Mise
à jour le
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Site
des fêtes juives
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Un
soir, après la prière de Maariv, le Gaon Rabbi Ye'hezkel Landau
Zatsal (5474 – 5536 ; 1713 – 1776), s'en retournait chez lui,
dans le quartier juif de Prague.
Alors qu'il marchait dans l'une des ruelles, il faillit heurter un jeune enfant
non-juif. Celui-ci était vêtu de haillons et tenait dans ses
mains des paniers vides. Ses yeux ruisselaient de larmes.
Rabbi Ye'hezkel s'arrêta et se pencha vers l'enfant: "Que fais-tu
donc dans la rue des Juifs et pourquoi pleures-tu ainsi"? demanda-t-il
d'une voix douce.
L'enfant parut fort ému devant ce Juif qui s'intéressait à
son triste sort et il ne se fit pas prier pour se confier à lui.
"Je suis orphelin de mère, expliqua-t-il, alors que les larmes
inondaient ses joues. Mon père, qui est boulanger a pris une seconde
épouse, une femme méchante et cruelle.
Chaque jour, lorsque mon père a cuit le pain, elle m'envoie dans les
rues de la ville, les paniers chargés des miches encore chaudes, afin
que je les vende. Mais parfois je n'arrive pas à vendre toute ma marchandise
et alors, lorsque je rentre à la maison avec des pains dans mes paniers,
ma belle-mère s'en prend à moi et me frappe avec violence...
– Et que t'est-il arrivé aujourd'hui?"demanda le Rav à
l'enfant.
Celui-ci redoubla de pleurs.
"Aujourd'hui, dit-il, j'ai justement réussi à vendre toutes
mes miches de pains, mais ce soir en voulant rentrer chez moi, j'ai porté
ma main à ma poche et je me suis rendu compte que tout mon argent avait
disparu. J'avais gagné trente Florins, et voila que j'ai tout perdu,
ou peut-être me les a-t-on volés. Et maintenant, termina-t-il,
si je rentre à la maison les mains vides, ma marâtre m'assènera
des coups terribles, que je ne pourrai jamais supporter. Et, de plus, il baissa
le ton, je n'ai rien mangé de toute la journée. C'est pour cela
que j'erre dans les rues et que je pleure."
Rabbi Ye'hezkel Landau fut pris de pitié et son cœur s'emplit
de compassion. Il ramena aussitôt l'enfant chez lui, lui fit servir
à manger et à boire et lorsque l'enfant fut reposé et
réconforté par ce copieux repas, le Rav lui remit exactement
la somme qui lui manquait.
Heureux et rasséréné, l'enfant quitta la maison du Rav
et se dépêcha de rentrer chez lui.
De nombreuses années s'écoulèrent, et le Rav avait oublié
l'incident. Mais pas l'enfant. Devenu grand, il gardait avec beaucoup d'estime
le souvenir de ce vieux Rabbin qui sans le connaître l'avait un jour
secouru.
Une nuit de Chevii chel Pessa'h, veille du dernier jour de la fête,
le Rav ayant terminé son repas, était plongé dans l'étude.
L'heure était déjà tardive et toute la maison dormait.
Soudain, le Rav perçut un bruit de pas rapides, qui se rapprochaient
de la maison. Il en était encore à se demander qui pouvait venir
lui rendre visite à pareille heure, lorsque l'on frappa légèrement
à la porte. Le Rav, entrebâilla la porte et eut la surprise de
découvrir devant lui, un jeune homme non juif: "Qui êtes-vous
et que venez-vous faire ici à cette heure? demanda Rabbi Ye'hezkel
très étonné.
–
Ne me reconnaissez-vous pas, Rabbin, répondit l'inconnu, en guise de
réponse, je suis le jeune garçon boulanger que vous aviez recueilli
dans la rue des Juifs, voilà de nombreuses années. C'est à
moi que vous avez jadis donné manger, à boire et vous m'aviez
même offert de l'argent.
– Mais pourquoi venir ici si tard? demanda à nouveau le Rav.
– J'ai décidé de vous rendre le bien pour le bienfait
que vous-même m'avez jadis prodigué, Rabbin. C'est pourquoi je
suis venu ici en cachette, dans le plus grand secret, afin de vous faire part
d'un complot qui se trame contre les Juifs de Prague."
