant d’apporter
leur contribution aux grands travaux dont l’Egypte avait besoin.
Puis, lorsque ceux-ci multiplièrent les efforts pour le satisfaire, le
Pharaon transforma la douceur en âpreté et il décréta
qu’ils seraient asservis et que cette cadence deviendrait la norme.
Cette explication nous permettra de comprendre pour quelle raison nous utilisons
précisément la salade romaine pour le Maror. Ce légume,
en effet, n’est pas réellement amer, dans un premier temps. Pour autant,
s’il reste attaché au sol pendant une longue période, sa base
devient, à terme, très dure et particulièrement amère.
Be ‘Hol Dor… La Avoténou
En chaque génération, chacun est tenu de
se considérer comme s’il avait lui-même été libéré
de l’Egypte
De tout temps, en tout lieu, il est possible de quitter son Egypte personnelle,
l’exil de son âme divine au sein de son âme animale.
De fait, Dor, génération, est de la même étymologie
que Dori, rangée, en araméen. Quel que soit le rang atteint,
on doit poursuivre sa sortie d’Egypte, renforcer le domaine de la Sainteté.
Délivrance quotidienne
De fait, l’obligation de sortir d’Egypte est bien quotidienne. Celui
qui a quitté l’Egypte hier doit encore s’en libérer aujourd’hui,
car la situation d’homme libre de la veille devient son Egypte d’aujourd’hui.
Ainsi, la nature divine que chacun possède doit être libérée
des contraintes de l’existence matérielle. Il doit en être ainsi
chaque jour, car cette élévation compte une infinité de
paliers successifs et il convient, quotidiennement, d’en atteindre un qui soit
plus élevé que la veille.
Nul ne peut prétendre qu’il est dispensé de se libérer
de l’Egypte. Quel que soit le stade atteint, on doit toujours progresser, car
le potentiel divin que chacun possède est véritablement infini.
Mais, il en est de même également à l’autre extrême
et nul ne doit se désespérer, au point de penser qu’il ne quittera
jamais son Egypte. Avant l’exode, les enfants d’Israël étaient tombés
jusque dans la quarante neuvième des cinquante "portes de l’impureté".
Malgré cela, ils furent libérés, allèrent recevoir
la Torah, se rendirent en Erets Israël.
Ainsi, quelle que soit la situation dans laquelle il se trouve, un Juif conserve
toujours les moyens de l’avancement.
Au-delà du temps
" Au dernier jour de Pessa’h, le Baal Chem Tov prenait un troisième
repas de fête. Celui-ci, qui était fixé vers le soir, était
appelé le repas du Machia’h. En effet, au dernier jour de Pessa’h, la
lumière du Machia’h se révèle. "
La liberté véritable est celle qui fait disparaître les
limites, extérieures ou intérieures, physiques, psychologiques
ou spirituelles. Le mot Mitsraïm, l’Egypte, peut être lu,
selon une autre ponctuation, Metsarim, les limites, les entraves. La
sortie d’Egypte est donc l’effort permettant de transcender la limite, de dépasser
tout ce qui provoque l’inhibition de l’âme.
L’un des éléments les plus déterminants de la condition
humaine est le phénomène du temps, qui porte le passé et
présente le futur, qui limite l’existence de l’homme à l’instant
du présent.
Or, le premier soir de Pessa’h, nous parvenons à briser les limites du
temps, car nous recevons l’Injonction de ressentir l’exode, comme si nous avions
nous-mêmes été personnellement libérés du
pays de l’Egypte.
Nous évoquons donc cet exode dans nos esprits, nous en parlons, en lisant
la Haggada, nous le digérons par l’intermédiaire de la Matsah
et du Maror. Et, nous franchissons les siècles, évoquant des souvenirs,
ces pâles reflets du passé qui sont, en général,
notre seule réponse à la tyrannie du temps.
Dès lors, ces souvenirs deviennent des expériences et l’histoire
se transforme en réalité.
Pessa’h, qui dure huit jours, commence et s’achève par deux journées
d’observance et de commémoration.
Le thème de la liberté est présent pendant tous ces huit
jours. Néanmoins, les premiers sont plus spécifiquement liés
à la première libération, celle qui permit aux enfants
d’Israël de quitter l’Egypte, il y a trente trois siècles. Les derniers
jours, en revanche, évoquent la rédemption future, la période
du bien et de la perfection céleste qui sera proclamée avec l’avènement
du Machia’h.
Dès lors, notre manière de transcender le temps entre dans une
phase nouvelle, plus élevée. Il est, certes, important de vivifier
la mémoire pour la revivre à nouveau, mais il est autrement plus
important d’anticiper un événement du futur, surtout celui qui
n’a pas d’équivalent, pas de parallèle dans l’histoire humaine.
