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| Les
fêtes juives |
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Amsterdam, 1700.
C'était Pourim.
Rabbi Eléazar Rokéa'h (1665—1742)
avait pris place à la tête de la longue table dressée dans
sa maison d'Amsterdam en l'honneur de la fête. Autour de lui, se trouvaient
les membres de sa famille, les notables de la communauté et de nombreux
convives qui avaient tenu à fêter, en sa compagnie, les glorieux
événements de Pourim.
Rabbi Eléazar était non seulement un érudit en Torah, dont
la renommée avait dépassé les frontières, mais de
plus il était versé dans la Kabbalah et sa sagesse était
reconnue aussi bien par les Juifs de Hollande, que par les non-Juifs. Avant
de s'installer à Amsterdam en 1690, il avait été Rav dans
les villes de Brody et Cracovie en Pologne.
Quand il était arrivé à Amsterdam, les Juifs de la communauté
l'avait accueilli avec tous les honneurs et même la Reine de Hollande
avait fait frapper une pièce spéciale qui reproduisait le visage
du Rav.
Sur la table, il y avait toutes sortes de poissons
et de viandes, de gâteaux et de douceurs comme il convient pour un festin
de Pourim. De plus, on avait offert au Rav et à sa famille de nombreux
paquets de "Michloa'h Manot", entre autres de nombreuses bouteilles de vin et
de liqueur pour pouvoir faire honneur à l'adage talmudique: "Un homme
doit s'enivrer à Pourim au point de ne plus distinguer entre "Maudit
soit Haman" et "Béni soit Mordekhaï".
Après chaque plat, Rabbi Eléazar
donnait des explications sur la Méguilah. Les mots de Torah coulaient
véritablement de sa bouche, et tous écoutaient avec attention
comment il mêlait avec bonheur la Guemara et le Rambam, le Choul'han Aroukh
et les Midrachim; le vin coulait à flots, et la joie était à
son comble.
Soudain, on frappa à la porte. Sur le seuil,
se trouvaient trois soldats de la Reine, en uniforme, qui souhaitaient s'entretenir
avec le Rav d'un problème urgent. On les fit entrer; ils s'excusèrent
d'avoir à interrompre le repas mais ils devaient transmettre de la part
de la Reine qu'un grand malheur menaçait le pays.
En effet, on avait constaté une brèche dans une des digues. Comme
on le sait, la Hollande est un plat pays qui a conquis des terrains sur la mer,
les "polders", qui sont toujours à la merci d'une inondation. C'est pourquoi
les Hollandais avaient construit des digues qui empêchaient l'eau de la
mer d'avancer dans le pays. Si la brèche n'était pas réparée,
des provinces entières seraient submergées par les flots!
La Reine avait donc envoyé ses soldats demander à Rabbi Eléazar
de "faire quelque chose" pour sauver le pays. Ces envoyés avaient depuis
longtemps entendu parler de la grande piété du Rabbi et s'attendaient
à le voir se retirer dans une chambre à l'écart de la foule
pour prier.
En attendant, Rabbi Eléazar les fit asseoir autour de la table et on
leur servit à manger et à boire.
"Apportez toutes les bouteilles de vin et de liqueur qui se trouvent à
la cave!" demanda Rabbi Eléazar. Tous les convives regardaient, étonnés.
En un instant, la table fut couverte de bouteilles et de flacons. "Maintenant,
mes amis, à nous d'accomplir comme il se doit, les Mitsvot de la fête!"
Au bout d'un moment, tous les convives étaient plus que joyeux; on chantait
à tue-tête et on dansait autour des tables, sur les tables... Même
le vieux Rav se leva et encouragea chacun à être encore plus joyeux;
il frappait des deux mains et rythmait les chants et les danses.
Les trois soldats de la Reine étaient suffoqués de se retrouver
ainsi dans ce qui ressemblait fort à une assemblée de fêtards
plus qu'imbibés d'alcool! Après tout, peut-être s'étaient-ils
trompés d'adresse... Peut-être même que le Rav n'était
pas le grand érudit qu'on semblait croire...
Discrètement, ils quittèrent la maison, indignés et choqués.
En arrivant au palais de la Reine, ils furent accueillis avec joie. Avant même
qu'ils aient pu ouvrir la bouche, la Reine leur annonça que leur mission
avait été couronnée de succès.
En beaucoup moins de temps que prévu, les ouvriers avaient en effet réussi
à reboucher la brèche et à consolider la digue. On n'avait
que peu de dégâts matériels à déplorer. Les
trois envoyés furent obligés de constater qu'effectivement, la
rapidité des secours s'était intensifiée exactement au
moment où ils s'étaient trouvés chez le Rabbi.
Penauds, ils racontèrent à la Reine ce qui s'était passé
chez le Rav. A son tour, la Reine fut très surprise de la conduite du
Rav d'une part, mais aussi de l'exacte "coïncidence" des deux événements.
Quelques jours plus tard, Rabbi Eléazar fut invité au palais royal,
d'abord pour que la Reine puisse le remercier de son aide précieuse,
mais aussi pour lui demander d'expliquer son attitude.
Après quelques paroles de courtoisie, la Reine posa la question qui lui
brûlait les lèvres. Rabbi Eléazar arbora un large sourire.
Ses yeux brillaient d'intelligence et de confiance en D.ieu.
"Nous avons un caractère spécial, nous les Juifs. Dès qu'il
y a un problème, qui montre que D.ieu n'est pas content de la conduite
des hommes, nous nous efforçons d'obéir à Ses commandements
avec encore plus de ferveur, afin que Lui aussi éloigne de nous tous
les dangers".
La Reine écoutait le Rabbi avec beaucoup d'attention. Il continua: "Ce
jour-là, c'était Pourim. Ce jour, il nous faut être plus
joyeux qu'à l'accoutumée, et même nous enivrer. Si je m'étais
conduit comme vous vous y attendiez, si j'avais prié, supplié,
jeûné, non seulement je n'aurais pas obéi à l'ordre
de D.ieu, mais j'aurais même transgressé Sa volonté. C'est
pourquoi, quand j'ai réalisé le grave danger qui menaçait
le pays, j'ai demandé aux Juifs autour de moi d'augmenter au maximum
la joie afin d'éveiller la pitié du Tout-Puissant".
Les paroles de Rabbi Eléazar plurent à la Reine qui le remercia
chaleureusement et le fit raccompagner chez lui, chargé de présents
et avec une escorte royale.
Traduit par Feiga Lubecki