Le Rav restait silencieux attendant que le jeune homme, poursuive.
Baissant la voix, celui-ci expliqua: "Sur les conseils de ma belle-mère,
tous les boulangers non-juifs se sont réunis chez nous à la
maison. Durant cette réunion, ils se sont mis d'accord pour tuer tous
les Juifs de Prague en une seule fois, et ils ont même mis au point
et arrêté un plan pour réaliser leur projet.
Vous savez, continua l'homme, que chaque année, à la sortie
de votre fête de Pâque, les boulangers non-juifs de la ville confectionnent
des pains pour vous autres, Juifs. (De façon exceptionnelle, les Rabbanim
de la Diaspora permettaient de manger le pain des non-juifs, pour consommer
à l'issue de la fête après Pessa'h)
Or, hier durant la réunion, les boulangers ont décidé
de mélanger un fort poison à la pâte qu'ils allaient faire
cuire pour vous. Ainsi, demain soir, lorsque les Juifs mangeront le pain frais
que les boulangers viendront vendre dans le quartier juif, ils mourront tous
en une seule nuit.
J'étais à la maison le soir de cette réunion et j'en
ai entendu chaque mot, bien que tout se soit déroulé dans le
plus grand secret. J'ai décidé de vous dévoiler la chose
afin que vous puissiez trouver un moyen de sauver votre communauté.
Mais je vous supplie de ne jamais révéler que c'est moi qui
vous ai fait part de ce projet et que j'ai trahi le secret des boulangers.
– Sois mille fois remercié, pour ton geste" s'écria
le Rav et il insista pour exprimer sa reconnaissance au jeune homme. Mais
celui-ci n'entendit pas ses paroles jusqu'au bout. Déjà il avait
disparu dans les sombres ruelles et se dépêcha de quitter le
quartier juif de la ville.
Le Rav, lui, s'en retourna lentement vers la table et se rassit. Déjà,
il réfléchissait intensément: "Il ne fait aucun
doute pour moi, que ce jeune homme a dit vrai. Mais s'il en est réellement
ainsi, que dois-je faire? Comment déjouer ce plan ignoble? Comment
sauver mes coreligionnaires de cette infamie?"
Rabbi Ye'hezkel resta là, de longues heures, assis à retourner
dans son esprit le problème dans tous les sens. Il lui fallait trouver
une solution et vite. Une chose était claire: il fallait que l'affaire
Aux premières lueurs de l'aube, une idée germa dans l'esprit
du Rav.
soit tenue secrète, que personne n'en ait vent, ni ne se doute de quelque
chose, et qu'en aucun cas, la Communauté ne soit gagnée par
l'affolement ni la panique. Mais ceci étant, que fallait-il faire?
Comment agir?
Tôt le matin, des envoyés furent dépêchés
dans toutes les Synagogues de Prague, sur ordre de Rabbi Ye'hezkel, pour annoncer
que de façon exceptionnelle, le Rav prononcerait une Dracha, à
l'issue de la prière de Cha'harit. Tous les Juifs de la ville étaient
priés d'y assister sans exception. "Il s'agit d'un sujet vital
pour l'ensemble du Judaïsme, expliquèrent les émissaires,
et c'est pourquoi chacun est prié de se rendre à la Grande Synagogue
pour y écouter les paroles du Rav."
Leur curiosité ayant été éveillée, les
Juifs de Prague se hâtèrent vers la Grande Synagogue et attendirent
la Dracha avec impatience. Le Rav ne tarda pas à arriver et commença
son discours.
"Mes frères, déclara-t-il, vous savez tous que de par nos
fautes, nos nombreux pêchés, la Torah a tendance à s'oublier
un peu plus à chaque génération. Et du fait de l'étroitesse
de nos esprits, de nos cœurs qui se durcissent, les Sages, et les Maîtres
de la génération en viennent eux mêmes à commettre
des erreurs.
L'assemblée était suspendue aux lèvres de Rabbi Ye'hezkel
et avait les yeux fixés sur lui.
"Où donc le Rav veut-il en venir?"se demandait-on- Et le
Rav poursuivît:
"A mon grand regret, je suis dans l'obligation de vous dire, que bien
que nous soyons versés dans l'établissement du calendrier juif
et dans la fixation des fêtes, je me suis rendu compte, en refaisant
les calculs, que moi-même et mes collègues nous sommes gravement
trompés au point que nous avons presque amené nos frères
à manger du 'Hametz à Pessa'h".