Dans les dernières heures de Pessa’h, nous entrons dans le monde du Machia’h.
Après avoir franchi les millénaires du passé, nous nous
élevons sur le mur immaculé du futur, puis nous goûtons
la Matsah et le vin de la délivrance.
On couvre la Matsah et l’on soulève le verre [de la même manière
que pour le Kiddouch]. On le conservera dans la main jusqu’à la fin de
la bénédiction Acher Guealanou, "Il nous a libérés…".
[On a coutume, néanmoins, de le reposer à la fin du premier paragraphe,
après Lefanav Halélouka].
Mitsvah particulière
La Michna du traité Pessa’him et la Haggada disent que "chacun est
tenu de se considérer comme s’il avait lui-même été
libéré de l’Egypte".
Néanmoins, le Rambam, dans son Michné Torah et Rabbi Chnéor
Zalman, l’Admour Hazaken, dans son Choul’han Aroukh rapportent: "chacun est
tenu de se monter comme s’il avait lui-même été libéré
de l’Egypte". La signification de ce changement est la suivante.
Il convient de se souvenir chaque jour de l’exode d’Egypte. Le 15 Nissan, néanmoins,
une Mitsva particulière est édictée, celle de la "raconter",
d’en faire part à un autre, à ton fils". Pour y parvenir,
il faut donc "se montrer" à cet autre comme quelqu’un de réellement
libre.
C’est pour cette raison que l’on mange et que l’on boit en étant accoudé,
ce qui est "un usage de liberté".
Quand Israël quitta l’Egypte
Il existe une controverse, entre nos Sages, pour déterminer si
ce Psaume doit être récité à ce moment du Séder
ou bien après le repas.
L’école de Chamaï considère que l’on doit le dire seulement
par la suite, car les enfants d’Israël quittèrent l’Egypte seulement
au milieu de la nuit. Selon cette opinion, plus l’on retarde sa lecture et plus
l’on se rapproche du temps de leur libération effective.
L’école de Hillel, par contre, considère que les enfants d’Israël
ne quittèrent l’Egypte que le lendemain et qu’il n’y a donc pas lieu
de retarder cette lecture. Il faut, bien au contraire, l’intégrer à
la première partie de la Haggada.
Comment faut-il interpréter le raisonnement de l’école de Chamaï ?
Selon lui, le Pharaon autorisa les enfants d’Israël à quitter l’Egypte
pendant la nuit. Dès lors, l’exode était potentiellement obtenu
et, dès lors, on peut dire: "Quand Israël quitta l’Egypte".
Hillel, à l’opposé, pense que le départ effectif de l’Egypte
doit être pris en compte et non son potentiel. Or, ce départ se
passa uniquement le lendemain matin et cette lecture, dans la soirée
du Séder, doit donc être la plus tardive possible.
Cette controverse révèle, en fait, une divergence plus fondamentale
entre l’approche de l’école de Hillel et de celle de Beth Chamaï.
La première se base systématiquement sur la réalisation
concrète et la seconde, sur l’état potentiel.
Ainsi, à ‘Hanouka, il convient, selon l’école de Chamaï d’allumer
huit lumières, le premier soir, puisque celui-ci porte en lui, potentiellement,
tous les huit jours de la fête. L’école de Hillel, en revanche,
considère que le seul le premier jour de ‘Hanouka est effectif et qu’en
conséquence, une seule bougie suffit.
De nombreux passages talmudiques peuvent être interprétés
à la lumière du principe qui vient d’être établi.
Au soir de Pessa’h, toutefois, il faut, avant tout, savoir que la Halakha est
tranchée selon l’avis émis par l’école de Hillel. Il n’est
donc pas suffisant d’obtenir une délivrance potentielle. Celle-ci doit
se révéler dans le monde, de manière effective.
La mer vit et s’enfuit
Les créatures terrestres et aquatiques sont, les unes et les autres,
dépendantes de leur environnement. Néanmoins, les premières
n’ont pas toujours conscience de tirer leur vitalité de la terre alors
que les secondes, à l’évidence, dépendent en permanence
de l’eau.
L’homme possède, au sein de sa personnalité, à la fois
un aspect terrestre et un aspect aquatique. D’une part, il est détaché
de sa source, comme la terre. Il peut donc oublier que son âme est une
parcelle de Divinité véritable, que le Créateur lui donne
la vie à chaque instant, que chaque expérience prend un sens uniquement
dans la perspective de la mission divine.
Mais, l’homme possède également en lui la mer et, quand il la
met en évidence, il se révèle être un poisson dans
l’eau. A chaque instant de son existence, il ressent qu’il dépend de
D.ieu, se dévoue à la source de sa vie.
Néanmoins, le grand défi de l’homme ne consiste pas à être
un poisson. Il doit, en outre, assumer cette condition sur la terre. S’il y
reste submergé par la mer de la réalité divine, il pourra
dominer son ego et sa personnalité, assumer pleinement la mission qui
est impartie à son existence.
Quand la mer s’ouvre, un Juif la traverse à pied sec. Et, ce précédent
dirige notre quête de la synthèse parfaite entre la terre et la
mer, que nous obtiendrons pleinement quand le Machia’h viendra. Alors, "la terre
s’emplira de connaissance de D.ieu comme l’eau recouvre le fond de la mer".
La
Matsah
* La Matsah est consommée, à trois reprises, pendant le Séder
et, pour la première fois, au début du repas, après la
bénédiction du Ha Motsi et celle de la Matsah. L’obligation
en est alors établie par la Torah.
* La quantité consommée, établie avec le plus de rigueur,
est donc de deux Ka Zaït, l’un de la Matsah supérieure et
l’autre de la Matsah du milieu, qui a été rompue. Pour autant,
la Torah n’en impose qu’un Ka Zaït et le second est ajouté
par nos Sages.
* Concrètement, un Ka Zaït de Matsah correspond à
25,6 grammes. Néanmoins, on sait que, quand on mâche de la Matsah,
certaines particules s’en détachent, se glissent entre les dents et ne
sont pas avalées. Il convient donc d’en prendre un peu plus d’un Ka
Zaït, pour le premier comme pour le second, afin d’être certain
d’en avaler cette quantité, ce que l’on devra faire en moins de quatre
minutes et en étant accoudé, du côté gauche.
* Les Matsot faites à la machine ont, en général, toujours
la même taille et le même poids, soit 36 grammes. A l’opposé,
la taille et le poids des Matsot faites à la main sont variables. En
moyenne, leur diamètre est compris entre 25, 4 et 26,7 centimètres,
alors que leur poids est de 66 grammes. Un Ka Zaït serait donc un
morceau rectangulaire de 12, 7 centimètres de largeur et de 17.8 centimètres
de longueur.
* Si une personne a des difficultés à consommer deux Ka Zaït
de cette taille, elle pourra réduire le poids du second Ka Zaït,
introduit par nos Sages. Pour ce denier, elle se contentera donc de 17,3 grammes,
soit un tiers de moins que pour le premier Ka Zaït, ce qui correspond
à un morceau de Matsah de 10,2 centimètres de largeur et de 15.2
centimètres de longueur.
* La Matsah n’est pas trempée dans le sel, afin de souligner la valeur
de la Mitsva, à laquelle aucun autre goût ne doit être combiné.
La Matsah, aliment de la foi
Le Zohar appelle la Matsah "aliment de la foi", mais, pour autant,
celui qui est animé par la foi n’est pas dispensé d’en consommer.
Le Talmud définit le syndrome du voleur. Celui-ci, en effet, lorsqu’il
s’introduit dans une maison pour effectuer un cambriolage et entend un bruit
de pas qui s’approchent, s’écrie: " Mon D.ieu, sauve-moi!".
Voici donc un homme croyant et sachant, à n’en pas douter, que D.ieu
a di" Tu ne voleras pas". Malgré cela, il vole et demande
à D.ieu de l’aider!
Ainsi, la foi peut occuper un espace neutre dans l’existence quotidienne de
chacun. Et, il en est de même pour tous les éléments spirituels
de l’expérience humaine. Des propos éloquents sur la Vérité
et la Beauté peuvent émouvoir, élever le regard et embraser
le cœur. Ils peuvent même conduire à penser que l’on est à
un tournant de sa vie. Malgré cela, dans la dimension profonde, ils ne
changent rien et, dès que l’euphorie s’estompe, on pourra redevenir un
" voleur", effectuant un " cambriolage".
La Matsah vient en aide à l’homme afin qu’il se libère de cette
dichotomie. Consommer l’aliment de la foi permet d’intérioriser cette
foi, d’en faire une réalité de l’existence quotidienne.
La Matsah, qui est plate, symbolise l’abstraction de sa propre personne. Elle
est l’antithèse du ‘Hamets qui gonfle et représente l’ego le plus
fort.
C’est en faisant abstraction de sa propre personne que l’on acquiert la foi,
laquelle, à son tour, provoque la guérison.