La foule stupéfaite resta bouche bée, une erreur de calcul dans
le calendrier? Manger du 'Hametz à Pessa'h, toutes ces choses ne paraissaient
pas croyables. Mais déjà le Rav reprenait en expliquant: "Oui!
Nous nous sommes en effet trompés et cette année nous avons
fixé le début de Pessa'h un jour trop tôt et de ce fait,
d'après les calculs exacts, aujourd'hui n'est pas le dernier jour de
la fête mais l'avant-dernier, et ce n'est que demain soir, que Pessa'h
sera terminé. Aussi, jusqu'à demain soir, il est strictement
interdit d'acheter ou de consommer la moindre miette de 'Hametz.»
Les paroles, bien que fort étonnantes, du Rav, furent acceptées
sans réplique. Certes, parmi l'assistance certains étaient sûrs
de leurs propres calculs, et d'après eux, c'était bien en ce
jour que se terminait la fête. Mais, si Rabbi Ye'hezkel avait affirmé
le contraire, il n'était pas question de tergiverser, ni de douter
de ses paroles. Chacun était donc prêt à obéir
sans protester.
Et, en effet, cette année-là, les Juifs de Prague fêtèrent
Pessa'h durant neuf jours et non huit, comme cela se pratique habituellement
en dehors d'Erets Israël.
Quelle ne
fut pas la colère des boulangers de Prague, qui depuis des générations
cuisaient du pain pour la communauté juive qu'ils livraient dans le
quartier juif à la sortie de Pessa'h. Les juifs refusèrent même
d'acheter le pain, et les boulangers savaient que le lendemain les boulangers
juifs d'en dehors de la ville apporteraient du pain préparé
par des juifs et qu'ils ne pourraient rien faire de leurs propres fournées,
et pour cause. Ils décidèrent de porter plainte.
L'affaire semblait tellement étrange que le Rav fut convoqué
au Palais.
Il expliqua qu'il avait fait un rêve, et que du Ciel on lui avait révélé
que les pains étaient empoisonnés.
Le Rav était connu pour son sérieux, et le Roi demanda aux boulangers
de prouver le contraire en mangeant leur pain, ce qu'ils refusèrent
en s'abritant derrière leur dignité offusquée.
La seule chose à faire était de tester les pains en les proposant
à un animal.
Un chien succomba rapidement.
Une enquête fut ouverte à la suite de ces constatations et l'on
ne mit pas longtemps à découvrir que le boulanger et sa femme,
étaient à l'origine de ces actes infâmes et criminels.
Ils furent, ainsi que tous les autres boulangers de la ville, punis de façon
extrêmement sévère.
Lorsque les Juifs de Prague eurent vent de l'affaire des pains empoisonnés,
ils comprirent ce qui avait amené leur Rav vénéré,
à se "tromper" dans le compte des jours de la fête
et à rajouter un neuvième jour de Pessa'h. Une chose pourtant
étonnait les Juifs de la ville: comment Rabbi Ye'hezkel avait-il eu
connaissance de ce complot qui se tramait contre eux? Certains ne purent résister
à la curiosité et allèrent lui poser la question mais
celui-ci resta d'un silence absolu.
Mais comment la connaissance de cette affaire nous est-elle parvenue?
Ce n'est que peu avant sa mort, que Rabbi Ye'hezkel rapporta l'incident à
son fils, Rabbi Chemouel (Auteur du Chivath Zion), dans tous ses détails.
"Et sais-tu mon fils, demanda alors le Rav, par quel mérite les
Juifs de Prague ont-ils été sauvés d'une terrible mort?
Ce n'est pas grâce à l'idée qui m'est venue en ce moment
critique, mais grâce à ce sentiment de compassion et de pitié
que j'ai ressenti à la vue de ce pauvre enfant. C'est parce que ce
sentiment m'a poussé à l'aider dans sa souffrance que, grâce
à D.., nous avons été sauvés."
Adapté
de
Un jour, une histoire
De G. Sofer, Editions Raphaël, 1992
En date du 18 `Hechvan jour de la naissance du Gaon Rabbi Ye'hezkel Landau.