Maror – Les légumes
amers
Le Maror
* Depuis la destruction du Temple et la disparition du sacrifice de Pessa’h,
le Maror est devenu une institution de nos Sages. On peut donc se contenter
d’en consommer un Ka Zaït de 17,3 grammes.
Le Maror
On pourrait poser la question suivante:
" Après avoir consommé la Matsah, aliment de la liberté,
pourquoi faut-il encore prendre du Maror, des légumes amers ?".
La réponse à cette question est double.
A l’heure actuelle, il reste encore nécessaire de transformer la matière
du monde, de sorte que l’apport de la Matsah est restreint d’autant. Après
l’exode d’Egypte ou même après la libération de son Egypte
personnelle, on n’a pas encore totalement détruit le mal. La servitude
et l’amertume restent possibles.
De plus, après la délivrance complète, lorsque " Je
supprimerai l’esprit d’impureté de la terre", nous consommerons
encore le Maror après la Matsah, car il évoque également
la miséricorde et c’est en le mangeant que l’on révèle
la pitié infinie de D.ieu.
Kore’h – Matsah
et légumes amers
Avec des Matsot et des légumes amers
C’est en consommant la Matsah que l’on prend conscience de l’omniprésence
de D.ieu. Mais, parfois, cela est possible uniquement quand cette Matsah est
accompagnée de Maror, c’est-à-dire de la profonde amertume qu’inspire
le sentiment d’être éloigné de D.ieu.
Une telle amertume suscite la compassion de D.ieu. Elle permet à celui
qui lutte pour conserver la conscience de la Présence divine d’obtenir
Son aide.
Le
repas de la fête
* On a coutume de commencer le repas, les deux soirs, en consommant l’œuf
qui se trouvait sur le plateau, trempé dans l’eau salée, afin
de commémorer le sacrifice de ‘Haguiga offert dans le Temple.
Le
repas de fêteOn [lève
son verre, on] récite la bénédiction sur le vin et l’on
boit, en position accoudée [sur le côté gauche]:
Baroukh… Ha Gafen
On ouvre la porte
"Ce que D.ieu fait Lui-même, Il commande à Israël de le
faire". Il nous ordonne d’ouvrir nos portes, en cette soirée et
l’on peut en déduire qu’Il ouvre Lui-même les siennes.
Des portes qu’il peut être impossible de franchir pendant l’année,
du fait des mauvaises actions et des imperfections, s’ouvrent alors devant chaque
Juif, quelle que soit sa situation morale. Dès lors, chacun peut se dépasser
et atteindre la plus haute élévation, au-delà de son état
normal, conformément au bond en avant auquel fait étymologiquement
allusion le nom de Pessa’h.
Une fois, le Rabbi Rachab dit à son fils, le précédent
Rabbi:
"Yossef Its’hak, pendant le Séder, en particulier quand les portes sont
ouvertes, il faut penser à être un homme au plein sens du terme.
Alors, D.ieu accorde Son aide. Ne demande pas les biens matériels. Recherche
seulement la spiritualité."
Pour autant, on n’a pas l’obligation de se lever, en récitant ce paragraphe,
car, aussi haute que puisse être l’ascension morale, il reste nécessaire
de maîtriser ses émotions, de rester assis calmement plutôt
que de se dresser dans l’extase.
Le Hallel
Le mot Hallel doit être rapproché de Behilo Nero,
" sa bougie éclaire". Ce texte est récité quand
la vérité de D.ieu éclaire le monde matériel. De
façon générale, il est lu le jour. Quand la Lumière
de D.ieu se révèle, il est naturel de Le louer. A Pessa’h, toutefois,
"la nuit éclaire comme le jour" et l’on peut donc réciter le Hallel
également pendant la nuit.
De façon générale, les maîtres de la ‘Hassidout ne
prolongeaient pas leurs commentaires, pendant la seconde moitié du Séder.
En effet, sa première moitié évoque la libération
de l’Egypte, qui appartient au passé et peut donc être largement
commentée. La seconde moitié, en revanche, fait référence
à la délivrance future, qui n’est pas encore effective et ne peut
donc pas être réellement commentée.
Il a donné la terre aux fils de l’homme
D.ieu confia le monde matériel, stade le plus bas de la création,
à l’homme, pour qu’il lui confère la pureté, l’affine et
le transforme.
Chacun a le moyen d’assumer une telle mission, d’élever sa personnalité
au point de devenir le réceptacle de la Divinité.
Il frappa l’Egypte par ses premiers-nés, car Sa
bonté est éternelle
Les premiers-nés de l’Egypte se dressèrent contre les dirigeants
de ce pays et luttèrent même contre le Pharaon. Ils eurent connaissance
de la prophétie, prononcée par Moché, selon laquelle ils
devaient mourir. Ils eurent foi en lui et tentèrent de convaincre le
Pharaon de libérer les enfants d’Israël. Celui-ci refusa et il s’efforcèrent
donc de le destituer.
C’est pour commémorer cet événement que l’on célèbre
le Chabbat Ha Gadol, le grand Chabbat, celui qui précède
Pessa’h, anniversaire de cet événement.
On pourrait se demander en quoi une guerre civile survenant à un autre
peuple a une incidence sur le comportement des Juifs. En fait, ce miracle est
celui de la transformation de l’obscurité en lumière.
Les premiers-nés de l’Egypte, puissance de ce peuple, exigèrent
la liberté d’Israël.
Il fendit la mer Rouge en plusieurs parts, car Sa bonté
est éternelle
La mer Rouge se fendit en douze parts, une pour chaque tribu. Une telle
situation est représentative de la réalité spirituelle
qui prévalait, à l’époque. Malkhout, l’Attribut
de royauté divine, qui retient la Lumière et la limite, fut transformé
et devint un véhicule de sa révélation. Or, Malkhout
possède douze manières de s’exprimer et la mer s’ouvrit donc en
douze parts.
Lorsque la mer s’ouvrit, des arbres poussèrent sur son lit, dont les
fruits furent consommés par les oiseaux, qui se joignirent ensuite au
peuple d’Israël pour faire l’éloge du Créateur.
Pourquoi D.ieu défia-t-Il les lois de la nature en accomplissant un miracle
en apparence inutile ?
Le passage de la mer Rouge fut une étape importante du voyage qui conduisit
le peuple de l’Egypte au mont Sinaï, où la Torah lui fut donnée,
afin de préciser sa vocation dans le monde de D.ieu. A l’occasion de
cette traversée, les enfants d’Israël observèrent donc le
rôle qui leur était confié, celui de conduire leur environnement
vers l’épanouissement.
Le Créateur confia à la terre le pouvoir de faire germer une graine
et de la développer jusqu’à ce qu’elle devienne un arbre chargé
de fruits. Or, une telle possibilité fut déniée à
cette parcelle de terre, pendant les millénaires qui précédèrent
ce moment et ceux qui le suivent. Ce potentiel restait donc inutilisé.
Pendant les quelques instants au cours desquels la mer fut fendue, cette parcelle
de terre revint donc à la vie. Elle se couvrit d’arbres, porta des fruits,
afin que les oiseaux puissent être nourris et fortifiés pour être
en mesure d’embellir le chant de louange qui devait être prononcé
par les enfants d’Israël pour D.ieu.
Ainsi, un précédent était établi, de la manière
la plus forte, montrant de quelle manière un Juif doit faire usage du
potentiel qui lui est accordé. Aucune capacité, même la
plus insignifiante, ne saurait être écartée.
Car, peut-être est-ce à tel moment, grâce à un contact
avec telle personne, qu’une partie significative de la création mettra
en évidence son essence divine et réalisera ainsi la finalité
de son existence.
Il fait parler celui qui est muet
Les Sages de la Kabbala se demandent pourquoi Moché était
bègue. Ils donnent, à ce sujet, l’explication suivante.
Sa compréhension était si profonde qu’il était impossible
de lui donner une expression adéquate, au sein du monde matériel.
On peut saisir ainsi de quelle manière D.ieu "fait parler celui qui est
muet". En effet, Il accorde également les forces et les énergies
qui sont trop hautes et trop fines pour s’exprimer ici-bas et y prendre une
forme concrète.
Chaque genou se courbe devant Toi, toute stature se prosterne
devant Toi
Il s’agit ici de deux stades différents du service de D.ieu.
On courbe le genou pour reconnaître le pouvoir. Alors, on peut encore
lever les yeux, conserver le dos droit, maintenir sa manière de penser
et sa fierté.
Se prosterner, en revanche, consiste à offrir toute sa puissance à
Celui Qui se trouve au dessus de soi.
L’an prochain à Jérusalem
Une fois, l’Admour Hazaken, à l’issue du Séder, dit:
"Maître du monde, j’ai fait ce que Tu as ordonné. Maintenant, exauce
mon souhait et ma requête: l’an prochain à Jérusalem!".
Cela ne veut pas dire qu’il faille attendre un an pour rentrer à Jérusalem.
La délivrance doit être véritablement immédiate et,
si nous l’obtenons, nous nous trouverons effectivement "l’an prochain à
Jérusalem".
Puisse D.ieu faire que nous puissions y célébrer la fête
de Pessa’h, en présence de notre juste Machia’h.